"Les extrêmes" - Christopher Priest

Aux prises avec la virtualité (avec Zaph en ligne).

"Allô, Zaph ? Comment vas-tu ?
Je t’appelle pour te souhaiter une bonne année. Pour moi, elle commence bien : je viens de découvrir un auteur vraiment sympa, qui s’appelle Christopher Priest. Tu connais ?"

Bonjour Ing. Bonne année à toi !
Si tu commences l'année en découvrant Priest, tu démarres sous de bons auspices ! C'est une vieille connaissance, et figure-toi que par le plus grand des hasards, je viens justement de finir un livre de lui : "Les extrêmes".


C’est fou, c’est justement celui que j’ai lu !
J’ai tendance à me méfier des romans de SF, que je trouve parfois bâclés, mais là, de ce point de vue en tout cas, je n’ai pas été déçue.
C’est en effet un récit que j’ai trouvé très dense, avec une multitude de thèmes abordés, qui vont par exemple de l’omniprésence de la violence dans nos sociétés modernes, à l’étude du processus de deuil (individuel et collectif) et bien sûr celui, central, de l’intrusion de la virtualité dans la réalité.

Oui, je ne sais même pas si je dirais que Priest fait de la SF. Je crois même qu'il s'en défie lui-même.
Je pense qu'il utilise des thèmes fantastiques ou de SF s'ils peuvent servir son histoire, et pas pour le plaisir de décrire des mondes ou des technologies étranges. Pour moi, peu importe l'étiquette : ce que je cherche, c'est avant tout une bonne histoire, bien racontée, et avec des personnages intéressants. Et ça, je suis sûr de le trouver chez Priest.
Je suis aussi d'accord avec ton analyse des thèmes abordés ; j'y ajouterais celui du voyeurisme malsain des média et du public : ce n'est plus suffisant de voir des images d'un carnage à la télé, il faudrait en plus pénétrer dans la conscience du meurtrier quand il commet ses crimes, et en faire l'ultime jeu vidéo de simulation !


C’est le problème avec la SF : il s’agit d’une catégorie aux contours imprécis dans laquelle il est parfois difficile de savoir quels romans on peut y inclure. Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant ici, c’est que la partie « fictive » s’appuie sur des faits crédibles et ancrés dans des problématiques complètement actuelles, comme la fascination pour les armes à feu, liée au sentiment d’insécurité croissant et le besoin souvent irraisonné d’être hyper protégé, et l’importance de plus en grande que prennent les technologies du virtuel dans notre quotidien. On imagine le scénario décrit par l’auteur comme quelque chose de possible, du coup.

C'est vrai que tout cela est crédible.
Un autre aspect relativement inhabituel en SF, c'est le style de récit relativement statique, et presque contemplatif par moments. Enfin, je trouve. Finalement, il ne se passe pas grand chose dans ce gros bouquin, comparé à la SF classique qui a tendance à pétarader dans tous les sens !
J'ai vraiment eu l'impression que ce n'est pas l'histoire en elle-même qui est importante aux yeux de Priest, mais tout son contexte, l'ambiance, le non-dit.


Ta réflexion sur le non-dit est intéressante, car j’ai effectivement eu l’impression pendant une bonne partie du récit d’une espèce de tension implicite, comme si la situation pouvait dégénérer à tout moment. Cette tension est je crois induite par les éléments que Christopher Priest met en relation les uns avec les autres : des personnages psychologiquement fragilisés, qui ont tendance à boire plus que de raison, l’apparition de mystérieux individus au comportement étrange, voire inquiétant, et ces immersions répétées dans les mondes virtuels. Je trouve notamment plutôt flippant ces injections de "nano puces" dans l’organisme, qui permettent d’accéder auxdits mondes : cela donne le sentiment d’une perte de contrôle de soi qui sous-entend une terrible vulnérabilité !

Oui, effectivement, de plus les événements les plus dramatiques se sont passés en dehors du cadre du récit, même si on y accède via les "réalités virtuelles". Ça donne un peu l'impression dérangeante que tout se passe "ailleurs", et que le monde réel est plus vide que le monde virtuel.
Mais si tu permets, j'aimerais bien avoir ton opinion sur la fin du livre. Comment trouves-tu cette fin ? Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris. C'est comme si Teresa était définitivement passée de l'autre côté du miroir. Je suppose qu'il faut mettre la fin en relation avec le premier chapitre où on voit la Teresa enfant jouer avec son double ?


A vrai dire –et c’est mon seul bémol-, cette fin m’a un peu agacée, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, comme toi, j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris. Je me suis demandée s’il fallait revoir l’intégralité de l’histoire sous un nouvel éclairage, ou considérer que l’héroïne avait complètement pété les plombs, ou… je ne sais plus. Par contre, je n’ai pas pensé à relier cette fin au tout début du roman, mais cela peut être la base d’une autre hypothèse, c’est vrai (ne ma demande pas laquelle !). L’autre chose qui m’a énervée, c’est que l’auteur introduit plusieurs éléments au cours du roman (notamment l’apparition de ces quatre américains patibulaires qui réservent dans le même hôtel que Teresa) qui cessent brutalement d’être exploités. En fonction de ces éléments, j’avais échafaudé toute une série d’hypothèses qui sont tombées à l’eau…

Ah, zut ! moi qui espérais que tu allais pouvoir m'éclairer !
Bon, moi, ça ne m'a pas vraiment énervé, parce que j'ai pas l'habitude d'échafauder des hypothèses en cours de lecture. Je prends les choses comme elles viennent. Mais je suis d'accord que ce roman présente quelques faiblesses narratives qui m'ont un peu surpris de la part de Priest. Par contre je trouve que le personnage de Teresa est une vraie réussite. Globalement, je ne trouve pas que ce soit le meilleur de Priest. Pas mon préféré, en tout cas. Je pense simplement qu'il aurait pu fignoler un peu plus et réaliser un vrai grand roman, il en aurait été capable. Donc, j'éprouve une légère déception, mais c'était un très bon moment de lecture quand-même, et je n'hésiterais pas à recommander ce livre.
Et toi, est-ce que ça t'a donné envie de lire d'autres livres de lui ?


Oui, car hormis l’agacement évoqué plus haut, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture. J’ai déjà inscrit "Le prestige" sur ma LAL il y a un moment, mais je n’ai jusqu’à présent pas pu le trouver en librairie.
Quel(s) autre(s) titre(s) me conseillerais-tu ?

"Le prestige", je ne l'ai pas lu, parce que j'ai vu le film (que j'ai bien aimé), et je veux l'avoir suffisamment oublié avant de lire le livre.
J'aurais envie de te conseiller le deuxième Priest que j'ai lu (il y a longtemps) : "Futur intérieur". C'était un grand coup de cœur à l'époque, mais maintenant j'aurais du mal à le situer dans l’œuvre. En fait, j'ai l'intention de le relire dans un futur pas trop éloigné (notion toute relative en ce qui me concerne).
Sinon, j'ai relu il n'y a pas longtemps "La fontaine pétrifiante", que je trouve personnellement plus achevé que "Les extrêmes", sur un thème un peu parallèle.
 Ok, je note !

Commentaires

  1. Hips !

    J'ai pô encore cuvé de la crémaillère et ça m'a plon... plongé dans une réalité virtuelle que toi et Zaph vous parlez, comme en vrai, sauf que c'est pas vrai parce que je sais bien qu'en vrai... WOUUUUUUUUAH (ceci est un baillement).

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  2. (hé tu pourrais pas virer la vérification des mots !)

    (j'te jure quand on est bourré c'est pas facile !)

    :-)

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