LES TOILES DU SEMESTRE (4) - 07/12 2018

Comme pour le premier semestre (dont vous trouverez le récapitulatif ICI et LA), la deuxième partie de l'année s'achève sur un bilan très hétérogène côté cinéma.

Commençons par les déceptions (parce qu'il paraît qu'il faut toujours finir sur une note positive), avec  le pourtant original Au poste, qui avait tout pour me plaire : son ambiance et ses décors anachroniquement rétros, son synopsis inventif, son second degré... je crois malheureusement n'avoir ri -et encore du bout des lèvres- qu'une fois, tant j'ai trouvé que les dialogues tombaient à plat, manquaient de finesse et de vivacité. Je me suis rapidement engluée dans un ennui qui s'est ensuite métamorphosé en un agacement exhaussé par l'hilarité braillarde des mangeurs de pop-corn assis deux rangs devant moi... 


Je pourrais sans doute ranger dans cette même catégorie des films censés faire rire et épater par leur inventivité le poussif En liberté, dont la jolie distribution et les rebondissements n'ont pas suffit à retenir mon intérêt. A croire qu'en matière d'humour, je ne suis pas une fille facile...


C'est mon compagnon qui a été à l'origine des deux flops suivants : j'avais beaucoup apprécié Hippocrate, mais Première année, du même Thomas Lilti, m'a laissée froide. Les acteurs fort sympathiques ne comblent pas la faiblesse d'un scénario qui m'a paru vain. Quant à L'empire de la perfection, je n'y serai jamais allée toute seule... Moi mon idole c'était Edberg, pas McEnroe, qui m'agaçait prodigieusement avec ses emportements d'enfant gâté. Mais je me suis laissée convaincre par l'ex prof de tennis qu'est mon mari qu'au-delà de la personnalité du tennisman, l'analyse de son jeu (l'un des meilleurs de tous les temps soi-disant) serait passionnante. 
Las ! En réalité, L'Empire de la perfection n'est pas tant un film sur McEnroe qu'une analyse des documentaires réalisés sur le joueur dans les années 80. Il y est surtout question de ce que ces documentaires sportifs ont apporté au genre, de comment ils ont été tournés, et j'avoue ne pas avoir trouvé cela très passionnant, d'autant plus que le film comporte pas mal de longueurs et de redondances.


Appréciation intermédiaire pour The Guilty, dont le réalisateur parvient à ne pas nous lasser du huis-clos dans lequel est enfermée l'action, qui se déroule en intégralité sur la plateforme téléphonique du "police-secours" danois, et on se laisse surprendre par certain rebondissement. Dommage, mais il m'a manqué une certaine densité pour que j'apprécie vraiment le moment, et j'aurais aimé en savoir davantage sur le personnage principal, que l'on devine borderline, mais qui n'est finalement qu'effleuré. 

Deux films m'ont fait passer un bon moment de distraction : Le jeu, qui m'a agréablement surprise par la tenue de ses dialogues et les surprises qu'il réserve (dommage qu'il se termine sur une pirouette à mon sens inadaptée et qui gâche un peu le plaisir), et Le grand bain, avec ses anti-héros touchants bien qu'un peu caricaturaux, et son comique de situation, qui pour le coup m'a souvent fait sourire.


***************************

Enfin, les belles découvertes... par ordre croissant de préférence :

Woman at war dont j'ai aimé le personnage principal  -femme indépendante et amoureuse de sa terre d'Islande, tiraillée entre son combat solitaire et sans doute vain contre l'industrie locale de l'aluminium et la concrétisation de son projet d'adoption-, la morale, les intrusions inattendues de fantaisies visuelles et musicales... 
Rien à voir avec Shéhérazade, film au réalisme cru mettant en scène un jeune délinquant des cités marseillaises qui découvre l'amour en la personne d'une jeune prostituée, un amour qui va le faire grandir, et découvrir qui il est. Un film à la fois triste et touchant, avec des acteurs anonymes et formidables. 





Frères ennemis se déroule aussi dans l'univers des banlieues et du banditisme. J'y suis allée pour Reda Kateb que j'apprécie énormément, et je n'ai pas été déçue. Bien que d'un scénario et d'une mise en scène plutôt classiques, c'est un film à la fois nerveux et plus profond qu'il n'y parait, qui fait la part belle à la confrontation entre ses deux personnages principaux. 

J'ai adoré, enfin, Les frères Sisters, son duo tragique et pitoyable, sa musique, ses plans de vue, ses acteurs, ses dialogues, LA FIN... un excellent moment de cinéma (et je ne vois pas ce que je peux dire de plus) !


Il est néanmoins détrôné par Dogman, incontestable coup de cœur du semestre, histoire d'un toiletteur malingre et rigolard, vivant sur un de ces bords de mer italiens qui parviennent à être lugubres et grisâtres, au sein d'un microcosme où tout le monde se connaît. Le héros, amoureux des chiens et de sa petite fille qu'il ne voit que par intermittences, car il est séparé de sa mère, entretient une relation dont on ne connait pas les antécédents (et qui nous paraît donc incompréhensible) avec un voyou cocaïnomane, au physique impressionnant, dont la violence est imprévisible et sans limite.


Il se montre passif face à l'emprise de ce soi-disant ami, sans que l'on cerne si c'est par peur, par goût de l'argent, ou par fidélité, jusqu'au jour où cette relation lui fait tout perdre...
Un film qui prend aux tripes sans faire de l’esbroufe, en décortiquant les petitesses et les erreurs monumentales que nous incitent à commettre les mauvais chemins que l'on prend à l'occasion d'une bifurcation fatale. Un film sur la perte, sur les existences pitoyables écrasées par l’inéluctabilité du déterminisme social... Un acteur inoubliable... A voir, absolument.

  • Au Poste ! : Comédie française réalisée par Quentin Dupieux avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig ;
  • En liberté : Comédie française de Pierre Salvadori avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Damien Bonnard ;
  • Première année : Drame français de Thomas Lilti avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Michel Lerousseau ;
  • L'empire de la perfection : Documentaire français de Julien Faraut avec John McEnroe, Yvan Lendl, Mathieu Amalric ;
  • The Guilty : Thriller danois de Gustav Möller avec Jakob Cedergren, Jakob Ulrik Lohmann, Laura Bro ;
  • Le jeu : Comédie dramatique française de Fred Cavayé vec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groodt ;
  • Le grand bain : Comédie dramatique française de Gilles Lellouche avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde;
  • Woman at war : Drame/Thriller/Comédie Islandais/Français/Ukrainien (!) de Benedikt Erlingsson avec Halldora Geirhardsdottir, Jóhann Sigurðarson, Juan Camillo ;
  • Shéhérazade : Drame français de Jean-Bernard Marlin avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli ;
  • Frères ennemis : Policier Français/Belge de David Oelhoffen avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani ;
  • Les frères Sisters : Western français de Jacques Audiard avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal ;
  • Dogman : Policier/Drame Italien/Français de Matteo Garrone avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Nunzia Schiano.

Commentaires

  1. Je n'ai pas aimé "en liberté" non plus et "Woman at war" m'a beaucoup plu. A part ça, je n'ai pas vu grand chose au cinéma ces derniers temps, je deviens franchement difficile.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends, j'ai moi-même souvent plus de mal à admettre une déception cinématographique qu'une déconvenue littéraire (peut-être parce que le fait d'aller au cinéma demande plus d'efforts, d'organisation ?)... Mais si tu en as l'occasion, Dogman en vaut vraiment la peine (et Les frères Sisters aussi).

      Supprimer
  2. J'ai beaucoup aimé au poste mais je n'ai pas aimé the guilty. En revanche, les autres, je ne les ai pas encore vus... Je compte en voir certains dès que je peux comme frères ennemis ou les frères sisters.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai aussi un ami qui a adoré Au poste, au point d'aller le voir 2 fois. Je peux d'ailleurs comprendre, je lui ai trouvé de réelles qualités, au niveau de la mise en scène, de l'atmosphère, mais disons que le ton n'a pas pris.... Et bonne séance autour des "Frères", ils sont tous deux très différents mais je les ai trouvés très bons, chacun dans son style.

      Supprimer
  3. Je regrette vraiment d'avoir manqué Woman at war !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un rattrapage est toujours possible, en DVD par exemple..

      Supprimer
  4. Je ne regarde pratiquement jamais de films mais les exceptions cette année ont été de bonnes exceptions, notamment le documentaire Le silence des autres, sur la mémoire de la période franquiste en Espagne. Dans un tout autre registre Le grand bain va passer au cinéma de l'Institut francais de Budapest (mon cinéma francais) et j'ai bien envie d'aller le voir!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai loupé ce documentaire sur l'Espagne, dommage, ça m'aurait intéressé, à voir s'il sort en DVD. Et pour Le grand bain, si ce n'est pas le film du siècle, il permet de passer un bon moment, et c'est déjà beaucoup !

      Supprimer
  5. le seul que j'ai vu c'est Dogman ; j'aime bien ce genre de film "bizarre", et l'acteur principal est formidable! il a eu une récompense à Cannes je crois...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai adoré, bien que ce soit, du moins en ce qui me concerne, un film qui suscite des émotions à peine supportables, en raison de sa violence (pas tant physique que psychologique), et oui, l'acteur a reçu le prix d'interprétation masculine à Cannes l'année dernière, ce qui est en effet amplement mérité !

      Supprimer
  6. J'avais beaucoup aimé "Woman at war"

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est un très beau portrait de femme, mis en scène de manière originale.

      Supprimer
  7. Bonjour Ingannmic, je n'ai pas compris l'engouement critique pour En liberté! qui ne m'a pas fait rire une seconde. Il n'est d'ailleurs plus à l'affiche. Pour Dogman, j'ai été un peu déçue car je m'attendais à autre chose. Peut-être un rôle plus important donné aux chiens. Woman at war, un de mes coups de cœur de l'année. A nouveau, une très bonne année 2019.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Dasola,
      on se rejoint complètement sur En liberté (mais je crois l'avoir déjà écrit sur ton blog..), quel film poussif ! Quant à Dogman, je ne savais pas du tout ce que j'allais voir et n'avais aucune attente, donc pas tropde risques de déception... Et je l'ai trouvé très fort. Je te souhaite pour 2019 de belles découvertes cinématographiques et livresques.

      Supprimer
  8. Sinon y'a un autre film concept comme "The Guilty" :
    "Locke" (2013) avec Tom Hardy !
    Il passe 1h30 (90 minutes!) dans sa voiture, sur l'autoroute, à régler ses problèmes au téléphone main-libre !!!!!!!!!!!
    bah ça se regarde au moins une fois! même si la fin est un peu décevante : il arrive à destination! :)))

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Compte tenu des difficultés pour certains d'entre vous à poster des commentaires, je modère, au cas où cela permettrait de résoudre le problème... N'hésitez pas à me faire part de vos retours d'expérience !