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"Les défenses" - Gabí Martinez

"La folie me concède la froide sincérité du visionnaire monstrueux qui se contente de transmettre crûment. La coquille de la sagesse défaite, aucune diplomatie n'incite à feindre. L'avenir devrait se concevoir à partir de cette absence de bruit et de désir d'étalage."
Curieux roman que celui de Gabí Martinez, dont on ne sait pendant longtemps où il nous mène… Sa genèse même est singulière, faisant suite à la rencontre de l’auteur, lors d’une manifestation culturelle, avec Camilo Escobedo. Ce dernier, neurologue à Barcelone, lui apprend que pendant une époque de sa vie, il est devenu fou à lier. Ainsi est né "Les défenses", roman de l’impuissance face à laquelle place la folie.
En 2006, Camilo tombe malade pour des raisons inconnues. Suite à une crise de démence au cours de laquelle il agresse des proches, il est hospitalisé puis interné dans un établissement psychiatrique n’accueillant que du personnel médical (cachez ces soignants fous que nous ne sau…

"À l'est d'Éden" - John Steinbeck

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"Si la grâce ne peut plus embraser l’homme, nous sommes perdus".

Je m’étais promis depuis longtemps de relire "À l'est d'Éden", un de ces titres dont j’avais quasiment tout oublié, ne gardant que la certitude que sa découverte bouleversa ma vie de lectrice. Voilà qui est fait, avec le double plaisir de retrouvailles à la hauteur de mes espoirs, et de les avoir effectuées en compagnie de Marie-Claude. Étonnant, ce que les lectures laissent en nous… Je n’avais gardé de ce texte pourtant dense, riche en personnages et en événements qu’une seule image, celle d’une femme terrifiante aux mains percluses d’arthrite…
Avant d’en arriver là, j’ai refait connaissance avec l’exubérant et généreux Samuel Hamilton, venu de la verte Irlande pour s’échiner à cultiver une terre sans eau en Californie du Nord. Samuel l’amoureux des livres, à la fois fermier et érudit, robuste et délicat, créateur d’inventions dont il ne sut jamais tirer profit, au grand dam de son épouse Liza…

"Francis Rissin" - Martin Mongin

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"Les dieux sont morts, la physique est la science des nombres. Mais entre les deux il y a la volonté, la volonté des hommes. Et c’est quelque chose, vous savez, la volonté d’un homme."

Voilà un récit comme je les aime, inventif, original, qui surprend et distrait à la fois, dont chaque partie constitue une remise en question de ce qui la précède.

Qui est donc Francis Rissin ? C’est la question autour de laquelle tourne ce texte protéiforme, à laquelle il n’apportera jamais de réponse, à moins que vous ne décidiez qu’au contraire, il en apporte une multitude… Est-il un ou plusieurs ? Est-il un homme ou un concept ? Un escroc ou un héros ? Est-il l’ombre du dictateur dont nous menace notre futur proche ? A moins que Francis Rissin ne soit… le messie ?

Pour tenter de cerner cet insaisissable personnage, onze chapitres, successions de contradictions ou de variations, apportent leur pierre à l’édifice à la fois multiforme et impalpable que construit patiemment Martin Mongin.

Le p…

"Forêt-Furieuse" - Sylvain Pattieu

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"L’histoire n’est pas une longue ligne droite, une marche en avant, ce sont des allers-retours, il y a du sens dans l’histoire mais pas un sens de l’histoire. Il ne faut pas croire les progressistes fanatisés, les dogmatiques de l’avenir radieux ou de l’Apocalypse, les naïfs du futur : au contraire il y a des soubresauts, de grandes reculades, des tête-à-queue."
Ce sont des enfants orphelins ou abandonnés, victimes du chaos d’un monde où se sont succédé conflits et catastrophes. Des enfants cabossés, psychologiquement ou au sens propre, certains étant réduits à se déplacer en fauteuil ou à utiliser des prothèses pour pallier l'absence de leurs membres (quand ils ont la chance d'avoir des prothèses), d’autres exhibant une face irradiée sous un crâne nu... Des enfants aux drôles de prénoms (La-Petite-Elle-Veut-Tout-Faire-Toute-Seule, Méduse, Espoir, Destiny-Bienaimée, Mohamed-Ali...), regroupés à La Colonie, où des adultes affublés eux aussi d'étranges patronymes (…

LES TOILES DU SEMESTRE (7) - 01/06 2020

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Un bilan cinéma un peu particulier, plombé par cette satanée claustration imposée qui m'aura définitivement confirmé que... :
... je suis une fille du "dehors", allergiques aux atmosphères confinées et aux journées passées dans le canapé (sauf une fois de temps en temps, avec un bon bouquin en main)... ... l'association des verbes "aller" et "travailler" m'est infiniment précieuse... ... la zumba n'est pas une activité qui se pratique aisément en solitaire, contrairement au yoga... ... travailler son crawl dans une baignoire d'un mètre trente équivaut à s'essayer au parapente en sautant d'une chaise...

... JE SUIS UNE ACCRO DU CINEMA... vous ne pouvez pas savoir à quel point m'ont manqué l'odeur de vieux fauteuil des cinémas de quartier, ce petit pincement qui chaque fois me gagne quand la lumière s'éteint, cette étrange intimité que crée l'obscurité, l'attente mêlée d'espoir et d'anxiété avant que le fil…

"La ville (Les Ferrailleurs, Tome III)" - Edward Carey

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"Nous sommes l'odeur fétide emportée par le vent, nous sommes l'étrange lézarde entre les murs, nous sommes la tasse tombée par terre qui se brise de son propre chef, nous sommes toutes les clés perdues, nous sommes les lattes de plancher qui craquent sans que personne les foule, nous sommes les ombres dans vos rêves, nous sommes les mauvaises pensées dont on ne peut se débarrasser, nous voici, à nous seuls, la grande famille Ferrayor des plus obscures ordures."

Tome I - "Le château" = cliquer ICI
Tome II - "Le faubourg" = cliquer ICI
Le Faubourg, et avec lui ses habitants, ont été anéantis, détruits par les flammes, sur la décision de Londres, qui a voulu "stériliser" ce foyer d’insalubrité et d’insécurité menacé par l’invasion du dépotoir que ne contenaient plus ses murs. C’est la fin du règne des Ferrayor, dont le privilège de recueillir les déchets de Forlichingham a été révoqué à perpétuité. Acculée, sans refuge après la destruction de…

"Le faubourg (Les Ferrailleurs, Tome II)" - Edward Carey

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"Mais si personne ne se lève jamais, alors lentement, les uns après les autres, nous serons réprimés, malheureux, réduits au silence et brisés à jamais !"
A la fin du premier opus de la trilogie des Ferrailleurs, nous avons laissé la dynastie des ordures fortement ébranlée par la révolte des objets, le Château commençant à se fissurer sous les assauts d’une tempête de détritus. Lucy Penant, pourchassée car introduite par erreur dans l’univers très fermé des Ferrayor, a finalement été capturée puis transformée en bouton d’argile. Son ami Clod, que ses dons pour contrôler les objets destinaient à un avenir glorieux parmi les siens, mais qui a eu la mauvaise idée de s’acoquiner avec la rouquine rebelle, a été changé en demi-souverain. 
Tous deux ont été confiés aux soins de leurs anciens objets ayant réintégré leur forme humaine. James Henry Hayward, l'ex-bonde de Clod, jeune garçon candide, est placé sous la garde de celle qui fût la boîte d’allumettes de Lucy, devenue la g…