"Tom petit Tom tout petit homme Tom" - Barbara Constantine

Quelques mots d'amour...

Les circonstances font parfois que certains enfants doivent grandir plus vite que les autres...

C'est le cas de Tom, 11 ans, qui vit dans un mobile-home en compagnie de sa mère, qu'il appelle par son prénom -Joss-, parce qu'elle ne supporte pas de s'entendre baptiser "maman". Non pas qu'elle rejette son petit garçon, qu'elle adore, mais on sent bien que les responsabilités et les contraintes inhérentes à la condition de parent, ce n'est pas vraiment son truc. Elle est beaucoup plus à l'aise dans le registre du copinage, ou dans le rôle d'une pseudo grande soeur, ce qui s'explique peut-être par le fait qu'elle n'avait que 13 ans lorsqu'elle a eu Tom.
Du coup, on a souvent l'impression que les rôles sont inversés : Tom étonne par sa maturité et son sérieux -bien qu'il garde aussi des peurs d'enfant-, auxquelles s'opposent l'inconséquence, voire les gamineries de Joss, qui semble prendre sa revanche sur une jeunesse bridée par sa maternité précoce.
Ces deux-là s'en sortent finalement plutôt bien, trouvant les moyens d'embellir un quotidien fait de débrouilles et de privations par des moments de complicité et de tendresse.
Ils sont en tout cas vraiment touchants, ces héros cabossés, qui, de malchance en mauvais choix, se sont retrouvés dans la galère, mais qui gardent en eux une candeur fort rafraîchissante.
Et ce ne sont pas les personnages qu'ils croisent tout au long de ce court roman qui nous diraient le contraire, qu'il s'agisse de Madeleine, la nonagénaire qui perd un peu la tête, mais qui refuse de quitter la maison où elle vit en compagnie de ses vieillards de chien et de chat, et que Tom vient aider presque quotidiennement, ou du couple de voisins, qui s'attendrit face aux menus larcins que commet le jeune garçon dans leur potager, et n'hésite pas à installer, le soir, des chaises longues sous la fenêtre de leur salon, parce qu'ils savent qu'il vient en cachette y "écouter" la télé...

Au fond, c'est principalement d'amour dont il est ici question : celui dont on a besoin, pour grandir et s'aimer soi-même, celui que l'on reçoit, ou encore celui que l'on donne, en dépit des différences qui nous séparent d'autrui. Un amour qui pousse à être attentionné, généreux, à ne pas laisser l'autre seul ou démuni.
Oh, il y a bien sûr quelques individus détestables qui font une rapide apparition dans le récit, histoire de rappeler que le monde peut aussi être moche, mais ce n'est pas ce genre de personnages qui intéresse Barbara Constantine. Elle préfère s'attarder sur ceux qui, en dépit des coups durs, de leurs erreurs, de leurs fautes, savent garder leur coeur ouvert, leur capacité à rire, et à se contenter des petits bonheurs de l'existence.

Elle imprègne son récit de tant d'humour, de fraîcheur et de simplicité, que nous prenons nous aussi beaucoup de plaisir à la lecture des mésaventures de Tom et Joss : leurs conditions d'existence pourraient paraître sordides, malheureuses... Pourtant, le ton drôle et léger de l'auteure fait que l'on referme "Tom petit Tom tout petit homme Tom", avec juste le sentiment d'avoir lu une belle histoire.

C'est peut-être un peu naïf, mais cela fait beaucoup de bien !

Commentaires

  1. J'avais conclu mon billet de lecture de ce livre sur les mêmes mots que toi : de la fraîcheur, cela fait vraiment du bien !

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  2. Je n'aurais pas parié que ce livre te plairait...

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  3. >>Cécile : d'ailleurs, tant que j'y pense, sache que je n'ai pas oublié ma proposition de t'envoyer "Allumer le chat", mais je ne l'ai toujours pas récupéré auprès de son "emprunteuse".

    >>Ys : C'est vrai que cela change de Peace ou de Willocks, par exemple, mais cela fait du bien aussi de temps en temps, un peu d'ingénuité. J'avais aussi lu lors de sa sortie "Allumer le chat", qu'il me semble avoir préféré à celui-là. D'après mon (vague) souvenir, je l'ai trouvé encore plus drôle.

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  4. Je l'avais adoré, un grand coup de ♥ pour moi!

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  5. j'ai eu le livre en main, j'ai hésité à l'acheter, moi qui lis surtout des polars et des romans noirs. Mais je n'ai pas osé le prendre de peur que ce soit un peu " guimauve" et un peu trop plein de bons sentiments. J'ai donc reposé le livre, à tort peut être....

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  6. Même impression que Bruno. En fait, rien que le titre m'arrête! ;)

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  7. >>Sabbio : je n'irai pas jusqu'à le qualifier de coup de coeur en ce qui me concerne, mais ce fut en tout cas une lecture vraiment agréable.

    >>Bruno, V. & C. : il a effectivement un côté un peu guimauve, autant que vous soyez prévenus si vous décidez tout de même de tenter l'aventure. Ceci dit, quitte à faire connaissance avec Barbara Constantine, je vous conseillerais plutôt de le faire avec son premier roman, "Allumer le chat", que j'avais trouvé plus drôle, plus décalé.
    Maintenant, à vous de voir, sachant que c'est une lecture qui ne vous prendra guère de temps (ses romans sont très courts)...

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