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"Working" - Studs Terkel

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"Le travail n’est pas assez grand pour l’individu." Initialement publié en 1974 et sous-titré "Les gens parlent de ce qu’ils font toute la journée et de ce qu’ils ressentent à propos de ce qu’ils font", "Working" est la transcription d’interviews radiophoniques menées auprès de 136 travailleurs et travailleuses par le journaliste américain Studs Terkel . Avec la traduction française, l’ouvrage a été amputé de 50 d’entre eux, mais il reste très dense. L’auteur y interroge ceux dont les voix sont sous-représentées dans les médias. Les entretiens sont conduits avec très peu de questions, la parole s’y déroule davantage sur le mode d’une conversation, voire d’un monologue. Chaque témoignage est introduit par une brève présentation de la personne interviewée, évoquant son lieu d’habitation, son âge et sa situation familiale, parfois quelques détails physiques la caractérisant. L’ensemble est classé par secteurs d’activité, et le panel est très vaste. Une ...

"Et ils revêtirent leurs fourrures d’aiguilles" - Zuzana Říhová

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"C’est ici que s’arrête le sauvetage de la famille par la convivialité de la campagne tchèque et quelques œufs de ferme au jaune orange vif." Le village de Podlesí, "célèbre pour son ennui", ne compte ni chapelle ni église. On y trouve en revanche un café où se tiendra bientôt le bal de l’été, et une épicerie tenue par Bouboule, une obèse couverte d’eczéma qui se goinfre de yaourts périmés. Bohumil et Bohumila ont quitté Prague pour s’y installer avec leur fils de douze ans atteint de retard mental, "un brave petit gars pénible à vivre" avide de réponses à ses incessantes et insolubles questions. Ils ont l’espoir d’y sauver leur couple, qui bat de l’aile depuis la faute, passée sous silence, qu’a commise Bohumila. Les habitants du cru n’ont guère de considération pour ces citadins en tenues proprettes, sans doute végétariens, qui manquent tourner de l’œil au simple spectacle d’un vêlage, et dont le gazon entourant les chalets coquets est si bien tond...

"Comment j’ai rencontré les poissons" - Ota Pavel

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"(…) papa était en fait un voleur de cœurs." En une succession d’épisodes qui composent une chronique familiale, Oto, le narrateur (dont on finit par apprendre qu’il s’agit de l’auteur) conte son enfance dans la Bohème tchécoslovaque des années 1930 et 1940. Cette chronique est illuminée par le personnage central du père, Leo Popper, qui était exceptionnellement doué, nous apprend-il, pour deux activités : le commerce et la pêche, avec une préférence pour la première, aux dépens, parfois, de la seconde, puisqu’il était capable d’interrompre une tournée commerciale pour aller taquiner perches et brochets. Mais ce que démontre le récit, c’est que Leo Popper était surtout doué pour la vie, dont il s’attachait à faire un carnaval sans fin. Mari volage, père joyeux à l’emballement communicatif, il a marqué le quotidien du foyer par sa propension à s’embarquer dans des affaires vouées à l’échec avec la conviction sans cesse renouvelée qu’ils allaient faire fortune, jusqu’à ce q...

"Viande" - Martin Harníček

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"L’immense foule qui se pressait ici ne semblait se caractériser que par l’uniformité nauséabonde de sa pauvreté, laquelle n’était brisée que par la couleur rouge vif des uniformes des bouchers et des policiers." "Viande" a paru aux Editions Les Monts Métallifères, plus précisément dans leur collection Pb82, référence au symbole chimique du plomb, "métal dense, sombre, toxique". Voilà qui annonce la couleur… Nous pénétrons dans une réalité cauchemardesque aux côtés d’un narrateur dont nous ne connaîtrons pas le prénom, sans doute parce qu’il n’en a pas ou qu’il l’a oublié, qui revient sur des événements que l’on suppose récents. Cela débute avec sa présence dans les Halles, " au milieu d’un déluge de viande ", et son angoisse face à la possibilité d’être abattu sur place, si la police découvre qu’il n’a pas de ticket. Ces tickets, parcimonieusement distribués aux citoyens par l’administration, permettent d’obtenir la seule nourriture dispon...

"R.U.R. Le soulèvement des robots" - Kateřina Čupova, d’après la pièce de théâtre "R.U.R" de Karel Čapek

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"En faisant les comptes, je me suis aperçu que ce ne sont pas les grands rêves qui font l’histoire… ce sont les petits besoins réunis de tous ces individus honnêtes, égoïstes, un peu voleurs aussi." C’est Sacha qui nous invite cette année à une lecture commune en hommage à Goran . Elle a choisi, parmi les auteurs figurant dans le TOP 100 de notre regretté camarade, qui appréciait particulièrement la littérature d’Europe de l’Est, de mettre Karel Čapek à l’honneur, ce qui permet en même temps d’inaugurer sa Rentrée à l’Est , dont l’édition 2026 est dédiée à la République Tchèque et à la Slovaquie. Peu tentée par les titres de l’auteur disponibles à la médiathèque, j’ai décidé de faire un pas de côté, ou d’une pierre deux coups, en optant pour une adaptation graphique de sa pièce de théâtre R.U.R par Kateřina Čupova, elle aussi de nationalité tchèque. C’est en 1920 que Karel Čapek écrit ce texte devenu célèbre parce qu’il y donne naissance au terme robot, emprunté au mot tchèq...

"Bleus, blancs, rouges" – Benjamin Dierstein

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"L'ennui avec les hommes politiques, c'est qu'on croit faire leur caricature alors qu'on fait leur portrait." (Jean Sennep) Le récit s’ouvre sur un épisode de Mai 68. L’affrontement entre les forces de l’ordre et les manifestants est alors à son paroxysme. Y sont présentés certains des personnages que l’on retrouve par la suite. La suite nous emmène dix ans plus tard. Valéry Giscard d’Estaing amorce la dernière partie de son septennat dans un contexte de Guerre Froide marqué par la haine et la crainte du communisme, l’intrigue utilisant ce ressort pour se focaliser sur l’opposition entre deux univers porteurs d’idéologies et d’intérêts contradictoires. Le récit est construit sur l’alternance des points de vue de protagonistes représentant cet antagonisme. Nous suivons d’un côté des membres de groupuscules d’extrême-gauche, qui s’inscrivent dans diverses mouvances, certaines en lien avec des mouvements indépendantistes alors très actifs (basques, corses, ...

"Ton absence n’est que ténèbres" - Jón Kalman Stefánsson

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"Je dirais, si j’osais, que le lombric reflète la pensée divine." J’ai tenté de fuir la canicule girondine en m’exilant, pour mes vacances, dans le Jura, réputé humide et plutôt frais à partir de la mi-août. Las ! Le mercure s’est envolé jusqu’à 39°c au cours de la première semaine, et j’y ai trouvé des prairies jaunies et des cascades vidées par la sécheresse (mais c’est tout de même une belle région, où je compte bien retourner). J’ai donc tenté de me procurer quelque sensation de fraicheur en partant en Islande, plus précisément du côté de ses fjords du nord-ouest, où se situe le roman de Jón Kalman Stefánsson, dont j’ai tant aimé Asta . Le rafraichissement a été relatif, sans doute parce que la majorité de l’intrigue se déroule en été.   Si l’auteur insiste sur un point, c’est sur l’isolement de la petite communauté qui peuple la région. Un homme a perdu la mémoire. C’est le narrateur, et il ignore comment il est arrivé dans ce fjord où tout le monde semble le conna...