"L'ange et le réservoir de liquide à freins" - Alix de Saint-André

"(...) c'est plein de plis, le coeur des gens, faut humecter avant de passer le fer..."

Dès les premières lignes de "L'ange et le réservoir de liquide à freins", j'ai été charmée par l'écriture, à la fois fluide et riche, de son auteure, Alix de Saint-André, qui est capable de passer sans lourdeur de dialogues au parler populaire et régional à une narration aux accents parfois presque lyriques.

Elle ne vous laisse pas d'autre choix que de vous laisser emmener au rythme de ce récit drôle et intelligent, dont la verve teinte de truculence les événements subis par les augustes habitants d'un trou perdu de bord de Loire, en terre angevine, dans le courant des années 70.

Tout commence avec l'accident de voiture dont sont victimes Mère Adélaïde et Soeur Marie-Claire, dans lequel cette denière trouve la mort, quand la première s'en sort avec une jambe cassée. Pour Stella et Hélène, élèves du collège dont Mère Adélaïde est la directrice, cela ne fait aucun doute : il s'agit là d'une tentative de meurtre...
Les deux jeunes filles décident de mener l'enquête, fortes de l'expérience qu'elles ont acquise en lisant des romans policiers. Au fil de leurs investigations, elles seront parfois assistées d'étranges personnages, tel Marche-à-Terre, cet ange gardien condamné à errer aux alentours de l'arbre auquel son protégé s'est pendu, ou Séraphin, l'éxubérant et gigantesque prêtre africain de passage au collège...

Ce n'est toutefois pas dans cette enquête que réside le principal intérêt du roman. L'intrigue est certes rondement menée, avec son lot de rebondissements et de fausses pistes, mais c'est surtout le ton employé par Alix de Saint-André, qui fait que l'on prend tant de plaisir à cette lecture. En forçant volontairement le trait sur les contradictions et les travers de ses protagonistes, elle plante un décor légèrement caricatural, justement évocateur de l'atmophère provinciale qui donne sa saveur à son récit. Secrets de clocher, hypocrisie petite bourgeoise, pingrerie mal placée et bigoterie surannée constituent un arsenal de prétextes à l'hilarité...

"L'ange et le réservoir de liquide à freins" n'en n'est pas pour autant dénué d'émotion. Le personnage de la jeune Stella, notamment, est particulièrement attachant. Ignorant tout de son père, délaissée par une mère comédienne écervelée et perpétuellement absente, l'adolescente a été confiée à la garde des soeurs "Toupies", deux vieilles filles au bon coeur. En même temps que nous suivons l'évolution de l'enquête qu'elle mène avec son amie Hélène, nous sommes témoins de ses questionnements identitaires, de la révolte qui sourd doucement en elle, son aspiration à quitter ce trou et cet "ennui épais", qui condamne les femmes à une existence morne et peu gratifiante.

Du rire, du suspense, et donc de l'émotion... pour résumer, un excellent moment de lecture !

Commentaires

  1. bien aimé... tout comme Papa est au Panthéon...

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  2. C'est le premier roman que je lis de cette auteure, et ce fut une chouette découverte, une lecture qui fait du bien...

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