"Monde des ténèbres" - Robert Bloch

"C'est la leçon essentielle de l'Histoire : le vrai héros est celui qui tue".

Alors qu'elle entame une matinée comme les autres au sein de l'agence de publicité de Los Angeles pour laquelle elle travaille, Karen Raymond est contactée par le Docteur Griswold, directeur de la coûteuse clinique où est interné son mari Bruce à la suite d'une dépression nerveuse. Elle n'a pas vu ce dernier depuis son admission dans l'établissement, six mois plus tôt, sur les conseils du dit docteur, qui estime à présent que Bruce est prêt à revoir son épouse sans que cela déclenche de réaction violente de sa part, ce qui laisse supposer que cela fut le cas par le passé.
Le soir même, Karen se rend à la clinique. Seulement, à son arrivée sur les lieux, elle y trouve les cadavres de l'hôtesse d'accueil et du docteur Griswold ; quant aux pensionnaires de l'établissement, ils ont disparu dans la nature...

Je n'ai pas été étonnée d'apprendre, après la lecture du "Monde des ténèbres", de Robert Bloch, que ce dernier était également l'auteur de "Psychose", roman qui inspira Alfred Hitchcock pour la réalisation du film éponyme.
On y retrouve en effet certains des ressorts qui rendent l'intrigue de "Psychose" si fascinante. Je pense notamment à l'exploitation par l'auteur de notre prédisposition à nous laisser gagner par la panique et par l'effroi. Car ainsi qu'il le souligne, nous vivons dans une société où règne la peur : celle de l'agression, de l'accident, du chômage, de la faim, de la catastrophe naturelle... Quoi de plus facile, dans ces conditions, que de réveiller, ne serait-ce qu'en suggérant le danger, les mécanismes de l'angoisse qui sommeillent si peu profondément en nous ?
Une autre caractéristique du "Monde des ténèbres" qui me fait effectuer ce rapprochement, c'est la façon qu'a l'auteur de manipuler les apparences, d'installer un doute permanent quant à la personnalité et aux intentions de ses personnages, installant ainsi une atmosphère de terreur insidieuse et troublante.
Il n'hésite pas, afin de jouer avec les nerfs du lecteur, à utiliser alternativement des ficelles relativement banales, comme de cacher son tueur dans un placard (ceci dit, ça marche à tous les coups!), et des procédés plus subtils, par exemple en rendant incertaine l'identité du dit tueur, qui revêt presque une dimension surnaturelle, puisqu'il n'a ni nom ni visage, et qu'on ne le connaît -du moins jusqu'à la fin- que par la transcription, par intermittences, de ses divagations démentes, et par ses apparitions soudaines et mortelles aux côtés de ses victimes. Procédés qui ne semblent certes plus bien originaux aujourd'hui, mais rappelons que "Monde des ténèbres" a été écrit en 1972.
De plus, Robert Bloch va un peu plus loin dans son analyse des sentiments que suscitent en nous ces individus qui ont basculé de l'autre côté de la frontière ténue qui sépare la "normalité" de la folie, et qui, débarrassé de tout garde fou, obéissent à leurs instincts meurtriers : au-delà de la peur qu'ils nous inspirent, ils nous fascinent !
Pour preuve de cette étrange fascination, le meurtrier lui -même nous rappelle que la mémoire collective retient plus facilement le nom des célèbres tueurs en série que celui d'anciennes sommités politiques, par exemple !

En ce qui me concerne, je trouve que ce roman n'a pas pris une ride : son intrigue efficace et son atmosphère oppressante m'ont fait passer un excellent moment.


>>>Lire aussi l'avis de Thomas.

Commentaires

  1. C'est un peu le problème des visionnaires, leurs procédés font école et, quelques décennies plus tard, ils semblent assez banals à l'œil qui les a lus cent fois sous d'autres plumes. A la même époque dans un genre relativement similaire, il y a évidemment Boileau & Narcejac, qui eux aussi ont inventé énormément de choses (encore plus que Bloch) mais dont certains romans semblent complètement éculés aujourd'hui principalement parce qu'ils ont été pompés par trois générations d'auteurs.

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  2. Dans le cas présent, cela ne m'a pas spécialement gênée. Au-delà de la banalité des procédés, j'ai trouvé l'écriture efficace, et pas du tout "démodée", alors que j'avoue que cela a été le cas lors de la lecture de certains Boileau & Narcejac, que j'ai pourtant lus il y a bien longtemps.

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  3. j'ai passé un très bon moment de lecture! ça fonctionne toujours pour moi en tous les cas

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    1. Et c'est ce qui en fait le charme, j'adore qu'un livre me fasse vérifier le dessous de mon lit avant de m'endormir !!

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