Articles

"La classe et la fonction" - Mariana Alves

Image
"Ils ont beau avoir toujours un balai à la main, les Portugais ont eux aussi de la poussière sous le tapis." On y entre par une petite porte discrète, invisible parmi les entrées stylisées Art déco de ce quartier d’Auteuil que les touristes viennent prendre en photo. C’est une loge de concierge, qui malgré son exiguïté parvient, car faite de coins, à être labyrinthique. Une minuscule pièce principale, un cagibi sous les escaliers de l’immeuble, des toilettes à la turque derrière ceux de service, et une chambre de bonne au sixième étage… C’est là que la Grande petite passe son enfance et son adolescence. Ses parents, comme de nombreux immigrés portugais arrivés à Paris dans les années 1980, sont gardiens d’immeuble. En de très brefs chapitres, d’une factualité presque aride, elle observe ce contexte par le biais de l’assignation qu’il induit. Les épisodes se déroulent majoritairement à la loge ou à l’école, et les faits alors décrits ont pour unique vocation de révéler l...

"Drama doll" - Rose Vidal

Image
Rendez-vous manqué. En dépit de son sous-titre –"roman sans histoire", on ne peut pas vraiment dire que "Drama doll" soit un roman. Personnellement, je n’y ai pas compris grand-chose, et je garde de cette lecture un vague sentiment d’imposture… J’en avais entendu parler comme d’un texte abordant, à partir de divers témoignages, le thème de la douleur et des addictions aux traitements qui la soulagent. Et c’est bien ainsi que ça commence, avec l’évocation de l’histoire d’Emmanuelle, et sa douleur d’avoir perdu, lors de son accouchement, l’un des jumeaux qu'elle portait. Enfin, plus -ou autant- que cette histoire, ce qu’évoque l’auteure, c’est la manière dont elle lui a été confiée, et dont elle l’a reçue… D’autres témoignages s’invitent parfois dans le récit, mais ils restent à l’état de bribes, en acquièrent presque un caractère anecdotique. L’ensemble est constitué de digressions et d’interrogations, en une succession dont je ne suis jamais parvenue à att...

"La tristesse du samouraï" - Víctor del Árbol

Image
"Les dieux et les héros, ça n’existe pas. Il n’y a que des miasmes." Barcelone, mai 1981. Une femme agonise sur un lit d’hôpital. Comme elle a refusé toute visite, seul un inspecteur de police passe la voir : suspecte dans une affaire mêlant plusieurs assassinats et l’évasion d’un prisonnier, elle a promis qu’elle allait "tout lui raconter". A partir de cette scène qui ouvre le roman, Víctor del Árbol remonte le temps, reconstituant le fil des événements qui y aboutissent. C’est d’une tumeur au cerveau qu’est en train de mourir María Bengoechea, 35 ans. Contrairement à ce que l’on nous fait croire de prime abord, son implication dans cette histoire ne remonte pas au moment (trois ans auparavant) où cette avocate en droit pénal a fait condamner César Alcalá, un policier véreux qui a torturé jusqu’à le plonger dans le coma un indic qui menaçait de le dénoncer. Ce moment de gloire a fait décoller une carrière jusqu’alors faite d’une routine insatisfaisante et peu r...

"Bien-être" - Nathan Hill

Image
"Il y avait deux ou trois choses qu’ils devaient savoir avant de se rendre à une partouze." Dans l’un des épisodes de "Bien-être", un des personnages, à l’aube du développement d’internet, explique à un autre le principe révolutionnaire du lien hypertexte, à partir duquel un récit se construit par interconnexions, au fil d’une navigation libre, libérée de toute linéarité. C’est sur ce même principe que Nathan Hill semble avoir construit son récit, comme s’il suivait le fil d’associations d’idées dont on ne voit pas toujours de prime abord ce qui les lie. Pour autant, le lecteur n’est jamais perdu, l’intrigue orbitant autour de deux personnages principaux que cette construction en "toile" dote d’épaisseur et de complexité. Cela commence, pour le coup de manière "logique", par leur rencontre. On est en 1993. Alors tous deux étudiants, lui en photographie, elle en psychologie, ils vivent dans le quartier de Wicker Park à Chicago, un lieu sale, p...

Sous les pavés, les pages IV. Mises en bouche

Bonjour à toutes et à tous ! Voici le deuxième série de pastiches concoctés pour vous faire patienter en attendant le grand retour de Sous les pavés, les pages . Pour rappel, il s'agit de retrouver les auteurs qui auraient pu écrire ces trois visions de la ville,  et ainsi de gagner des points bonus pour notre activité urbaine de septembre.  Vous pouvez déjà nous envoyer, à Athalie et/ou moi, vos propositions par mail (pour ceux qui ont nos adresses) ou via le formulaire de contact de nos blogs respectifs. On vous laisse cette fois jusqu'au week-end du 19 juillet pour nous transmettre vos réponses. 1/ "Les beaux quartiers eux-mêmes, aussitôt après le crépuscule, ils quittaient leur veston compassé, ils passaient des nippes de canailles... et froutt !... les voilà... ils devenaient tout de suite tout poissards, absolument méconnaissables... je me laissais caramboler dans leurs avenues soudainement enfaunées, bruissantes d'accents qui trainaillent... Merde ! Je m'y ...

"Les abandonnés de l’Ile Saint-Paul" - Valentine Imhof

Image
"Dites, vous allez pas nous oublier, hein ?" Ce court récit a paru dans la collection L’affaire qui… que proposent les Editions de l’Aube, dont je reprends ici la présentation : " Parce que les faits divers et leur traitement médiatique sont des indicateurs précis d’une époque, l’Aube noire s’associe à RetroNews, le site de presse de la BnF, pour revenir sur des affaires survenues de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XXe. Dans cette série, des autrices et des auteurs de polar ou de roman noir scrutent, chacun dans son style propre, la société française à travers le prisme de la violence. " Le fait divers dont s’empare Valentine Imhof se passe au début des années 1930. A la fin de sa campagne de pêche à la langouste, l’ Austral quitte l’Ile Saint-Paul, confetti volcanique situé dans le sud de l’Océan Indien, à plus de 3000 kms de tout continent, pour regagner la France. Le navire laisse derrière lui sept volontaires qui ont accepté de rester sur l’île ...

"La saga des émigrants – Tome IV : Les pionniers du Minnesota" - Vilhelm Moberg

Image
"Mais en Amérique, il fallait toujours être plus intelligent qu’en Suède, même quand on n’était qu’un simple valet." La fin du tome III laissait nos Suédois, après un long et pénible périple, enfin installés dans le Minnesota. Cela fera bientôt quatre ans qu’ils ont débarqué à New York. Karl Oskar a construit une petite maison pour remplacer la cabane en rondins dans laquelle, avec sa femme Kristina et leurs enfants, ils ont passé un premier hiver difficile. Leur famille s’est agrandie avec la naissance de Dan, premier américain de la famille. Les dernières récoltes ont été bonnes, et Karl Oskar projette de construire une nouvelle maison digne de ce nom, plus grande, et qui ne laisse pas passer l’eau lors des épisodes de pluies qui sont ici, comme toutes les manifestations climatiques -qu’il s’agisse du froid, de la chaleur ou des orages-, toujours intenses. L’ancienne prostituée Ulrika est devenue Mrs Henry O. Jackson en épousant le pasteur de la communauté baptiste d...