"Les toiles du semestre" (3) - 01/06 2018 - "Flops et immémorables"

J'ai eu pas mal d'occasions d'aller au cinéma ce premier semestre, ayant beaucoup été en déplacement sur Marseille... là je subodore l'incompréhension qui pointe : quel rapport en effet entre la cité phocéenne et le septième art ? Fondamentalement, aucun. De mon point vue, beaucoup... En vrac, trois cinémas indépendants dans un rayon de trois kilomètres carrés, les soirées solitaires à occuper, le manque d'envie de rester enfermée à l'hôtel, l'absence de quidam m'imposant ses choix cinématographiques ou dénigrant les miens ("oh, non, on va pas aller voir ça, on va encore s'emmerder")...

     (Le César, place Castellane, à Marseille)
J'ai donc dorénavant mes petites habitudes entre Le Chambord, Le César et Les Variétés (j'adore ces noms un peu rétros), qui font en plus en sorte que leur programmation soient complémentaires -j'y trouve donc toujours mon compte- et je commence même à pouvoir revendiquer quelques épisodes cocasses en lien avec leurs salles obscures, tels la fois où j'ai assisté, seule, à une projection (c'était pourtant un jour de sorties), celle où la salle était tellement petite qu'à chaque fois que des spectateurs y entraient, ils poussaient une exclamation presque apeurée, celle (pas vraiment cocasse pour le coup) où un dégénéré, après avoir tenté de me caresser le bras (il a bien failli le prendre en pleine poire) a quitté la salle en catimini en emportant, sans que je m'en aperçoive, ma jolie veste noire...

Pour éviter un billet trop indigeste, j'ai décidé de scinder ce bilan semestriel en deux, en commençant par les déceptions, que suivront, dans les jours à venir, les coups de cœur et autres plaisirs... 

La première de ces déceptions a pour origine un terrible malentendu... Pour le coup, j'étais à la maison : samedi, fin d'après-midi, une envie soudaine nous prend, mon compagnon et moi, de s'offrir un film tendu, haletant, bref un bon thriller, et... j'ignore encore ce qui s'est passé, et comment j'ai pu me fourvoyer à ce point, mais une lecture en diagonale (avec la tête à l'envers et les yeux qui louchent, sans doute) du programme ciné nous a fait échouer devant Phantom Thread... Il paraît que c'est un film bourré de qualités, très esthétique, psychologiquement très subtil (je me méfie quand on évoque l'esthétisme au cinéma, et après ce film, je sais d'autant plus pourquoi). La succession de longues scènes laconiques a eu raison de moi (et je ne vous parle même pas de mon conjoint qui est sortie une demi-heure avant la fin, pris d’insurmontables impatiences dans les jambes et dans l'esprit). L'abus d'ellipses, de silences, finit par rendre le film creux et surtout trop long. Et comme on était parti dans l'idée de se taper une bonne crise d'adrénaline... 


La deuxième était attendue, du moins en ce qui me concerne... je me suis cette fois laissée persuader par mon cher et tendre (et par un avis favorable de je ne sais plus quel chroniqueur de Ça balance à Paris) d'aller voir Tout le monde debout, une comédie française réalisée par Franck Duboscq (je devais avoir un truc à me faire pardonner, ce n'est pas possible). Comme prévu, je n'ai pas ri, et je crois que j'ai souri une fois, grâce à la pétillante Elsa Zylberstein qui parvient à sortir son épingle du jeu, comme Alexandra Lamy d'ailleurs, que j'ai trouvée lumineuse. Mais cela n'a pas suffit à combler la sensation de vide et d'ennui qui m'a accompagnée tout au long de la séance. Peut-être que Franck Duboscq devrait éviter de jouer dans les films qu'il tourne...

Concernant les trois films suivants, c'est plus la fugacité de l'empreinte qu'ils ont laissé qui me fait les ranger dans cette catégorie, qu'une véritable déception.

Land avait tout pour me plaire : son scénario et son contexte (une sombre histoire de fratrie indienne dans une réserve mortifère), ses personnages (terriblement pitoyables, silencieusement désespérés), la manière dont ils sont filmés (avec à la fois pudeur et sincérité). Je l'ai d'ailleurs visionné avec plaisir,
et une certaine émotion, même, et j'en ai pourtant déjà tout oublié (j'ai même dû en rechercher un résumé sur Google pour me souvenir du synopsis). En raison, peut-être, d'un certain manque de densité ?...

De même avec Everybody knows, qui déroule le suspense alimenté par l'enlèvement d'une adolescente lors d'une fête de mariage sur fond de secrets de famille et de rivalités sociales, vu sans ennui, mais sans enthousiasme non plus, les rebondissements y sont sans réels surprises, et Pénélope Cruz m'a toujours laissée froide (bon d'accord, Javier Bardem un peu moins, mais je le préfère dans ses rôles déjantés...)

La tiédeur fut aussi au rendez-vous avec America, documentaire tourné pendant la dernière campagne électorale américaine, en Arizona, dans une bourgade traversés par la route 66, dont les habitants sont interrogés sur leur rapport aux armes à feu... c'est sans surprise, on y voit et on y entend -hormis quelques horreurs glissées là comme des anecdotes- ce à quoi l'on s'attendait, et c'est finalement un peu vain : un constat est posé, sans réelle incitation à la réflexion.


Après moult hésitations, j'ajoute enfin à cette liste 120 battements par minute, et ce faisant, j'ai presque un sentiment d'illégitimité tant ce film, en effet riche de qualités, a suscité éloges et emballements.
Et c'est peut-être bien là le problème : je m'attendais à voir LE film du siècle (j'ai même un ami qui est allé le voir trois fois), et me suis retrouvée devant un très bon film, certes, dont j'attendais pourtant autre chose... 120 battements par minute est énergique, les acteurs y sont impeccables (mention particulière au jeu sensationnel de Nahuel Pérez Biscayart), et le décalage entre la réalité des jeunes malades du sida et l'inertie condescendante des pouvoirs publics y est mis en évidence avec force. Mais le caractère répétitif du scénario, notamment concentré sur la tenue des réunions hebdomadaires d'Act'Up, et surtout l'absence d'informations sur l'histoire du mouvement, ont émoussé, au fil du visionnage, mon intérêt.

Rendez-vous en fin de semaine pour la seconde et positive partie de ce bilan...

  • Phantom Thread (ou Le Fil caché au Québec), film dramatique britannico-américain écrit et réalisé par Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville ;
  • Tout le monde debout, comédie française réalisée par Franck Duboscq avec Franck Duboscq, Alexandra Lamy, Elsa Zylberstein ;
  • Land, drame Italien, Français, Mexicain, Néerlandais réalisé par Babak Jalali avec Rod Rondeaux, Florence Klein, Wilma Pelly ;
  • Everybody knows, thriller réalisé par Asghar Farhadi avec Penélope Cruz, Javier Bardem ;
  • America, documentaire américain de de Claus Drexel ;
  • 120 battements par minute, drame français de Robin Campillo, avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel.

Commentaires

  1. Attendons donc la deuxième partie ! ;-)
    Je n'ai vu que 120 battements par minute, très bon film à mon avis, mais je comprends qu'on puisse s'attendre à mieux encore après tous les avis enthousiastes qu'on avait pu lire.

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    1. Disons que je m'attendais à en apprendre davantage sur Act'up, sur sa naissance, la manière dont ses membres avaient été impliqués dans le mouvement. Le réalisateur se focalise sur l'action (ce qui est aussi intéressant, mais cela finit par tourner un peu en rond, je trouve), un peu aux dépens du contexte.

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  2. Quand je lis tes attentes avant de voir "Phantom Thread", cela me fait sourire car tu ne pouvais qu'être déçue dans ces conditions. J'ai bien aimé pour ma part, même si le film s'adressait plus à mon cerveau qu'à mes émotions. Pour les autres, pas vus et pas vraiment envie de les voir non plus, malgré les très bonnes critiques de "120 battements par minute". Mais j'ai l'impression que je ne m'y retrouverai pas non plus...

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    1. Je ris moi-même, avec le recul (!), de ce malentendu... ceci dit, je crois que même si j'avais été prévenue, je n'aurais pas accroché non plus !

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  3. J'ai vu 130 battements par minutes et je crois que c'est le film le plus marquant de mon année. Phantom Thread j'ai très envie de le voir aussi !

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    1. Oui, c'est un film qui a marqué beaucoup de monde et je me dis que c'est tant mieux, parce qu'il a sans doute permis, notamment à la jeune génération, de comprendre ce qu'a été le combat de ces malades pour faire reconnaître la gravité de leur maladie.

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  4. Bon, j'ai manqué America, je le regrettait, un peu moins maintenant. Pareil pour Everubody Knows, je ne suis pas décidée. En revanche, j'avais beaucoup aimé Phantom Thread, après coup, je l'ai vu à sa sortie, je ne savais pas à quoi m'attendre et il m'a surprise.

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    1. Si j'ai pu atténuer tes regrets, c'est tant mieux.... je m'attendais avec America à une vrai réflexion sur cette culture des armes, ses origines, ses mécanismes culturels, psychologiques, mais rien de tout ça..

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  5. Peux tu vérifier si mon commentaire n'a pas filé dans les spams? Blogspot fait ça parfois. Merci

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  6. Ha ben non, j'ai dû faire une fausse manip. Je disais je crois que j'appréciais ton billet, même si ça ne poussait pas à aller au cinéma. ^_^

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    1. Ah, mais attends, mon billet de fin de semaine devrait au contraire t'envoyer direct dans les salles obscures !

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  7. Bonjour Ingannmic, dommage pour Phantom Thread qui m'a énormément plu grâce à la réalisation et au jeu des acteurs. Pour les autres, je n'ai vu qu'Everybody knows (pas mal mais sans plus).

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    1. D'accord à 100 % sur Everybody knows... mais pas sur Phantom Thread, tu l'auras compris, et le fait que le film n'ait pas répondu à mes attentes du moment n'explique pas complètement mon désintérêt...

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