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"Presqu’îles" - Yan Lespoux

"Le premier noyé de la saison, c'est un peu comme l'ouverture de la cabane à chichis, la première grosse pousse de cèpes ou la première gelée : ça rythme l'année." Avec "Presqu’îles", ce n’est pas dans le Médoc des millésimes et des prestigieux châteaux que nous emmène Yan Lespoux. C’est dans celui des landes ponctuées d’interminables forêts de pins que quadrillent pistes et pares-feux, des longues plages barrées de cordons de dunes où se forment les mortelles baïnes. Celui des bleds perclus, l’hiver, sur des saisons mornes et humides, avec un vent qui s’insinue partout, et un isolement qui fait vite oublier l’animation estivale et touristique. En une succession d’épisodes souvent très courts, comme formant différentes parties d’un tableau, il caractérise un lieu mais aussi et surtout ses habitants, dont il évoque les comportements et les habitudes, forgées à force rites et de règles tacites mais fortement ancrés dans cette terre bordée à l’ouest par

Pause...

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Petite escapade improvisée en Camargue... @Krol : mon billet pour notre LC paraîtra bien demain. Je validerai vos commentaires et y répondrai à mon retour, ce week-end. Passez une bonne semaine !

"Courir au clair de lune avec un chien volé" - Callan Wink

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"Certains diraient qu'être perdu est héréditaire, tout comme le fait d'avoir les yeux bleus, d'être alcoolique ou d'avoir tendance à voir le verre à moitié vide." Pas facile de rendre compte de la lecture d’un recueil de nouvelles. D’exprimer la cohérence (ou son absence) de l’ensemble, d’en extraire le suc qui lie les textes, qu’il relève du ton, des thématiques abordées, ou du profil des personnages.  Quelques jours à peine après avoir terminé le recueil de Callan Wink, me voilà bien embêtée. A part de dire que les nouvelles ont pour point commun un lieu -le Montana, quel scoop !-, je ne vois pas trop par quel fil l’aborder… Et pourtant j’ai vraiment aimé cette lecture.   Surtout celle de la dernière nouvelle qui m’a tellement touchée qu’elle a peut-être éclipsé un peu les autres, dont elle diffère d’ailleurs par plusieurs points. D’abord par son personnage principal, qui est féminin, quand les textes précédents mettent en scène des hommes. Par sa temporal

"On a de la chance de vivre aujourd’hui" - Kate Atkinson

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"Mea culpa, murmura Dieu avec tristesse". J’ai apprécié de retrouver Kate Atkinson dont, à une assez lointaine époque, j’ai lu d’affilée les six premiers romans… j’y suis parfois revenue par la suite mais de manière sporadique, sans doute à tort. Parce que j’aime beaucoup cet humour grinçant qu’elle glisse, comme par une inadvertance qui le rend d’autant plus retentissant, dans les mailles de ses intrigues à rebondissements. J’aime sa tendresse pour les originaux, les décalés, les bizarres. Et j’aime sa manière, même lorsqu’elle évoque des tragédies, d’enrober tout cela d’une sorte de flegme (britannique ?) par lequel elle se donne le droit de tout pouvoir dédramatiser. Je mentirais toutefois si je disais avoir été aussi emballée par ces nouvelles que par ses romans, car j’ai trouvé le recueil un peu inégal, même si le ton et l’inventivité de certains textes, et la faculté de l’auteure à s’approprier, pour les détourner, des genres divers, m’ont tout de même procuré quelques

"Le Diable et Sherlock Holmes" - David Grann

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"Le Diable et Sherlock Holmes" n’est pas à proprement parler un recueil de nouvelles, mais la compilation de sujets de reportages que le journaliste David Grann a menés au début des années 2000. Sous-titré "… et autres contes de meurtre, de folie et d’obsession ", l’ouvrage évoque des personnages et/ou des événements que leur dimension extraordinaire rend toutefois dignes des meilleures fictions. Trois parties le scindent, chacune dédiée à une thématique particulière et composée de quatre textes. Dans la première, des histoires où la vérité, parce qu’elle est inatteignable ou dissimulée (de manière consciente ou involontaire), s’incline devant le doute. Et cela démarre sur les chapeaux de roues avec un texte (peut-être l’un de mes préférés) consacré au suicide suspect d’un expert (" le plus éminent de la planète ") obnubilé par Sir Arthur Conan Doyle, qui survient alors que la victime est sur le point d’accéder enfin aux précieuses archives de l’écrivain q
  Nous avons reçu cette semaine une très triste nouvelle, qui m’a à la fois profondément chagrinée et perturbée. Notre ami Goran, du blog Des livres et des films , nous a quittés. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je ne connaissais pas son âge, j’ignore s’il était blond ou brun, grand ou petit, noir ou blanc, s’il déjeunait le matin de thé ou de café, s’il avait des enfants, un ou une conjointe. Je ne sais pas où il habitait, s’il aimait les animaux, s’il était végétarien, s’il croyait en Dieu, s’il faisait du sport... Je réalise à l’inverse que lui connaissait l’âge et le sexe de mes enfants, me savait vivant en couple, dans quelle ville, et que j’avais depuis peu déménagé. Il connaissait le nom de mon chat, et ma préférence pour les activités en plein air. Parce que même à distance, et même sans autre lien que ces échanges autour de la littérature que permettaient nos blogs respectifs, c’est quelqu’un que j’ai toujours senti attentif aux autres, à l’écoute sans jamais êt

"Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse" - Agata Tomažič

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"Dans la vie, il ne faut jamais faire ou subir des choses que l’on ne peut confier à sa coiffeuse". Le mois de la nouvelle commence pour moi sous d'excellents auspices, ce recueil slovène m'ayant fait passer un moment délicieux ! On y croise, issus de divers milieux sociaux, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux. Des quidams ordinaires, acteurs d'existences a priori banals auxquelles Agata Tomažič fait prendre d'imprévisibles virages, dont elle tire prétexte pour révéler les perversions et les névroses tapies sous des dehors policés. Elle y explore, de l’adultère au meurtre, les manifestations discrètes ou excessives du mensonge et de la cruauté, s’intéresse à l’emprise et à la manipulation, celles d'une mère toxique condamnant son fils à une éternelle solitude ou d'un amant pathologiquement possessif.  Elle décline la palette des obsessions qu’éveillent les valeurs d’une société tournée vers la possession, l’entretien d’une image incessamm