"Les âmes grises" - Philippe Claudel

En demi teinte.

Un village de France pendant la 1ère guerre mondiale…
Un sordide fait divers : l’assassinat de « Belle de jour », la fillette du restaurateur de la commune.
Le narrateur revient sur les circonstances de cette affaire, et sur les dessous d’une enquête qui révèlent les bassesses et la cruauté de certains hommes.

« Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil… T’es une âme grise, joliment grise, comme nous tous… ».

Et l’auteur de nous décrire les nuances de ce gris de l’âme, qui vire tout de même plus souvent vers le noir que vers le blanc, et qui semble foncer proportionnellement à l’importance de la position qu’occupe dans la société le détenteur de l’âme ! A gens ordinaires, bassesses ordinaires : le soulagement qu’éprouvent les « planqués » à ne pas se trouver à la place des gueules cassées et des estropiés qui arrivent parfois du front, les rumeurs infondées colportées par les commères du village, jalouses des plus belles ou des plus jeunes… Mais ce sont les notables qui atteignent le summum de l’abjection, abusant de leur pouvoir sur les plus faibles, et s’en servant pour assouvir leurs instincts sadiques. Quasiment personne n’échappe au regard sans complaisance de ce narrateur que nous n’identifions que peu à peu, et qui d’ailleurs ne se place pas au-dessus du lot, car il finira par avouer ses plus sombres secrets.

Un récit d'une grande noirceur, donc, accentuée par la tristesse et l’amertume exprimées par le narrateur qui, dégoûté de la vie, est au bord du suicide. « Les âmes grises » se lisent néanmoins très facilement, notamment grâce à un style très imagé et parfois presque populaire, qui colle parfaitement au théâtre des événements et à l’idée que l’on se fait de l’atmosphère d’une petite ville de province à cette époque.

De façon très habile, Philippe Claudel se sert de l’enquête menée pour retrouver l’assassin de Belle de jour comme d’un prétexte : ce n’est pas la résolution de cette enquête qui importe, mais l’impact qu’elle a sur les différents protagonistes ainsi que les choix qu’elle les amène à faire, situés entre le bien et le mal (ou le noir et le blanc), et déclinés sur la vaste palette des sentiments humains.

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