LES TOILES DU SEMESTRE (2) - 07/12 2017

De manière totalement involontaire, je suis allée voir exactement le même nombre de films (14) au cours de la deuxième moitié de l'année que pendant son premier semestre (dont le bilan est ICI). Une série majoritairement ponctuée d'œuvres qui n'ont guère laissé d'empreintes... heureusement sauvée par un unique mais enthousiaste coup de cœur... Non pas que je n'ai vu que de mauvais films, mais avec le recul, je réalise que même ceux que j'ai appréciés sur le moment disparaissent déjà dans la brume de mes souvenirs.

Il en est ainsi, de ...

... Wind River, polar neigeux dont la banalité de l'intrigue est compensée par son contexte. L'action, qui se déroule dans une réserve indienne du Wyoming, est en effet prétexte à illustrer les conditions de vie de ces exclus sur leurs propres terres que sont les amérindiens, et à de très belles prises de vues d'une nature hostile mais grandiose ;


... Good Time, une bonne surprise pourtant : avec Robert Pattinson comme tête d'affiche, je ne m’attendais pas à ce film très noir, à la fois hypnotique et irritant, aux héros atypiques ;


... L'atelier, qui lance des pistes de réflexion intéressantes sur les mécanismes et les circonstances qui font basculer dans l’extrémisme et le rejet de l'autre, qu'il n'exploite pas assez profondément à mon sens ;

... Demain et tous les autres jours, jolie fable portée par de très attachantes actrices (Noémie Lvovsky et la jeune Luce Rodriguez) sur la difficulté à rendre compatibles amour et démence, mais que certaines facilités dans le scénario m'ont empêché d'apprécier complètement ;

... Au revoir là-haut, que j'aurais sans doute aimé davantage si je n'avais pas lu le roman dont il s'inspire puisque du coup, tout ce qui aurait pu passer pour des trouvailles originales avait un air de déjà vu (ce qui m'amène à penser que le texte de Lemaitre a une dimension très visuelle) ;

... Detroit, intéressant par son propos, mais dont la mise en scène -trop ?- soignée et la dimension parfois manichéenne amoindrissent la force ;

... Bienvenue à Suburbicon, qui m'a un peu laissée en dehors, parce que là aussi, l'exercice de style  (consistant entre l'opposition entre un univers kitsch aux teintes acidulés et le comportement barbare des personnages) prend le pas sur la volonté de susciter l'émotion, avec tout de même une mention spéciale au jeu de Matt Damon, parfait dans son rôle de monstre pitoyable et presque désincarné...


Je passe sur Le sens de la fête, distrayant (et même drôle à certains moments, et après tout, le cinéma c'est aussi fait pour se détendre...), mais c'est tout, sur le fade et brouillon Dunkerque (mon conjoint et moi sommes sortis de la séance en se demandant quand le film allait commencer, alors que nous l'avions vu jusqu'au bout...), 


... sur Les gardiennes, soporifique (en grande partie constitué de longues prises de vue de scènes du quotidien, avec très peu de dialogue, et au final très peu de vie...  exception faite du personnage jouée avec beaucoup de talent par la rousse et fraîche Iris Bry), et sur le décevant Musée des merveilles, dont j'attendais beaucoup, et que j'ai trouvé superficiel, ne suscitant aucune empathie pour des personnages dont la seule fonction semble être celle de faire-valoir à une mise en scène qui se veut originale, et qui l'est peut-être, mais... cela ne suffit pas.

Un bilan donc bien mitigé, que viennent relever...
... les deux documentaires vus au cours de ce semestre : Carré 35, enquête menée par Eric Caravaca sur les traces taboues d'une sœur morte en bas âge avant sa naissance, et dont les défauts (des digressions parfois obscures, notamment) contribuent sans doute autant à son charme que ses qualités, dont la principale est sans doute cette implacable ténacité dans sa volonté d'exhumer les fantômes du passé, avec pour résultat une intrusion presque dérangeante dans son intimité familiale... et 12 jours, le troublant film de Raymond Depardon sur ce moment où, appliquant une loi de 2013, les patients internés à la demande d'un tiers en établissement psychiatrique rencontre un juge qui valide, suite à avis de médecins, la nécessité de la poursuite de leur internement. C'est filmé avec sobriété et pudeur, en laissant la parole à ces malades qui sont souvent davantage dans la détresse que dans la démence...



... et LE coup de cœur de cette deuxième moitié de l'année : Faute d'amour du russe Andrey Zvyagintsev, qui fait partie de ces films auxquels vous ne cessez de repenser des jours après les avoir vus, dont le sujet est traité avec une grande intelligence. Un garçon de douze ans disparaît. Ses parents, en cours de séparation,  trop occupés à se déchirer -chacun se battant pour ne pas obtenir sa garde- et à réaliser leurs propres ambitions (personnelles ou professionnelles) ne lui ont jamais manifesté au mieux qu'une vague indifférence, au pire une forme de rejet... le cinéaste exploite l'absence de l'enfant pour démontrer la vanité et l’égoïsme de ses contemporains, attachés à des valeurs superficielles, incapables de véritable empathie, de fiabilité affective... à la fois poignant et atterrant, et à voir absolument !



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  • Wind river, film dramatique américain réalisé par Taylor Sheridan, avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Graham Greene... ;
  • Good time, film policier américain, de Ben et Joshua Safdie, avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Buddy Duress... ;
  • L'atelier, film dramatique français de Laurent Cantet avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach... ;
  • Demain et tous les autres jours, film dramatique français de Noémie Lvovsky, avec Noémie Lvovsky, Luce Rodriguez, Mathieu Amalric... ;
  • Au revoir là-haut, comédie dramatique française d'Albert Dupontel avec Albert Dupontel, Nahuel Perez Biscayart, Laurent Lafitte... ;
  • Détroit, drame américain de Kathryn Bigelow, avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith... ;
  • Bienvenue à Suburbicon, comédie policière américaine de George Clonney avec Matt Damon, Julianne Moore, Noah Jupe... ;
  • Le sens de la fête, comédie française d'Eric Toledano et Olivier Nakache, avec Jean-Pierre Bacri, Gilles Lellouche, Eye Haidara... ;
  • Dunkerque, film de guerre, historique, réalisé par Christopher Nolan, avec Fionn Whitehead, Matrk Rylance, Tom Hardy... ; 
  • Le musée des merveilles, film dramatique américain de Todd Haynes, avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore... ;
  • Les gardiennes, drame fraçais de Xavier Beauvois avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry
  • Carré 35, documentaire français d'Eric Caravaca ;
  • 12 jours, documentaire français de Raymond Depardon ;
  • Faute d'amour, drame d'Andrey Zvyagintsev (Russie, France, Belgique, Allemagne), avec Maryana Spivak, Alexey Rozin, Matvey Novikov...

Commentaires

  1. Très peu de films vus cette année au cinéma, pour plusieurs raisons, dont mon manque d'envie. Mais je partage ton coup de coeur pour Faute d'amour du russe Andrey Zvyagintsev, un grand réalisateur russe. Tous ses films sont intéressants, même si j'ai une préférence pour son tout premier, Le retour. Et son film le plus "tarkovsien", Le banissement, est très interpellant aussi. J'ai toujours pensé que le réalisateur tournait autour de la paternité, mais je me rends compte qu'il traite, depuis La bannissement, beaucoup de la maternité également.

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    1. Merci pour ces précisions, je note Le retour... et j'espère que l'envie des salles obscures reviendra en 2018.

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  2. Ah ben voilà que tu me donnes envie de voir Faute d'amour maintenant ! Je dois voir autant de films que toi, peut-être moins, la petite dizaine, mais pareil, il n'y en a pas beaucoup qui m'ont marquée en 2017.

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    1. Oui, oui, il faut le voir !! J'aimerais aller au cinéma plus souvent, mais entre le prix, le temps, et les programmations parfois trop brèves des films susceptibles de m'intéresser...

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  3. Pour Faute d'amour tout à fait d'accord, vraiment.

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    1. Je crois qu'il fait l'unanimité, et c'est tant mieux !

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  4. Bonjour Ingannmic, on se rejoint pour Faute d'amour, le 2ème meilleur film de l'année pour moi. Il faut vraiment voir Visages Villages. Sinon 1 film / 2 semaines, ce n'est pas si mal. Bonne fin d'après-midi.

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    1. J'ai noté, pour Visages Villages, il passe fin janvier dans le cadre d'un "festival Télérama" qu'organise mon cinéma de quartier, qui regroupe une sélection des films de l'année écoulée, ce qui est une très bonne idée, cela permet une séance de rattrapage !!

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  5. Ah, je te rejoins pour Wild River et Suburbicon ( même si j'ai passé un excellent moment ), en revanche j'ai apprécié Les Gardiennes, l'atmosphère, cette lenteur même, ces scènes qui m'ont paru signifiantes. Et je regrette vraiment d'avoir manqué Faute d'amour !

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    1. Autant dans Des hommes et des dieux, la lenteur ne m'avait pas gênée, parce qu'elle collait complètement avec le propos, autant là, elle m'a un peu perdue : les premières 40 minutes m'ont paru très longues, et du coup, ça a atténué mon intérêt pour la suite...

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  6. 4 films seulement vus depuis début septembre... c'est peu... et j'ai regretté d'avoir manqué "Faute d'amour". Idem pour "Les Gardiennes" que je voulais voir mais ton billet fait que je regrette un peu moins ! Bon we :-)

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    1. Marilyne (ci-dessus) a aimé Les gardiennes, qui n'est pas un mauvais film, au contraire, mais son côté presque contemplatif ne peut sans doute pas toucher tout le monde...

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  7. Bon ben moi, je note les deux documentaires, j'adore ce genre, pas toujours facile à voir au cinéma, tant la programmation en est souvent aléatoire. Pourtant, j'ai de bonnes salles d'art et d'essai par chez moi mais le Depardon, il a été programmé trois jours de semaine à 22.30 ! Et là, pour me sortir en hiver de sous la couette à cette heure là, c'est coton !

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    1. J'aimerais bien avoir ton avis si tu les vois, notamment sur Carré 35, très surprenant. Il est court (une petite heure) et on ne sait pas trop où l'auteur veut en venir au début (il y a même une spectatrice qui est partie 20 minutes après le début de la séance), mais vraiment, j'ai eu l'impression qu'Eric Caravaca nous fait toucher quelque chose presque de manière fortuite, c'est difficile à expliquer...

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  8. Oh lala, je suis d'accord avec toi pour tous les films que j'ai vu dans ta liste : Faute d'amour, magnifique, le musée des merveilles décevant, Detroit, très lisse, Au-revoir l-haut bien mais aurait pu être mieux si je n'avais pas lu le roman... IL faut que je lise davantage tes avis avant d'aller au ciné moi ;)

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    1. Pour avoir lu tes avis, j'avais constaté qu'en effet nous étions d'accord sur presque tous les films que nous avions vus toutes les deux. Mais tu n'aurais pas pu lire les miens avant de les voir, puisque je ne publie pas de billet "cinéma" au fil de l'eau, je me contente depuis début 2017 (avant je n'en parlais pas du tout) de faire un bilan en fin de semestre...

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  9. Merci pour ce bilan qui donne absolument envie de voir ton coup de coeur Faute d'amour.

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    1. J'espère qu'il te plaira mais je n'ai pas trop de doute...

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  10. Dommage que tu ne publies pas aussi tes avis ciné. Tu n'as pas envie de commencer en 2018 ? ;)

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    1. Ce format semestriel me convient bien, à vrai dire ! Je me dis que cela fait beaucoup, des billets à rédiger sur les livres ET les films, je ne sais pas si je saurais tenir le rythme...

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