"La belle lurette" - Henri Calet

Et ce n'est que le début...

Ma récente découverte de l'auteur Henri Calet par l'intermédiaire de son roman "Le tout pour le tout" s'est conclue par une évidence : je n'allais pas m'arrêter là ...

Et me voilà, à l'issue de la lecture de "La belle lurette", son premier ouvrage, confortée dans la conviction que Monsieur Calet est -ou du moins était, puisqu'il est décédé en 1956- un GRAND écrivain !

Comme dans "Le tout sur le tout", il s'y inspire largement de sa propre existence, couvrant, du début du siècle -le XXème- à l'entre deux-guerres, l'épopée des années pendant lesquelles, son père étant la plupart du temps absent (anarchiste, il se réfugie en Hollande lors de la mobilisation, en la galante compagnie de la fille de sa femme et donc  demi-sœur d'Henri, dont il a fait sa maîtresse), sa vie est rythmée par les combines et divers petits boulots qu'exerce sa mère pour assurer leur subsistance.

De Paris à Bruxelles, où Henri et cette dernière séjournent durant la guerre, il dépeint un quotidien de misère crasse. Des logements collectifs où règnent les odeurs d'excréments et les aléas de la promiscuité forcée aux bistrots où prolétaires et crève-la-faim s’abrutissent d'alcool en passant, parfois, par la "case prison", c'est toute l'atmosphère populaire et picaresque des quartiers pauvres qu'il nous restitue, mêlant savamment crudité et poésie.

Il le fait avec ce ton qui lui est propre, qui pourrait passer pour léger parce qu'il est à la fois gouailleur et anecdotique. L'écriture d'Henri Calet est comme empreinte d'une sorte de détachement, du laconisme de celui qui, face aux vicissitudes de la vie, refuse de se donner de l'importance et de se plaindre, conscient de ce que sa condition, loin d'être exceptionnelle, reflète tout simplement celle de milliers d'autres individus.
Et en même temps, il s'exprime avec une sincérité faussement enfantine qui lui permet, l'air de rien, de mettre en évidence la médiocrité et la bassesse de ses congénères aussi bien que l'absurdité et l'hypocrisie d'un système basé sur l'injustice sociale.
Tel un Candide aux yeux écarquillés, il porte sur le monde qui l'entoure -et dont il admet volontiers faire partie intégrante- un regard honnête mais acéré, dont il adoucit la tendance ironique par le truchement d'un humour fait de jeux de mots et de truculence.

Pour toutes ces raisons, la lecture de "La belle lurette" a été une expérience réjouissante et malheureusement trop brève, qui m'a persuadée que non, je n'en ai toujours pas fini avec Henri Calet...

Lire l'avis du "Pas grand-chose".

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