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"Le bruit du dégel" - John Burnside

"A quel moment en est-on venu à appeler la police pour peu qu’on voie quelqu’un aller à pied dans notre quartier ?" C’est l’histoire d’une rencontre. Ou plutôt de plusieurs rencontres.Kate, la narratrice, revient sur une période où, encore traumatisée par la mort de son père, elle se laissait dériver pour anesthésier la souffrance, sombrant dans l’alcool et subissant les événements. Elle vivait alors avec Lauritz, colocataire et petit ami dont on ne sait s’il était génial ou juste provocateur, qui avait obtenu une bourse de recherche pour mener un projet cinématographique. Se définissant lui-même comme un anthropologue plutôt que comme un cinéaste, il avait chargé Kate de faire du porte-à-porte pour collecter les anecdotes d’anonymes, qui constitueraient la base de son prochain film. C’est ainsi qu’elle fit la connaissance de Jean Culver, septuagénaire dont l'étonnante robustesse, l'ouverture d'esprit et la sereine assurance l'intriguèrent et l'attirèrent …

"La soif" - Jo Nesbø

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J’avais tort…Je repoussais le moment de lire "La soif", onzième opus des aventures de Harry Hole, pensant que mon intérêt allait finalement s’essouffler, que maintenir une qualité constante sur du si long terme relevait d’un pari sans doute impossible à tenir…J’avais tort.Bon sang, mais comment fait-il ? Ça prend à chaque fois ! Je m’aventure prudemment dans la capitale norvégienne, en me disant que je vais y rester un moment, compte tenu des plus de 700 pages du volume… et je les avale en trois jours !********** Septembre à Oslo.Après les débordements hystériques des agaçantes et longues nuits estivales, la capitale norvégienne retrouve, avec le retour de l’obscurité, sa mélancolie, sa réserve et son efficacité. Harry Hole a pris, après une énième enquête plus qu’éprouvante, une retraite bien méritée. Désormais professeur à l’école de police, il compte couler des jours paisibles auprès de sa chère Rakel, avec laquelle il s’est marié, et de son fils Oleg. La relève est d’ail…

"A l'angle du renard" - Fabienne Juhel

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"La haine d’un môme, c’est quelque chose de terrible. Y a pas pire. Et je sais de quoi je parle". Arsène n’a jamais quitté son coin de Bretagne. Chez Les Rigoleur, faute de rigoler, on est paysan de père en fils, et Arsène, il a sa terre dans la peau, dans la bouche, même. Il déteste le voyage, les mouvements, c’est pour ça qu’il n’a pas de voiture ; ne serait-ce que se rendre au village à vélo est une corvée dont il se passerait bien. Imperturbable face au temps qui se détraque, aux parcelles de terre transformées en lotissements, aux puits qu’on bouche, aux quotas imposés par les bureaucrates, il se tient droit dans ses bottes, suit son chemin sans avoir besoin qu’on lui dise comment penser. Même la sauce catho dont il a été abreuvé à l’école des bonnes sœurs ou lors des sermons du curé à la messe du dimanche n’a pas pris avec lui. A croire qu’il a quelque chose de tordu… Sa routine tient au travail de la ferme, et aux incursions hebdomadaires qu’il fait au village, quand s’…

"Vanda" - Marion Brunet

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"On compte tellement pour rien. C'est même plus du cynisme, c'est au-delà". A vingt ans, elle a quitté la Bretagne et ses ciels changeants, une mère trop "libérée" pour avoir le temps et même l’envie d’être mère, une bourgade où régnaient trop d’esprits étriqués. Installée dans le sud, elle n’a pas fait long feu à la faculté des Beaux-Arts où elle a rapidement compris n’être pas à sa place...  Elle vit dorénavant dans un cabanon face à la mer, dans le foutoir et un confort rudimentaire. Un lieu solaire et salin, royaume du sable et du vent, de la mer et de la simplicité, qu'elle partage avec Noé, son fils de six ans, son petit "Bulot". Elle entretient avec cet enfant qui "a déchiré l’ampleur existentielle de sa solitude" une relation fusionnelle, possessive ; c’est "eux contre le reste du monde" … Car Vanda est une fille sauvage. Une hyper sensible et une rebelle, plus qu’une révoltée, qui a gardé la capacité à laisser sa natu…

"L'échange" - Alan Brennert

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 Et si... ? Richard Cochrane est un acteur en vue de Broadway, qui a acquis une solide célébrité en tant que comédien de théâtre, mais aussi en apparaissant dans des pubs ou des séries TV. Il a ainsi réalisé son rêve le plus cher, mais à quel prix ? Sa vie personnelle est un désert… Divorcé, il a depuis connu des liaisons toxiques ou dont il a fait en sorte qu’elles restent sans lendemain. La mort de sa mère le ramène à Appleton, sa ville natale. Ce décès le plonge dans la culpabilité : il n’a pas été, ces dernières années, un fils très présent... Rick Cochrane vit quant à lui à Appleton, marié avec Debra, son amour de jeunesse dont il a eu deux enfants. Il a dû pour cela mettre son ambition de carrière théâtrale, et occupe un emploi de bureau peu gratifiant. L’aigreur qui en résulte, bien qu’inconsciente, le rend colérique et violent envers sa femme et sa fille adolescente. Sa vie est plus apathique que sereine, plombé d’un calme débilitant, rythmée par des journées sans surprises…Ils …

"L'homme qui aimait les chiens" - Leonardo Padura

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"Le socialisme a creusé sa propre tombe et je pressens qu’il va y pourrir pour longtemps". Grande fresque au sein de laquelle fiction et réel s’entremêlent, "L’homme qui aimait les chiens" introduit, parallèlement au récit de deux véritables destins liés par l’Histoire, ceux de Trotski et de son assassin Ramon Mercader, un troisième héros, fictif celui-là, en la personne d’Iván Cárdenas Maturell. Au début du roman, ce dernier vient de perdre sa compagne Ana. On est en 2004, sur une île de Cuba traumatisée par la faim, les coupures d’électricité, la dévaluation des salaires, la paralysie des transports. Brisé par cette disparition, Iván est aussi un homme désabusé. Écrivain prometteur lorsqu’il était étudiant, la censure d’une de ses œuvres, qualifiée de contre-révolutionnaire, l’a condamné à végéter professionnellement. Il a lui-même capitulé en cessant d’écrire. La mort d’Ana le décide à reprendre la plume, et surtout à entreprendre la relation d’une histoire -"…

"Gros-Câlin" - Romain Gary (Emile Ajar)

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 "Ecoutez, mon père, ne me parlez pas de Dieu. Je veux quelqu’un à moi, pas quelqu’un qui est à tout le monde". Michel Cousin est célibataire. Il vit en compagnie d’un python prénommé Gros-Câlin, qu’il a adopté pour ne pas être seul, pour avoir quelqu’un qui l’attend le soir… Le paradoxe, c’est que ce choix l’empêche de nouer des relations durables avec ses semblables, notamment avec les femmes, auxquelles il est difficile de faire accepter un serpent de 2 mètres 20 qui n’aime rien tant que s’enrouler affectueusement autour de vous. Mais Michel a bon espoir de rompre sa solitude. Il a l’intention de se marier avec Mlle Dreyfus, une collègue de bureau guyanaise qui porte des mini-jupes, à qui il n’est pas indifférent s’il se fie à certains signes qui ne trompent pas : prendre le même ascenseur chaque jour ça crée des liens, même s’ils ne se sont pas adressés plus de dix mots. Et puis il est sûr que Mlle Dreyfus acceptera sans peine son python : en tant que négresse, elle a sur…