"La cloche de détresse" - Sylvia Plath

"Je me sentais comme un cheval de course dans un monde dépourvu d'hippodromes".

Sylvia Plath était surtout une poétesse. 

"La cloche de détresse" est son unique roman, à caractère fortement autobiographique. Sous les traits d'Esther Greenwood, alter ego imaginé pour l'occasion, elle revient sur les quelques semaines qu'elle passa à New York où, ayant gagné un concours d'écriture, elle put effectuer un stage au sein de la rédaction d'un prestigieux magazine. Ce séjour, rythmé de cocktails et de sauteries diverses, a priori prometteur de distractions trépidantes, est pourtant décrit sous les auspices d'une sorte de désœuvrement morbide.

Le dynamisme de la vie new-yorkaise, l'excitation et l'enthousiasme de ses camarades de stage, n'atteignent pas Esther, qui semble comme sous l'emprise d'une anesthésie émotionnelle. Les événements, comme la plupart des personnes qui l'entourent, ne suscitent en elle ni réel intérêt, ni sentiment notable. Elle pose sur toute chose un regard distancié, indifférent.

Lorsque, à son retour de New York, elle apprend que le manuscrit qu'elle avait adressé à des éditeurs a été refusé, elle bascule dans une dépression sévère. Le tiraillement qui la troublait, son indécision quant à ses aspirations futures -être poète ou femme au foyer ? Mener une vie banale d'épouse et mère ou répondre à l'appel de ses envies profondes ?- se muent en un profond accablement. Prise d'une conscience douloureuse de son inutilité, de la vacuité de ses projets, persuadée qu'hormis être une bonne étudiante, elle n'est bonne à rien, elle réalise qu'elle ne se sent pas heureuse, et ce, depuis longtemps...

C'est un regard à la fois lucide et impitoyable que Sylvia Plath porte aussi bien sur elle-même que sur le monde qui l'entoure, dont la futilité parfois l'amuse -et nous aussi, grâce à ses pointes d'humour décapant-, mais lui fait aussi réaliser que l'essentiel réside probablement dans un ailleurs qu'elle ne parvient pas à localiser, et a fortiori à atteindre. Détachée de son environnement, et malheureuse de l'être, l'échec de sa quête d'un sens à son existence la plombe d'une mélancolie macabre.

L'écriture soignée, qui met une sorte de distance entre l'auteure et son récit, imprègne son texte d'une pudeur touchante, tout en révélant la caractère insondable de sa détresse, qui se traduit par une incapacité à se sentir concernée par l'activité du monde.

Ce que l'on retire de cette lecture, plus que le souvenirs des faits qui y sont relatés, est ainsi celui de cette détresse qui s'exprime sans cris mais met terriblement mal à l'aise, car on la devine sans remède.

Sylvia Plath, qui pourtant parvint à devenir à la fois mère, épouse et poète, mit fin à ses jours en 1963, à l'âge de 29 ans, un mois après la première parution de "La cloche de détresse".

Commentaires

  1. Ça fait longtemps que je voulais le lire, mais le problème c'est que je ne l'ai pas encore acheté. En tout cas, il semble très bien...

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    1. Oui, c'est bien. L'auteur parvient à faire ressentir son intense mal-être sans tomber dans le larmoyant, avec une espèce d'indifférence plus glaçante que tout pathos..

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  2. Je l'ai lu il y a une quinzaine d'années, il m'en reste une grande sensation de malaise, un livre beau mais glauque

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  3. c'est un bouquin que je veux lire depuis longtemps mais qui me fait peur, tu ne le présentes pas comme un colle cafard poisseux ...et la citation m'a fait éclater de rire ! ( ou plutôt hennir, bien sûr ;-)

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    1. Non, il n'est ni poisseux ni glauque, et même parfois assez drôle, en effet. Sylvia Plath exprime sa détresse sans pathos, avec un regard qui pourrait presque être qualifié de froid...

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