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Bonne(s) nouvelle(s)...

 En mai, fait ce qu'il te plait, qu'y disaient... Si tout va bien, et que le vilain COVID ne nous sort pas un énième variant de derrière les fagots, mai sera le moment de renouer avec le café pris en terrasse, les journées de rando que tu achèves en dégustant un bon plat de pâtes sous la tonnelle pour refaire le plein de glucides... Mais tout cela, après tout, n'est qu'accessoire au regard de ce qu'il ne faut absolument pas manquer en ce joli mois printanier : MAI EN NOUVELLES , activité orchestrée par notre irremplaçable duo de consœurs Marie-Claude et Electra . Voici le programme en ce qui me concerne : n'hésitez pas à me faire signe si une lecture commune vous tente . Une est déjà prévue pour le 15 mai, avec Miss Sunalee autour du recueil de Callan Wink : " Courir au clair de lune avec un chien volé " (ça fait envie, non ?!).

"Troisièmes noces" - Tom Lanoye

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"Je ne connais pas de symbole plus consternant de notre époque. Des centaines de milliers de gens qui restent à la maison, les rideaux baissés, accrochés à leur boîte à images, crevant de trouille du monde extérieur. L'homme capsulaire dans ce qu'il a de plus solitaire." Inutile de résumer le déroulement du roman de Tom Lanoye, tout l’intérêt de "Troisièmes noces" -sa chair, en somme- résidant dans les digressions, la voix, le ton de son narrateur. Il faut dire que Marteen Seebregs est un sacré bavard. Ce quinquagénaire homosexuel et acteur has-been (sa carrière n’a d’ailleurs jamais vraiment décollé), en deuil de son compagnon Gaëtan mort à l’hôpital après une longue agonie, est lui-même atteint d’une grave maladie nécessitant un traitement coûteux (qu’il additionne de son propre cocktail d’antidouleurs). Habitué de surcroit à un certain train de vie, il accepte malgré ses réticences, contre rémunération, d’épouser la petite amie africaine d’une de ses conn

"Disparitions" - Natsuo Kirino

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"Depuis quatre ans, sans relâche, elle était à la recherche d’une chose qu’elle avait oubliée". Bien qu’estampillé "thriller", "Disparitions" est davantage un roman psychologique qu’à suspense. Et j’ai aimé le fait d’être surprise par les chemins inattendus que Nastuo Kirino fait prendre à son intrigue, dont l’ossature est finalement minimale : lors d’un séjour des Morikawi dans la résidence secondaire que Yôhei Ishiyama, leur hôte, a acquise entre autres pour y abriter ses amours clandestines avec Kasumi Morikawi, leur fille aînée Yuka, cinq ans, disparaît inexplicablement. Il a suffi de cinq minutes d’inattention pour que l’enfant, littéralement, se volatilise. Aucun véhicule n’aurait pu passer inaperçu des rares habitants de ce lotissement isolé en pleine montagne ; or, personne n’a rien vu, rien entendu. Et malgré les recherches, la fillette reste introuvable (et ne vous fiez pas à la quatrième de couverture qui indique, à tort, que son cadavre est rep

"Rodéo" - Aïko Solovkine

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"Gauche. Droite. Accélération. Concentration. Épuiser la proie. La laisser filer et l’encercler plus tard, plus loin. Ensuite s’amuser, et que chacun y trouve son plaisir avant d’à nouveau disparaître dans la nuit." Un texte pareil, ça vous harponne. Ça vous prend par la main -certes un peu brutalement- puis ça vous entraîne inéluctablement, des longues lignes droites évoquant la fatalité d’un déterminisme mortifère aux cahots des chemins de traverse qui donnent la fugace illusion d’y échapper puis aux sorties de route concluant certains dérapages incontrôlés. Dans une langue d’une précision et d’une férocité percutantes, "Rodéo" brosse le portrait d’une jeunesse désœuvrée, membres d’un lumpenproletariat évoluant dans un néant semi-agricole et périurbain, attendant qu’on lui trouve une valeur marchande.  Ils n’ont aucune conscience politique ou sociale, des capacités intellectuelles limitées ou inexploitées, mais éprouvent une rage sur laquelle ils ne savent pas met

"Un été sans dormir" - Bram Dehouck

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"Les pales découpaient l'air chaud en tranches. Elles n'avaient jamais tourné aussi vite. Comme devenues folles." Depuis qu’on y a installé des éoliennes, rien ne va plus à Windhoek. Obsédé par le bruit lancinant et permanent de leurs pales, Herman Bracke, le boucher de la bourgade, en perd le sommeil. D’insomnie en insomnie, il en perd aussi la tête, oubliant ses commandes, quand il ne s’endort pas carrément dans le célébrissime Pâté Bracke dont il est en pleine confection. Une aubaine pour Magda, une aigrie persuadée d’avoir raté sa vie aux côtés de Walter, le facteur du village, doux rêveur sans ambition qui ne jure que par sa fidèle bicyclette. Ayant renoncé au bonheur, elle se consacre dorénavant à guetter le malheur des autres. Et elle flaire chez les Bracke l’imminence d’un drame qui la met en joie ! La soudaine étourderie d’Herman, ses regards hébétés, ses incompréhensibles marmonnements… c’est sûr, il s’est mis à boire ! Cela fera les pieds à cette pimbêche d

"Les enfants du silence" - Gong Ji-young

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"Et nous devrions élever nos filles dans ce pays de merde ? Dans ce pays pareil à un animal en rut, hein ?" J’avais noté cette idée de lecture chez Cristie à l’occasion de son challenge coréen, et avait gardé en tête l’idée qu’il s’agissait d'une non-fiction. Ce n’est pas le cas, mais sans doute cette confusion est-elle venue du fait que l’auteure s’est inspirée, pour écrire "Les enfants du silence", d’un authentique fait divers. Sa brève postface laisse par ailleurs entendre qu’elle a collé au plus près des témoignages qu’elle a recueillis pour les besoins de son livre. Nous y suivons Kang Inho, quadragénaire qui suite à la faillite de son affaire, se voit contraint de renouer avec son métier d’enseignant pour pouvoir faire vivre sa famille. Il quitte ainsi Séoul pour Mujin, ville côtière qui semble en permanence envahie par la brume, où sa femme lui a trouvé par le biais d’une de ses connaissances un poste dans une école spécialisée pour enfants sourds. Inho

"L'oiseau" - Oh Jung-hi

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"Vivre, c’est comme jouer à la dinette. Quand on s’est bien amusé après avoir étalé plein de trucs par terre, c’est bientôt le coucher du soleil". Depuis que leur mère est partie, il y a longtemps déjà, Umi, onze ans, et son plus jeune frère Uil sont trimballés d’un foyer à l’autre. D’abord accueillis par leur grand-mère maternelle, ils ont ensuite été successivement hébergés chez deux de leurs oncles à la mort de celle-ci. Mais un jour leur père, qu’ils ne voyaient qu’à l’occasion de rares retours des chantiers lointains où il travaillait plusieurs mois durant, vient les chercher, ayant gagné suffisamment d’argent lors de sa dernière mission pour s’installer avec eux. Il amène par ailleurs dans leur nouveau foyer une femme, censée faire office de  maman.  Les deux enfants ont jusqu’alors grandi sans affection, entourés d’adultes qui n’ont cessé de les considérer comme des indésirables, leur reprochant incessamment leur simple présence. Umi et Uil ont par la force des choses