"Mais le fleuve tuera l'homme blanc" - Patrick Besson

Vu d'Afrique.

Un quadragénaire français ingénieur dans le pétrole,
une ex-espionne de la DGSE sur le retour,
une étudiante congolaise spécialisée dans la philosophie kantienne,
un prêtre rwandais génocidaire...
une japonaise "bleue"...
... et ceci n'est qu'un échantillon de la palette de personnages que vous croiserez dans le roman de Patrick Besson, "Mais le fleuve tuera l'homme blanc", qui a pour cadre le Congo de ces années 2000, mais pas seulement, puisque les événements qui en constituent la trame puisent leurs origines dans certains des épisodes qui ont marqué l'histoire de l'Afrique centrale au cours des trois dernières décennies.

Je dois avouer avoir eu au départ un peu de mal à m'immerger dans ce récit, en raison de la personnalité de son premier narrateur (le pétrolier français), qui se présente dans un premier temps comme un homme plutôt insipide...
Puis d'autres protagonistes prennent à leur tour la parole, chacun apportant sa contribution à l'élaboration de l'intrigue qui prend peu à peu tout son sens. Et il arrive un moment où le récit vous happe, à partir duquel il devient difficile de lâcher ce qui est à la fois un roman d'espionnage, un thriller politico-historique, et la relation de drames personnels.

Ah, j'ai oublié dans ma liste le personnage principal de "Mais le fleuve tuera l'homme blanc"... c'est l'Afrique, une Afrique grouillante, caniculaire, sexuelle, dont Patrick Besson donne une image de carrefour du monde, où se retrouvent tous ceux qui, de par le monde, recherchent l'aventure, le profit et le pouvoir faciles, qui devient ainsi le théâtre d'intrigues et de manipulations politico-économiques au relent de soufre.
Une Afrique misérable et violente aussi, où l'on s'entretue, et où l'on a peu de chances d'atteindre l'âge adulte sans avoir contracter au mieux le paludisme, au pire le sida.

Ce qui à mon avis fait la principale force de cet ouvrage est la maîtrise avec laquelle Patrick Besson construit son récit. A aucun moment je ne m'y suis sentie perdue, en dépit d'un contexte à composantes multiples, de la diversité des nombreux protagonistes, qui deviennent même des atouts du roman. Ils permettent en effet à l'auteur de porter sur les événements décrits différents regards, de les enrichir de points de vue parfois opposés, selon l'interlocuteur qui les commente, qui peut être tour à tour noir ou blanc, riche ou pauvre, hutu ou tutsi... victimes et bourreaux échangeant à certains moments leurs rôles.
L'ensemble est empreint d'un cynisme désabusé, fustigeant l'hypocrisie des responsables politiques européens successifs (notamment français) qui dans cette Afrique post-coloniale continuent d'exercer, grâce à leur puissance économique, une influence intéressée, déplorant également la mainmise sur les richesses africaines de toutes les nations (américaines, et maintenant asiatiques, entre autres) qui continuent de faire du profit aux dépens de ce continent pauvre, avec l'appui de dictateurs locaux.

En conclusion, "Mais le fleuve tuera l'homme blanc" est une fiction d'autant plus passionnante qu'elle met en scène notre monde d'aujourd'hui, sur lequel l'auteur porte un regard certes personnel, mais néanmoins fort intéressant.


Découvrez cet article (et plein d'autres) sur le site de la librairie Dialogues.

Commentaires

  1. J'aime beaucoup, et le titre, et le thème et surtout la galerie de personnages un peu fantasque que tu décris... J'aime lire sur l'Afrique quand le roman est intelligent et ne se contente pas d'en parler comme d'un théâtre de beautés immobiles. C'est un continent vivant avec une histoire pleine de tragédies, un potentiel énorme que l'on ne peut réduit à une carte postale.

    RépondreSupprimer
  2. Si tu veux je peux te le prêter.
    Si cela t'intéresse, communique-moi tes coordonnées par mail (mon adresse est dans la marge de droite).

    Bonne journée.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire