"Histoires extraordinaires" - Edgar Poe


Style et densité.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu d’oeuvre issue de la littérature du XIXème siècle, et plus longtemps encore que je n’avais pas lu Edgar Allan Poe, dont les nouvelles, à l’adolescence, comblèrent mon attirance pour les ambiances morbides et baroques. Curieusement, je ne me souvenais guère de ces lectures, seule la résolution du crime de la rue Morgue m’étant restée en mémoire. C’est donc avec plaisir que je me suis -re-plongée dans les « Histoires extraordinaires », remarquables déjà par leur style, admirablement maîtrisé : chaque mot paraît choisi avec soin, Poe n’hésite pas à enrichir son texte en empruntant des vocables à la langue française, voire au latin. Sans doute faut-il aussi rendre hommage aux talents de traducteur de Charles Baudelaire, dont on comprend par ailleurs aisément l’intérêt qu’il portait à l’écrivain américain, chez lequel il a pu retrouver son goût des sombres atmosphères et des étranges phénomènes.

C’est Baudelaire lui-même qui a compilé les récits des « Histoires extraordinaires », et qui leur a attribué ce titre. Il a également pris le parti de les regrouper par thèmes :

- avec « Double assassinat dans la rue Morgue », « La lettre volée » et « Le scarabée d’or », le lecteur se voit expliquer, par la résolution d’énigmes a priori insolubles, la nature de ce que serait le véritable esprit d’analyse, mélange d’intuition et d’extrême logique.

- dans les 4 suivantes (« Le canard au ballon », « Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall », « Manuscrit trouvé dans une bouteille » et « Une descente dans le Maelström »), il est question de voyages et d’aventure, de l’affrontement entre l’homme et les éléments naturels, qui prennent parfois une dimension SURnaturelle, née d’une fantasmagorie liée à la méconnaissance des contrées inexplorées (tels la Lune, où le Pôle Nord, décrit ici comme un immense trou noir). On sent chez Poe à la fois son intérêt pour les disciplines scientifiques que sont notamment l’astrologie, la physique, par de nombreuses références à des spécialistes en ce domaine, et l’étendue de ses propres connaissances, et une certaine ironie aussi. En effet, ces nouvelles –surtout les deux premières- sont traitées sur le ton de la farce, et versent parfois dans l’invraisemblance la plus totale.

- les histoires qui suivent (« La vérité sur le cas de M.Valdemar », « Révélation magnétique », « Auguste Bedloe », « Morella », « Ligeia » et « Metzengerstein ») évoquent des phénomènes paranormaux : magnétisme, métempsychose, apparitions de revenants. Ces récits, émaillés de descriptions de corps en décomposition, de malades atteints de catalepsie,…, sont baignés d’une ambiance morbide.

Des histoires, comme vous l’aurez compris, assez variées, et que je n’ai d’ailleurs pas toutes appréciées de la même façon. J’avoue même en avoir abandonné une en cours de lecture (« Révélation magnétique »), trop absconse à mon goût ! J’ai du me faire violence pour aller au bout des « Aventures de Hans Pfaall », agacée par les lourdes descriptions techniques et les détails fastidieux de son voyage en ballon…
En revanche, j’ai aimé la densité de la plupart de ses textes, sa façon de les raconter comme s’il les avait personnellement vécu, tout en restant un observateur anonyme (en utilisant le « je » sans jamais se nommer). Et ses histoires d’énigmes et de fantômes évoquent pour moi celles, à dormir debout, que l’on se racontait, enfant, pour se faire peur…

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