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"Le fils" - Philipp Meyer

"C'est drôle, parce que tout le monde les traite de sauvages et de diables rouges, mais maintenant que je les ai vus de près, je crois que c'est tout le contraire. Ils se comportent comme des dieux. Enfin, je devrais dire comme des héros ou des demi-dieux, parce que tu as contribué à démontrer, ce que d'ailleurs il faudra bien payer, que ces Indiens sont tout de même mortels."
Et voilà mon premier pavé de l'été 2019, qui me permet d'étrenner ma deuxième participation au défi orchestré par Brize. Et ça commence plutôt bien, puisqu'il s'agit d'un coup de cœur...

J'ai retrouvé avec "Le fils" cette amplitude (dépourvue de toute longueur) que sait si bien rendre une certaine littérature américaine, prompte à nous embarquer dans les remous d'une Histoire fondée sur la conquête et la violence.

Sans doute peut-on parler de "saga" : le récit nous fait côtoyer plusieurs générations d'une même famille, se focalisant sur tro…

"Les dévastés" - J.J. Amaworo Wilson

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"Ici, on est au bord du chaos en permanence".
Quelles inégalités subsistent, lorsque les frontières ont été abolies au profit d'une nation mondiale unique, et que les différences religieuses, linguistiques ou culturelles, ne sont plus vraiment considérées comme telles, car naturellement intégrées dans une société où le cosmopolitisme est la règle ?
La réponse se trouve à Favelada, cité imaginaire, sorte de glauque amalgame -avec ses bidonvilles, son atmosphère ultra polluée et ses amoncellements de déchets- des grandes métropoles du monde, où grouille une population aux origines raciales et ethniques multiples : c'est l'injustice sociale qui perdure, et l'indestructible frontière séparant les riches des pauvres. 
C'est sous le terme de "dévastés" que l'on désigne ces derniers, dans le sombre univers où nous immerge J.J. Amaworo Wilson. Quelques centaines d'entre eux, sous la houlette de Nacho, jeune boiteux érudit, investissent, après en…

"Seules les bêtes" - Colin Niel

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"Les gens veulent toujours un début. Ils s'imaginent que si une histoire commence quelque part, c'est qu'elle a aussi une fin."
Cela faisait un moment que je me promettais de lire Colin Niel, notamment sa sérié policière guyanaise... J'ai été bien déstabilisée pendant une bonne partie de ma lecture de "Seules les bêtes", que je pensais être un de ses opus. Je n'ai pas lu le résumé au dos, et admettez que la couverture évoque davantage une ambiance tropicale que celle d'un village reculé du Massif central. C'est pourtant bien là que je me suis retrouvée, sur un causse parcimonieusement peuplé d'éleveurs taiseux, subissant hivers impitoyables, isolement et endettement...
Ça commence comme un roman policier, avec la disparition de la riche épouse d'un enfant du pays, revenu s'y installer après avoir fait fortune à Paris. Faute de cadavre et d'indices laissant soupçonner le contraire, les enquêteurs concluent à une imprudence…

"Hyrok" - Nicolaï Lo Russo

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"Je me suis toujours demandé s'il y avait un interrupteur au fond des ténèbres. Un petit bouton pour faire la lumière. Au bas des escaliers. Tout en bas. Il faudrait que je le trouve mais j'y vois plus rien. Je suis seul dans le noir".

"Hyrok" nous est présenté, dans un prologue écrit depuis l'année 2044 par le fils de Louison Rascoli, comme la transcription du journal de son père, photographe qui ne parvint qu'après -ou plutôt, sans dévoiler l'issue du récit, devrais-je dire "avec"- sa mort à atteindre la célébrité après laquelle il avait couru toute sa vie. C'est la disparition dans un incendie, dont les circonstances nous sont d'abord tues, de la quasi totalité de l'oeuvre paternelle, qui l'a décidé à le publier, pour témoigner du travail et de la personnalité de cet homme qu'il n'a pas connu, étant né après son décès.
Jeune homme sans histoire, né en Suisse dans une famille stable et aimante, Louison se déco…

LES TOILES DU SEMESTRE (5) - 01/06 2019

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Un bilan très hétérogène, que ce semestre cinématographique...
"A fuir" ...

J'voulais pas y aller... Bon, "Les petites mouchoirs", j'avais à peu près supporté, surtout grâce à la musique, et quelques passages passablement drôles qui m'avaient néanmoins sortie de l'hébétude. Je sais, la vie de couple, ce sont -aussi- des concessions, mais là, je le sentais bien, que j'aurais dû faire ma cabocharde, prétexter une migraine (si, si, pour le cinéma aussi ça marche), ou une critique à finir d'urgence dans le cadre d'une lecture commune. Et ça a été encore pire que ce je craignais. L'ennui au bout de dix minutes, les poils hérissés face aux problèmes de riches de cette bande de bobos jouée par des acteurs qui semblaient se demander ce qu'ils étaient venus foutre (désolée, la colère me rend parfois vulgaire) faire dans ce film sans aucune consistance...

Déçue...
Ça aurait pu être très bon, original et oppressant. Le synopsis avait excité m…

"La croisade des enfants" - Florina Ilis

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"... l'innocence des enfants tient à la faiblesse de leurs membres non à leurs intentions".
Quel projet ambitieux que ce roman de Florina Ilis, dont la densité et l'originalité formelles rivalisent avec celles de son contenu...
L'écriture vous frappe d'emblée, vous accueillant un peu abruptement dans ce récit sans points -remplacés par des virgules-, qui fait se succéder sur un mode presque frénétique une multitude de points de vue dont on n'appréhende pas immédiatement les interactions.
Nous sommes sur le quai de la gare de Clutz, en Roumanie, ou deux trains sont en partance. Désigné comme "le train des enfants", le premier doit acheminer les élèves privilégiés d'un collège privé au bord de la mer, lieu de leur colonie de fin d'année. Le second rejoindra Bucarest.
L'effervescence du départ instille au récit une sorte de bouillonnement qui ne le quittera pas. L'auteure commence à nous familiariser avec ses nombreux personnages. O…

"Les crapauds-brousse" - Tierno Monénembo

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"Ça ne tient à rien, une vie, et c'est pour cela que chacun se bat tant pour sauver la sienne."
(Le Terroriste noir (2012) - Tierno Monénembo)
Diouldé a étudié en Europe, ce qui lui a permis d'accéder à un statut social fort enviable dans son pays d'Afrique où règne la misère. Individu de frêle constitution, discret, il n'est pas de ceux que l'on remarque. Après une brève période de zèle inutile, ses supérieurs ne semblant ni contrôler, ni même s'intéresser au travail qu'il effectue au ministère, il s'est fondu dans la masse de ces élites dont il fait désormais partie, davantage préoccupées de leur vie mondaine que de leurs missions ministérielles... Diouldé passe la majeure partie de son temps à rédiger des rapports qui ne seront jamais lus, se laissant peu à peu gagner par la fainéantise et l'ennui, frustré de devoir se contenter d'une maison confortable dans les bas quartier, quand ses collègues vivent dans de spacieuses villas borda…