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MOIS LATINO 2024 - LE RECAP

"Tous les Mayas sont bons" - Donald Westlake

"Seigneur, songea-t-il, donnez-moi la force de changer ce qui peut l’être, la patience de vivre avec ce qui ne le peut pas, et la sagesse de les différencier. Seigneur, pensa-t-il, je suis dans la merde jusqu’au cul !". Ayant échoué dans ma recherche d’écrivain bélizien traduit en français, j’ai dû me contenter (comme pour le Honduras) d’un titre dont le Bélize est le décor, mais écrit par un auteur américain (ce qui n’était déjà pas si facile à trouver). J’ai ainsi par la même occasion découvert Donald Westlake, célèbre pour ses romans policiers humoristiques (je cite Wikipédia), considéré comme un classique, même, par les aficionados du genre. J’ai cru comprendre que ce titre n’était pas son meilleur, ce qui me donne furieusement envie d’explorer davantage son œuvre, puisque j’ai personnellement passé avec cette lecture un excellent moment. Installé au Bélize avec l’intention de faire fortune dans l’élevage, Kirby Galway, trentenaire décontracté et sûr de lui, y a acheté un

"Les suicidés du bout du monde" - Leila Guerriero

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"Dehors le vent était un sifflement obscur, une bouche brisée qui avalait tous les sons : les baisers, les rires. Une plainte d'acier, une mâchoire." Leila Guerriero arrive à Las Heras au début de l’automne 2002. La ville a été créée au début du XXème siècle avec l’arrivée du chemin de fer en Patagonie. D’abord tournée vers l’élevage de moutons, elle connait un développement effréné avec la découverte d’un des gisements de pétrole les plus importants de la région. L’arrivée de travailleurs en provenance de toutes les provinces du pays accroit significativement sa population, qui atteint entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990 jusqu’à 16000 habitants. S’y installent alors, pour satisfaire les besoins de cet afflux d’hommes seuls venus pour gagner de l’argent et avec l’intention de repartir vite, une multitude de bistrots, de bordels et de cabarets. En 1991, la privatisation de la société pétrolière qui gère le gisement signe la fin de la prospérité. On

Un billet de Carmen : "Eva et les bêtes sauvages" - Antonio Ungar

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J'ai le plaisir de vous présenter une proposition de lecture de Carmen, fidèle participante, depuis ses débuts, du Mois Latino. Antonio Ungar est un écrivain colombien, né à Bogotá en 1974, architecte, Globe trotter. Il a obtenu le prix Herralde en 2010 pour "Cercueils blancs". Le roman est basé selon l'auteur sur des faits réels, survenus dans la jungle amazonienne, du côté de Puerto Inírida. Il aborde les thèmes de la violence à tous les niveaux, paramilitaire, guérilla entre narcos au milieu d’habitants indiens qui subissent. Eva, une infirmière, citadine de Bogotá, décide de tourner le dos à la ville et à ses addictions, avec sa fille Abril, pour trouver une vie meilleure dans la forêt et aider les autres, du côté de Puerto Inirida, une terre plutôt inhospitalière où règnent les narcos qui se disputent le contrôle des mines de métaux précieux. Le roman débute par une Eva à la dérive, sur un canoë, perdant son sang. Comment en est-elle arrivée là ?... On remonte l’

"Austral" - Carlos Fonseca

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"Le problème avec les routes (…), c’est qu’elles créent l’illusion qu’il existe des fins." C’est un roman à tiroirs où il est question de mémoire et d’héritages culturels -individuels comme collectifs-, traversé par la désespérance et la folie que suscite la violence du monde. Originaire du Costa Rica, Julio Gamboa vit depuis des années aux Etats-Unis, où il est professeur de littérature. La lettre qu’il reçoit d’Olivia Walesi, une inconnue, lui offre l’occasion de retourner sur son continent natal. Cette lettre l’informe de la mort récente de l’écrivaine Alicia Abravanel. Etablie dans une communauté d’artistes située en plein désert au nord de l’Argentine, la défunte, rendue quasiment muette par la longue maladie qui lui a été fatale, n’a en revanche jamais cessé d’écrire. L’une de ses ultimes volontés était de confier à Julio le soin d’éditer son dernier manuscrit. Julio a vu pour la dernière fois celle qui se prénommait alors Aliza trente ans auparavant. Agée de dix-sept a

"La verticale du fleuve" - Clara Arnaud

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"Le problème avec ce barrage, c'est qu'il nous impose une certaine idée de ce qu'est une rivière, des services qu'on peut en tirer ; qu'il nie sa nature même, sa liberté, celles des espèces qui y vivent... Pour nous, cette rivière ce n'est pas juste un objet d'étude ou d'application de techniques, c'est une force qui nous dépasse, qu'il faut respecter. C'est un être vivant." Suyapa, militante écologiste, est retrouvée morte dans son lit, abattue de plusieurs coups de feu. Elle doit probablement cette fin tragique à sa lutte contre un projet de barrage impliquant la destruction des terres de la communauté lenchua , dont elle était une représentante. Elle laisse derrière elle trois filles adultes, qui ont emprunté des chemins très différents. L’aînée Luisa vit aux Etats-Unis où elle est avocate d’un cabinet prestigieux. Marla, la plus jeune, subit en silence un mariage peu satisfaisant. Après des études de biologie effectuées dans une

"Les tentacules" - Rita Indiana

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"Dans les Caraïbes, nous vivons dans les zones obscures du cerveau planétaire, comme sous l’emprise du LSD." Quel singulier roman. Il nous embarque d’abord dans une ambiance futuriste. Nous sommes en 2027. Depuis le passage, trois ans auparavant, d’un tsunami dévastateur, la République Dominicaine est divisée en deux. Une moitié de l’île est déclarée en quarantaine, pendant que dans l’autre, des dispositifs de sécurité automatisés tuent et désintègrent tout intrus identifié comme étant porteur d’un virus sur lequel nous n’apprendrons rien de plus. Les smartphones sont devenus obsolètes : une puce implantée dans le poignet permet, d’une simple pression, de naviguer sur internet. Acilde Figueroa vit dans la bonne partie de l’île. Elle s’y prostituait dans un parc public auprès de sexagénaires excités par son physique de jeune garçon jusqu’à ce qu’Esther Escudero, une célèbre prêtresse vaudou proche du président, la prenne sous son aile. Acilde a été convaincue par un de ses ami

"La maîtresse de Carlos Gardel" - Mayra Santos-Febres

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"Il y a des gens qui peuvent nettoyer l'âme de toute une foule. Ça aussi, c'est guérir (…). Et tout ce qu'il y a à faire, c’est ouvrir la bouche et chanter." " Mon nom est Micaela Thorné et je suis une femme qui se souvient ". Ainsi débute le très beau roman de Mayra Santos-Febres, qui constitue mon premier coup de cœur de cette édition 2024 du Mois Latino. Sur le point de mourir, la narratrice revient sur ses jeunes années, plus précisément sur la liaison brève mais intense qu’elle vécut avec le célèbre Carlos Gardel, dont elle fut durant vingt-sept jours la maîtresse. Le chanteur de tango, au faîte de sa célébrité, a alors quarante-cinq ans. Atteint d’une syphilis qui a comme entre autres effets secondaires de le rendre aphone, il fait appel, pour soulager une crise survenant dans le cadre d’une tournée à Porto-Rico, à Mano Santa, la guérisseuse la plus réputée de l’île, que sa petite-fille Micaela accompagne. C’est ainsi que cela commence. Elle, a à p