A venir ...

"Le jour des corneilles" de Jean-François Beauchemin ;

"La vierge d'Ensenada" de Gabriel Bañez ;

"Les oiseaux de Verhovina" d'Adám Bodor.

06/12/2016

"Les évaporés" - Thomas B. Reverdy

"Je ne sais pas comment cette histoire se termine. C'est une histoire japonaise".

La rareté des disparitions volontaires les dote d'une dimension à la fois sensationnelle et mystérieuse (à condition évidemment de ne pas être personnellement concerné).

Au Japon, c'est un peu différent...

Un an après la catastrophe de Fukushima, les "Johatsu", autrement dit ces "évaporés", qui au pays du Soleil Levant constituent un véritable phénomène de société, sont de plus en plus en nombreux. La disparition est en effet la seule solution pour les désespérés qui, acculés par les dettes dont ils sont redevables aux yakuzas, veulent sauvegarder leur vie et celle de leur famille. Le déshonneur que fait peser sur ces dernières la fuite les retient de faire appel aux autorités.

Ainsi, dans le silence et l'indifférence générale, les Johatsu se volatilisent comme s'ils n'avaient même jamais existé...

Kazehiro, lui, n'est pas endetté, mais il n'en est pas moins en danger : cadre dans une importante société d'investissements, son licenciement a éveillé ses soupçons quant à des opérations financières suspectes grâce auxquelles la mafia japonaise a su tirer profit des conséquences du tsunami. Aussi, comme des dizaines d'autres avant lui, il "s"évapore"... déménageant de nuit, en catimini, il quitte Kyoto pour s'installer à San'ya, quartier pauvre de Tokyo.

Alertée par sa femme, leur fille Yukiko, qui vit depuis une dizaine d'années au Etats-Unis, revient au Japon, accompagnée d'un ex-amant détective privé, poète, et accessoirement double affirmé de Richard Brautigan, dont elle a sollicité l'aide pour retrouver son père.

Le récit alterne entre l'enquête menée par ce singulier détective, à travers l’œil duquel nous découvrons un univers déroutant et riche de contradictions, et l'appropriation par Kazehiro de sa nouvelle existence, au contact des laissés-pour-compte de la société japonaise.

"Les évaporés" est un roman intrigant, d'une part parce que son sujet lui confère une dimension énigmatique, mais aussi parce qu'il entremêle, par l'intermédiaire de ses personnages issus d'horizons très divers, des points de vue éclectiques. Introduire dans son intrigue un quadragénaire américain habituellement sédentaire, une femme japonaise ayant plus ou moins rompu, de manière inconsciente, avec ses racines, et des autochtones ayant navigué dans différentes strates de la société, lui permet de donner une vision multiple du japon d'aujourd'hui, oscillant entre modernité et traditions, dont la catastrophe de 2011 a paupérisé une partie de la population sur le dos de laquelle les malfrats de haut vol s'enrichissent.

On y retrouve aussi une forte consonance poétique, onirique même parfois, portée par la thématique de la disparition, qui ouvre sur un questionnement plus large sur l'identité et le poids des origines sur la construction des individus. Dans quelle mesure le détachement de la culture, de la famille dont on est issu est-il nécessaire à notre épanouissement individuel ?

Toutefois, si j'ai apprécié le ton de l'auteur, qui parvient à mêler humour, tragique et lyrisme avec un certain équilibre, j'avoue avoir eu du mal à m'impliquer dans ce roman, qui manque selon moi d'une certaine intensité. L'alternance entre les différentes parties de l'histoire, qui ne présentent pas toutes selon moi le même intérêt, et cette mélancolie un peu distante dont est empreint son texte, expliquent sans doute cette impression de détachement qui m'a accompagnée tout au long de ma lecture.

>> Les avis -sans bémol- de Sentinelle et Kathel.

>> Un autre titre pour découvrir Thomas B. Reverdy : "Il était une ville".

03/12/2016

"Anima" - Wajdi Mouawad

"Les humains sont seuls. [...] Enfermés dans leur raison, la plupart ne franchiront jamais le pas de la déraison, sinon au prix d'une illumination qui les laissera fous et exsangues. Ils sont absorbés par ce qu'ils ont sous la main, et quand leurs mains sont vides, ils les posent sur leur visage et ils pleurent. Ils sont comme ça."

L'immersion dans "Anima" est abrupte.
Abrupte parce que le roman s'ouvre sur une scène dont l'horreur vous laisse hébété : la découverte par Wahhch Debch du cadavre de Léonie, sa femme, sauvagement mutilé. Cet atroce spectacle éveille en Wahhch l'impalpable et confus souvenir d'un traumatisme enfantin. D'origine libanaise, Wahhch a été recueilli, après le massacre de sa famille, par un infirmier canadien qui l'a adopté.
L'extrême souffrance dans laquelle le plonge l'assassinat de Léonie se mêle à un irrépressible et et douloureux besoin de savoir qui il est et quelles ont été les circonstances exactes de la rencontre avec son futur père adoptif. Il part en quête de l'assassin de sa femme, quête qui se mêle à celle de ses origines et de son identité. Le chemin qui y mène sera cruel et déchirant. 
Parti du Canada, dont il traverse des réserves indiennes, Wahhch parcourt ensuite une partie des Etats-Unis.

Il arpente des territoires où sévissent des guerres secrètes, où survivent, dans la misère et la violence, appliquant leurs propres lois, des communautés dont la dignité et la légitimité ont été reniées.
Il suit, comme on le comprend peu à peu, la route de ses semblables, ces victimes de carnage qui poussent des hurlements inaudibles mais puissants, ces déracinés de leur terre et d'eux-mêmes qui peinent à survivre dans un monde qui les oublie.

L'immersion dans "Anima" est surprenante.
Surprenante en raison du procédé narratif utilisé par l'auteur, auquel j'ai eu au départ un peu de mal à adhérer. Il consiste à faire porter son récit par la voix d'animaux : chats et chiens, insectes et rongeurs, chevaux..., dont les témoignages successifs relate le douloureux périple du héros. 
Cette approche anthropomorphiste est risquée, d'autant plus que l'auteur s'aventure à imaginer entre ses narrateurs et son personnage principal des connexions quasi surnaturelles qui peuvent parfois amoindrir la crédibilité du récit, même s'il est évident qu'il s'agit là d'un subterfuge pour exprimer le fait que Wahhch renoue avec sa part instinctive, qui se traduit par un besoin de communion parfois brutale, mais toujours enrichissant, avec les animaux, et lui permet paradoxalement de mieux se cerner en tant qu'homme. 

Et puis survient un moment où cela n'a plus d'importance. Complètement crédible ou pas, le texte de Wajdi Mouawad est imprégnée d'une telle poésie et d'une telle intensité qu'il exerce sur le lecteur une sombre séduction, l'attachant irrémédiablement aux protagonistes de cette tragédie qu'est "Anima". Car de la tragédie ce roman a le caractère inéluctable et dramatique. Le caractère des personnages et leurs émotions, la symbolique des situations, ont une dimension qui pourrait sembler excessive, mais s'intègrent parfaitement au ton du texte, et participent de beaucoup à en faire une sorte de conte à la fois sanglant et initiatique.

Je remercie Mior, dont l'avis a permis cette découverte bouleversante.

30/11/2016

"Les enfants de la veuve" - Paula Fox

"Je suis entrée dans la vie par effraction".

Dans ce quasi huis-clos familial, Paula Fox démontre sa capacité à décrypter les motivations cachées, inconscientes, des comportements humains, et la manière dont elles parasitent les relations entre individus.

Laura et Desmond Clapper sont à la veille d'un voyage en Afrique. Ils ont organisé dans leur chambre d'hôtel un apéritif pour les quelques proches venus prendre congé, avec lesquels ils iront ensuite dîner au restaurant. Quelques heures auparavant, Laura a reçu un appel de la maison de retraite où vivait sa mère, lui annonçant le décès de cette dernière, nouvelle qu'elle dissimule à l'ensemble des convives.

Parmi eux Clara, fille du premier mariage de Laura, fruit d'un cinquième avortement raté, confiée dès son plus jeune âge à sa grand-mère maternelle qui l'a élevée. Son oncle Carlos, homosexuel exubérant et paresseux, artiste raté, est également présent. Ed, un éditeur ami de Laura, complète cette assemblée.

Sous couvert des dialogues qui s'engagent entre les protagonistes, l'auteur tisse la toile complexe et subtile formée par les liens qui les unissent.
La relation mère-fille entre Clara et Laura est au centre de cette toile. La jeune femme, mal à l'aise, hantée par la solitude et le sentiment d'abandon que l'indifférence maternelle a ancré en elle, se montre laconique et discrète, comme déplacée et illégitime parmi les siens qui à font preuve, à l'inverse, d'exubérance et d'assurance. 

Les situations mises en scène sont ainsi prétexte à convoquer réactions subconscientes et arrières-pensées, à faire surgir les enjeux cachés des rapports entre les individus, à révéler les tensions et les rancœurs que la pudeur ou la bienséance incitent à taire, qui finissent par s'exprimer indirectement, par des attitudes et des réactions alors incompréhensibles pour autrui.

En dévoilant les fissures qui, derrière les façades domestiques, blessent les membres des familles, Paula Fox dote son roman d'un humour subtil mais acide, généré par la légère outrance avec laquelle elle pointe les défauts de ses personnages, sans toutefois tomber dans le piège de la caricature, qui les rendrait moins crédibles. La préciosité de Laura, sa condescendance, la conviction de sa supériorité, rythment les échanges avec une théâtralité qui met en exergue, par contraste, la retenue de sa fille.

Tout le sel des "Enfants de la veuve" tient dans ses dialogues, et toute sa profondeur réside dans l'analyse qu'en tire l'auteur, qui fait de ce titre un roman riche et intelligent.

>> Un autre titre pour découvrir Paula Fox : "Personnages désespérés".

26/11/2016

"L'homme qui a vu l'homme" - Marin Ledun

Silence... on torture.

Polar à l'intrigue impeccable, "L'homme qui a vu l'homme" est aussi et surtout un roman intelligent et audacieux, qui s'attaque à un sujet hautement tabou.

Pays Basque, fin janvier 2009.
Klaus vient de ravager le littoral et les terres du Sud-ouest français, et fait la une de tous les médias. Une distraction bienvenue pour les responsables de la disparition, une dizaine de jours plus tôt, de Joskin Sasco, qui n'ont pas intérêt à ce que des journalistes trop curieux enquêtent sur ses circonstances et ses motifs.

Iban Urtiz, malgré son patronyme et des origines vaguement basques (par son père, décédé lorsqu'il n'était encore qu'un enfant), est un "erdaldun", c'est-à-dire un étranger. Fraîchement débarqué de Savoie, il ignore les véritables raisons qui l'ont poussé à postuler pour le Lurrama, journal bayonnais, et à venir s'installer dans cette région dont, ainsi qu'il le réalise très vite, il ignore les codes, l'histoire et les mœurs. Troublé par ce qu'il découvre à l'occasion de ses investigations dans le cadre de l'affaire Sasco, ému par la sœur de ce dernier, fermement décidée à faire éclater la vérité sur la disparition de son frère, Iban persévère, jusqu'à l'obsession, et fait rapidement l'objet de menaces.

Marin Ledun nous entraîne dans un univers opaque, au cœur d'une guerre souterraine et qui tait son nom, où représentants de l'ordre et criminels partagent les mêmes méthodes. 

"L'homme qui a vu l'homme" sort de l'ombre ces commandos paramilitaires, héritiers des GAL (Groupes Antiterroristes de Libération espagnols, à la fois étatiques et clandestins, qui dans les années 80, opéraient contre le terrorisme), qui, associant mercenaires et policiers espagnols, pratiquent enlèvements, détentions arbitraires et tortures, sous prétexte de la menace que représente l'ETA. Sous couvert des accords de lutte anti-terroriste passés entre la France et l'Espagne depuis 2001, ils opèrent sur le territoire français en toute impunité, protégés par de haut fonctionnaires qui, des deux côtés de la frontière, s'accordent pour protéger et dissimuler leurs agissements.
La politique de communication menée en parallèle par les autorités, agitant les épouvantails du complot, d'une menace omniprésente, rend la voix des victimes inaudibles et leur volonté de réclamer justice sans recours. 

On se croirait presque dans un pays d'Amérique latine, pendant les années noires de répression... ce que suggère l'auteur semble dépasser l'imagination. Il s'inspire pourtant d'un fait réel récent et géographiquement proche de nous, celui de la disparition non élucidée du militant basque Jon Anza (pour en savoir plus, c'est entre autres ICI).

En choisissant comme personnage principal un néophyte de la question basque, Marin Ledun évite cependant le piège du manichéisme : si son héros est prêt à mettre sa vie en danger pour rendre justice à Joskin Sasco, victime d'une bavure commise par des individus sans légitimité judiciaire, il peine à comprendre, à l'heure de la mondialisation, le combat indépendantiste mené par ces militants "abertzale" pour ce morceau de terre coincé entre France et Espagne.

L'intrigue est par ailleurs pour l'auteur le prétexte à une réflexion plus générale sur le bien-fondé de l'utilisation de méthodes violentes en réponse à la violence, souvent incompatibles avec discernement et intégrité.

Se nourrissant d'une terreur à la fois masquée et invincible, "L'homme qui a vu l'homme" est un roman passionnant, glaçant, d'une implacable rigueur.

23/11/2016

"Ping-Pong" - Park Min-kuy

"Qu'est-ce qu'on va faire des cons."

Bénis soient la littérature et les écrivains, qui permettent ces incursions dans des univers que nous ne pénétreront probablement jamais en réalité, qui nous immergent dans l'intimité d'individus que nous n'aurions sans doute jamais eu l'occasion de croiser...

C'est un billet d'Yv', et ses promesses d'originalité, d'inattendu, qui ont suscité ma curiosité pour Park Min-kuy, auteur sud-coréen. Des promesses tenues par ce texte en effet surprenant.

"Ping-Pong" est le journal de Clou, collégien et surtout bizuth, ainsi qu'il se définit lui-même. Il forme avec Moaï, camarade de fortune, un "set", comprenez un "duo" : les deux adolescents partagent les coups, les humiliations, le racket, et peu à peu, une complicité tacite mais profonde. Souffre-douleurs de Ch'isu et de sa bande, Clou et Moaï sont de ceux que l'on ne remarque pas, qui subissent les diktats d'une poignée de dominants.

La découverte d'une table de ping-pong trônant au cœur d'un terrain vague donnent une nouvelle impulsion à la relation entre les deux garçons, le jeu devenant un moyen de communication, le catalyseur de leurs échanges. Et leur rencontre avec Secrétin, un français féru de tennis de table, le dote d'une dimension métaphysique : le ping-pong se fait métaphore de l'existence, planète à part entière, condensé de l'univers dans lequel se jouerait l'avenir de l'humanité...

Le propos, en lui-même insolite, est de plus servi par un ton singulier. Clou énonce vicissitudes et souffrance avec une lucidité analytique qui confère à son journal une distance qui rend son récit d'autant plus glaçant. Tous les faits, banals ou violents, sont évoqués avec précision, parfois avec crudité, mais sans excès d'éloquence, voire avec une espèce d'atonie. Ce décalage entre le fond et la forme génère de fait un humour grinçant, suscitant un certain malaise.

Associant dans ses raisonnements simplicité enfantine et acuité douloureusement mature, le narrateur s'interroge sur la possibilité et le sens du bonheur, d'un point de vue individuel aussi bien qu'universel. Ses doutes quant à la probabilité qu'il devienne un jour un adulte comme les autres, père de famille assurant la subsistance de son foyer grâce aux fruits de son travail, côtoient ainsi de régulières allusions au délitement du monde engendré par la pollution, la corruption, les inégalités.

Aussi, malgré des particularités stylistiques -onomatopées, ponctuation fantaisiste plaçant les virgules à contretemps, brièveté des paragraphes- qui font de Ping-Pong un texte vif, rythmé, il émane du journal de Clou une détresse profonde. Porte-parole de la majorité silencieuse, de ceux que l'on écrase et massacre comme s'ils n'existaient pas, l'adolescent, face au constat de la constance du mal et du non sens de la vie, est comme envahi d'un vide abyssal qu'il se sent incapable de combler.

"Ping-Pong" est un roman riche et déroutant, à propos duquel j'émettrai un unique (et léger) bémol : les incursions dans le surnaturel -là aussi inattendues- qui émaillent le dernier tiers du récit, à mon sens peu compréhensibles, m'ont laissée dubitative...

20/11/2016

"Le Club des Miracles Relatifs" - Nancy Huston

Signal d'alarme.

Je crois que ce que j'admire le plus, chez Nancy Huston, c'est sa capacité à se renouveler, à expérimenter -souvent avec succès- des genres divers.

Elle nous surprend ainsi, une fois encore, avec son dernier titre, roman atypique où s'entremêlent lieux imaginaires et références géographiques bien réelles, où les personnages évoluent dans un monde qui, s'il ressemble au nôtre au point de susciter un certain malaise, se présente en même temps comme le cauchemar résultant de tous nos excès.

Varian est un être différent. 
Originaire de l'île Grise, il est le fils tardif de Ross et Beatrix McLeod. Le couple vit dans une plénitude affective et morale que rien ne semble pouvoir troubler. Ce sont des gens simples, qui vivent de la pêche, comme la plupart des familles du village.
Manifestant dès son plus jeune âge une intelligence et une sensibilité hors normes, ne supportant ni le bruit ni la violence, Varian affirme en grandissant sa particularité. Sa frêle constitution, sa voix cristalline, sa soif irrépressible de savoir, font de lui un être à part, exclus. Il entretient avec son corps un rapport complexe, à la fois hanté par l'idée d'une pureté inatteignable, et obsédé par des pulsions sadiques qu'il assouvit par de fréquentes et compulsives séances de masturbation.
Si Ross est déçu par ce garçon si peu viril et asocial, qui ne mange ni viande ni poisson, Beatrix entretient avec son fils unique une connivence troublante.
Varian est adolescent lorsque la dégradation des ressources marines de l'île Grise pousse Ross à partir, comme tant d'autres avant lui, pour Luniville, où le gigantesque site d'extraction d'ambroisie de Terrebrute embauche à tour de bras une main d'oeuvre qu'elle exploite et empoisonne à petit feu. Beatrix et son fils restant sans nouvelles, le jeune homme rejoint à son tour la ville, univers étincelant aux formes lisses et tranchantes, où règne un froid intense et permanent, univers essentiellement masculin, dont la dureté et le désespoir, cumulés à la douleur de l'exil, imprègnent de violence les rapports entre les êtres.

"Le Club des Miracles Relatifs" est comme une alternance de tableaux, qui nous plongent en divers lieux et diverses époques, au cœur d'un bouillonnement déroutant, d'un puzzle où chaque élément prend peu à peu sa place. 

Au récit de l'enfance et de la jeunesse de Varian, succèdent...
... tantôt un auto plaidoyer vibrant, saccadé, brutal et maladroit, dans lequel le héros, s'adressant à un jury imaginaire, crie sa détresse, tente de faire comprendre son incapacité à s'adapter à ce monde déshumanisé, où le profit et l'ultra consommation sont devenus les dogmes au service desquels hommes et nature sont exploités à outrance, jusqu'à la destruction...
.... tantôt les scènes d'un présent cauchemardesque : Varian est emprisonné et torturé des jours durant, jusqu'au délitement de sa conscience, par les représentants des autorités de Luniville, qui le soupçonne d'appartenir à une organisation terroriste...
... tantôt des bribes de destins de femmes, que l'on quitte aussi brutalement que l'on a fait leur connaissance, souvent victimes elles aussi de cette folie qui semble s'être emparée des hommes, qui les violent et les brutalisent, les abandonnent...

Le récit est contemporain, mais se nourrit des craintes de Nancy Huston quant au possible futur que laisse entrevoir nos dérives, qui imagine ce que pourrait être notre société après le franchissement du point de basculement vers une annihilation du respect de l'humain comme de l'environnement, vers un mépris de la vie en général, au profit d'une course irréversible et effrénée servant les seuls intérêts d'une poignée de privilégiés.

L'écriture foisonnante, la langue souple et inventive de l'auteur, qui alterne les styles, passant d'une élégance poétique à la frénésie d'un langage fortement évocateur, font de ce roman un moment de lecture intense et troublant.

Et je vous laisse la surprise de découvrir ce que représente ce mystérieux Club des Miracles Relatifs...

>> L'avis de Krol.

Nancy Huston, c'est aussi, sur ce blog :

... et non chroniqués, mais fortement recommandés : Lignes de faille, Cantique des plaines, et Instrument des ténèbres.