"L'homme dérouté" - Gaëlle Nohant

Bonnes nouvelles.

Je me répète, il est vrai , mais une fois de plus, je vais commencer un billet en rappelant que l'art de la nouvelle n'est pas dénué d'écueils que même les plus grands n'ont pas toujours su éviter (la preuve ICI)...

Et je dois avouer qu'en découvrant la première nouvelle du recueil que vient de publier Gaëlle Nohant, j'ai pensé que j'aurais préféré la lire en "format roman". Il faut que je précise avoir été littéralement charmée par le premier roman de cette auteure -"L'ancre des rêves"-, dans lequel elle révélait son immense talent de conteuse d'histoire(s), déroulant patiemment le fil de son intrigue...
C'est peut-être pour cette raison que "L'homme dérouté" -titre de la nouvelle en question, qui a également donné son nom à l'ensemble de l'ouvrage- m'a quelque peu désarçonnée, et même déçue.
Ce texte met en scène un notaire quadragénaire dont l'existence est réglée comme du papier à musique, mais qui, suite à un concours de circonstances, a l'occasion de faire prendre à sa vie un nouveau tournant...
J'y ai trouvé la succession des événements trop rapide, l'enchaînement des coïncidences trop facile, et cette lecture m'a laissée l'impression de ne pas avoir eu le temps de rentrer dans l'histoire ni de m'attacher à ses personnages.
Il s'agira là de mon seul bémol...

En effet, suivent ensuite deux autres textes plus courts -"Mathilde et les funambules", et "Retour au Vercors"- mais que j'ai paradoxalement trouvé plus denses et plus riches, et qui m'ont vraiment séduite. Les héro(ïne)s de ces nouvelles, en quête de bonheur, ou d'identité, acquièrent, grâce à l'écriture à la fois simple et toute en sensibilité de l'auteure, une ampleur et une humanité touchantes. Je rapprocherais de ces deux nouvelles la dernière du recueil ("L'homme sur la route") qui, bien que sur un thème différent, présente un point commun avec elles : celui de brosser le portraits de personnages qui en quelques mots prennent consistance dans toute leur complexité. C'est difficile à expliquer, mais j'ai trouvé que ces histoires dégageaient à la fois sérénité et mélancolie, qu'il en émanait comme une sorte de douceur... Je crois que cela tient au charme de l'écriture de Gaëlle Nohant, empreinte d'une certaine légèreté, comme si les mots lui venaient naturellement. J'imagine qu'il s'agit là d'une apparence trompeuse, que chaque terme est soigneusement choisi, chaque image longuement pensée. Mais n'est-ce pas finalement le but de tout écrivain -et de tout artiste- que de faire passer l'excellence pour une évidence ?

Et... j'ai gardé le meilleur pour la fin : "Fondu au noir", nouvelle la plus longue du recueil, texte agréablement surprenant et très réussi, qui dès les premières lignes m'a emballée. L'auteure la présente comme un hommage au cinéaste Roman Polanski ; elle y instille un style efficace, percutant, se joue des codes du roman noir, des apparences, et surtout, alterne subtilement tension dramatique et sens de la dérision. J'ai également beaucoup apprecié la pirouette finale mais... chut !

On peut conclure en résumé que Gaëlle Nohant se sort avec les honneurs de cet exercice difficile et souhaiter avec impatience la parution de son prochain roman !

>>>Lire aussi l'avis de Thomas.

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