"Tête de chien" - Morten Ramsland

"Il y avait Anne Katrine, qui a été privée de l’amour de sa mère. Il y avait Leila, qui a perdu ses parents. Il y avait Niels junior avec ses oreilles et son corset. Il y avait Knut et son nez cassé. Il y avait le chagrin accablant de Madame Maman, la maladie permanente de grand-mère Elisabeth et la tumeur galopante de Grand-Père Hans Carlo. La faillite de l’arrière-grand-père Thorsten. Il y avait Grand-Mère et son alcoolique de mari, grand-père avec son index sectionné et ses chiens de sang sur une plaine de l’est de l’Allemagne."

Il y a des dynasties célèbres, des lignées royales, des descendances marquées du sceau de la bonne fortune…
… et il y a les Eriksson., famille norvégienne au destin plus piteux que glorieux, dans laquelle se transmettent plus de tares et de déveine que de bonheur et de richesses, surtout à partir du moment où Askild y fait son apparition.
Ce dernier, fils d’un second de navire qui lors de ses rares retours au foyer en profitait pour le corriger sévèrement des bêtises commises en son absence, devint un jeune homme dur, parfois violent, dont les magouilles aux dépens de l’occupant allemand lui valurent un séjour en camp de concentration. Il en sera définitivement marqué, pourchassé par des fantômes qui contribueront à sa descente dans l’alcoolisme.
Mais bien avant de sombrer dans ce travers, et à peine revenu de camp, il se marie avec Bjork, fille d’un armateur ayant fait faillite suite à la destruction de sa flotte durant le conflit mondial.
Séduite par le caractère aventurier de ce prétendant d'une condition inférieure à la sienne, elle en viendra assez vite à regretter amèrement cette union…

Le narrateur de « Tête de chien » est Asger, le petit-fils d’Askild. A la demande de sa sœur Stinne, car leur grand-mère Bjork est mourante, il rentre du Danemark où il vit depuis plusieurs années. Ce retour en Norvège éveille en lui des réminiscences : ses souvenirs d’enfance, mais aussi et surtout ceux qui lui ont été rapportés à propos de son mémorable grand-père et de son père Niels, surnommé Tête de chou en raison de la dimension hors norme de ses oreilles...

D’anecdotes en épisodes malheureux, de réminiscences de peurs enfantines en allusions à d'obscurs secrets de famille, Asger nous fait revivre l’épopée à la fois désastreuse et haute en couleurs de sa famille atypique. On en retient des échos d’enfance parfois difficiles, car marquées par la négligence ou la violence parentales, et laissant d’indélébiles empreintes.
Et malgré tout on rit, car en dépit de l’amertume qui baigne le récit, les anecdotes relatées ont souvent un caractère cocasse, les histoires de tous ces personnages peu ordinaires sont narrées de façon tragi-comique, ce qui contribue à les rendre attachants.
De plus, l'auteur n'hésite pas à introduire dans son récit des touches de surnaturel, qui se mêlent subtilement aux couleurs de l’enfance : certains passages naviguent entre rêve, réel et hallucinations, au gré de la voix de l'aïeul Rasmus « La dent dure » qu'entend parfois Niels…

On comprend peu à peu où Morten Ramsland veut en venir... Des années trente à aujourd’hui, au fil d’une chronologie complexe mais dans laquelle nous ne sommes jamais perdus, parce qu'il nous a auparavant parfaitement familiarisé avec ses personnages, on finit par avoir l’impression que toutes ces histoires nous acheminent vers un constat commun : celui de la lourdeur de l’héritage laissé par cette encombrante parenté au narrateur. Un héritage constitué de rêves brisés, de destins cabossés, de regrets et de désillusions, mais aussi parfois de tendresse ou de figures héroïques…

J’ai personnellement été séduite par les membres de cette tribu norvégienne dont on apprend à connaître les richesses cachées et à comprendre les failles, et surtout par le ton à la fois drôle et mélancolique employé par l’auteur.
Asger avait une kyrielle d’histoires à nous raconter, et cela tombe bien, puisque Morten Ramsland sait très bien raconter les histoires…

L'avis de Mazel.

Commentaires

  1. Que de bons souvenirs de ce livre !
    bonne journée et bonne prochaine lecture,
    amitié

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  2. Coucou Mazel,

    Oui, ce fut une lecture très agréable, avec des personnages vraiment consistants, et des histoires souvent passionnantes..

    A bientôt !

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