Articles

C'est enfin mon tour !

Je me suis réjouie, lors de l'épisode caniculaire, d'avoir choisi la Bretagne nord comme lieu de vacances, mais maintenant que le temps s'est rafraîchi-engrisé, c'est avec quelque crainte que j'ajoute mes bottes et mon ciré à mes bagages... Mais qu'importe : quand on part en Bretagne, ce n'est pas dans l'idée de faire le lézard sur la plage, ou de patauger des heures dans l'eau. A moi les randonnées sur les sentiers du littoral à m'enivrer de l'odeur des algues et des cris des goélands, les dégustations de galettes et de kouign-amann, la pêche aux coquillages... !


Côté lectures, mon cœur balance entre Brize et Titine. Javais initialement prévu de profiter des ces quinze jours pour exhumer de ma PAL un vrai gros pavé, genre "Jérusalem" d'Alan Moore ou "L'infinie Comédie" de David Foster Wallace, mais ayant décidé entre-temps de participer au Mois Américain, qui commence dès le premier septembre, un compromis s'…

"L'attentat" - Harry Mulisch

Image
"Le commencement ne s'efface jamais, pas même quand vient la fin".
En 1945, Anton Steenwijk a douze ans. Il vit à Haarlem, petite ville de la périphérie d'Amsterdam, avec ses parents et son frère aîné Peter. Un soir d'hiver, des résistants assassinent dans leur rue le représentant local de l'occupant nazi. Leurs voisins, par un égoïste et fatal réflexe de survie, traînent le cadavre devant la porte des Steenwijk. Seul Anton survit aux représailles exercées par la police allemande, qui, ne sachant que faire du jeune garçon, l'installe temporairement dans une cellule où, dans l'obscurité la plus totale, il côtoie le temps d'une courte nuit la résistante qui y est maintenue prisonnière.
Quatre épisodes, de 1952 à 1981, succéderont à celui de cet événement fondateur du récit, comme des clichés figeant certaines étapes de l'existence d'Anton, en même temps qu'ils reviendront sur le drame de janvier 45, d'une part pour témoigner de la ma…

"Dans la baie fauve" - Sara Baume

Image
"Ma tristesse à moi n'est pas un parti pris, mais quelque chose coincé entre les murs de ma chair, comme un brouillard sale. Elle ternit tout. Elle roule le monde dans la suie. Elle vide mes membres de leur force et me voûte le dos."
C'est l'histoire de la rencontre entre deux êtres en marge du monde, qui unissent leurs solitudes.
Le premier est un chien, un ratier qu'une mauvaise rencontre avec un blaireau a laissé borgne -d'où son patronyme, One Eye- et la gueule déformée, un animal peu enclin à la compagnie, prompt à mordre aussi bien ses congénères que les êtres humains.

Ray, le second, s'estime à cinquante-sept ans "trop vieux pour prendre un nouveau départ, trop jeune pour baisser les bras". Son allure n'a rien à envier à celle du quadrupède : "mal fagoté, la barbe mitée, les traits passés au rouleau compresseur, le poil pareil à de la limaille de fer, clopinant sur mes pieds de cul-terreux et mes jambes mal proportionnées&quo…

"Le mal de peau" - Monique Ilboudo

Image
"Il ne savait comment la protéger efficacement contre ces blessures continuelles que la bêtise des autres lui infligeait, contre ce mal de peau dont elle souffrait."
Cathy a quitté le Tinga pour faire des études d'architecture à Paris.  La jeune femme est heureuse de trouver dans la capitale française un anonymat et un cosmopolitisme qui lui permettent de se fondre dans la masse, et d'oublier la stigmatisation subie depuis l'enfance dans son pays d'Afrique. Car Cathy, fruit d'un viol perpétré par un colon blanc sur une jeune vierge indigène, y a toujours été considérée comme une bâtarde, n'ayant sa place ni parmi les noirs, ni parmi les blancs. Après quelques mois, elle noue une sérieuse idylle avec Régis, issu d'une famille noble qui rejette l'idée d'une union mixte. Elle souhaite par ailleurs profiter de son séjour en France pour tenter de retrouver son père.
En alternance avec la relation des aventures parisiennes de Cathy, le récit nou…

"L'équilibre du monde" - Rohinton Mistry

Image
"Maintenant je préfère croire que Dieu est un géant qui fabriquait un patchwork. Avec une infinité de motif. Et le patchwork a tellement grandi qu'on ne peut plus discerner le modèle ; les carrés, les triangles et les rectangles ne s’emboîtent plus les unes dans les autres, tout ça n'a plus de sens. Alors Il a abandonné."
Ouvrir "L'équilibre du monde", c'est s'apprêter à faire un long voyage, à ouvrir une parenthèse dépaysante, non pas tant parce qu'il se déroule dans un pays lointain, que parce la densité et la richesse de l'intrigue, la minutie avec laquelle sont dépeints les personnages et leurs interactions, la vitalité qui porte l'ensemble, nous plongent de manière très prégnante dans le quotidien de ses héros.
Inde, années 70.
Dina Dalal, jeune élève douée, s'est vue contrainte d'interrompre ses études après la mort de ses parents. Alors recueillie par son frère et sa belle-sœur, elle n'a pu concilier la réussite sc…

"Le chagrin des vivants" - Anna Hope

Image
"... Et quoi qu'on puisse en penser ou en dire, l'Angleterre n'a pas gagné cette guerre. Et l'Allemagne ne l'aurait pas gagnée non plus. - Qu'est-ce que tu veux dire ? - C'est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours."
L'Angleterre de ce début des années vingt est endeuillée, morose sous la chape de plomb qu'a laissée la Grande guerre et la cohorte de ses pertes, qui déplorant celle d'un fils, qui celle d'un fiancé ou d'un mari, qui celle de son âme...

Dans ce marasme ambiant, contre lequel chacun lutte à sa manière, certains s'étourdissant de plaisirs temporairement anesthésiants, d'autres se prostrant dans le désespoir ou l'hébétude, nous suivons trois femmes, dont Anna Hope dévoile les obsessions, les doutes et les espoirs autour d'un compte à rebours de cinq jours, se concluant par l'arrivée en Angleterre de la tombe du soldat inconnu, point d'orgue de la commémoration du deux…

"Mauvaises graines" - Lindsay Hunter

Image
Adolescences en friche.
Ce ne sont pas des mauvaises graines. Plutôt des fleurs plantées dans un terreau médiocrement fertile, en manque d'eau, et d'un jardinier assidu... Elles sont deux, et comme souvent dans les inséparables duos adolescents, l'une est jolie, et l'autre non.
La mignonne, c'est Perry. Elle vit dans un camp de caravanes, avec Myra, son alcoolique de mère et son beau-père Jim. N'allez pas imaginer un environnement sordide, crasse. Bien que vous soyez susceptibles d'y croiser un voisin se promenant avec une carabine à aire comprimé à la main, vous n'apercevrez dans ce camp ni gamins traînant en couche sale, ni bagnoles désossées, comme vous n'y entendrez ni cris de soiffards ni éclats de disputes conjugales. Ses résidents, un cran en-dessous de la classe moyenne, sont de ces invisibles qui tentent de survivre avec dignité, plantant des fleurs dans leurs jardinets, éclairant leur mobils-homes de guirlandes d'ampoules, qui parvienn…