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"Le sang des promesses" - Volets I et II – Wajdi Mouawad

"Le sang des promesses" est une tétralogie théâtrale dont "Littoral" et "Incendies" sont les deux premiers volets. Chacun des quatre textes, non liés par une suite narrative, peut se lire indépendamment du quatuor, mais j’ai bien l’intention de lire les deux suivants, l’intérêt étant de comprendre le projet, dans son ensemble, de Wajdi Mouawad, qui avec ces pièces évoque les thèmes de l’héritage, du deuil, de l'exil et de la guerre. Dans "Littoral", Wilfrid apprend la mort de son père alors qu’il est, selon ses propres mots, " en pleine partie de baise ". Un père qu’il n’a pas connu, puisque, orphelin d’une mère morte à sa naissance, il a été élevé par la famille de cette dernière, qui refuse, dans l’expression d’une rancœur haineuse, que le défunt soit enterré dans le caveau familial aux côtés de son épouse. Le fils décide alors de lui offrir une sépulture dans son pays natal. C’est le début d’une quête macabre… Le pays d’origine d

Mois latino-américain : J - 15 !

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Bonjour à toutes, bonjour à tous,  Nous souhaitons rappeler à celles et ceux qui auraient oublié, ou bien qui n'auraient pas entendu parler de l'annonce de la décennie, le lancement d'un nouveau mois littéraire thématique :  En Amérique latine avec Ingannmic et Goran  !   Celui-ci débute dans quelques jours, le 1er février. Nous comptons sur vous ! Et votre enthousiasme ! Goran et moi sommes impatients de découvrir les articles que vous nous avez concoctés...  En attendant, voici de nouveau les pays que nous avons retenus pour le mois de février, et que nous avons enrichis en noms d'auteurs grâce aux suggestions de plusieurs d'entre vous.  Vous trouverez aussi de nombreuses et très intéressantes propositions de lectures chez Marilyne, EN CLIQUANT ICI . Elle n'est bien entendu pas exhaustive, tout auteur originaire de l'un des pays ci-dessous est le bienvenu ! Argentine Raul Argemi Gabriel Bañez Adolfo Bioy Casares Jorge Luis Borges Julio Cortázar Fernanda G

"Marguerite n’aime pas ses fesses" - Erwan Larher

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"Tout le monde est capitaliste, non ? C'est comme le McDo : même ceux qui critiquent y mangent." Deux titres à la suite dont l’humour m’a conquise, voilà qui se fête ! Après "Le discours" de Fabrice Caro, place à un humour plus détaché, plus débridé aussi… Et pourtant, maintenant que j’y pense, Marguerite a plusieurs points communs avec Adrien… elle n’est pas de ces femmes rayonnantes, conquérantes, épanouies, dont on vante les réussites et le charme dans les magazines. Elle n’a ni l’assurance et la joie de vivre de ses amies, ni l’exubérance mythomane de sa mère. A vrai dire, il n’y a pas que ses fesses qu’elle n’aime pas, Marguerite. D’une manière générale, elle se trouve sans valeur et sans éclat. Elle n’a aucune densité, aucun mystère… Elle n’a même pas de libido (le sexe la dégoûte), et même ses transgressions sont modestes… Et ce n’est pas le regard des autres qui va l’aider à se revaloriser… Ses copines considèrent avec condescendance sa naïveté, sa pudeu

"Le discours" - Fabrice Caro

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"On n'est jamais aussi seul que lorsqu'on se retrouve seul, le vide attire le vide. Un seul être vous manque et tous les autres prennent la fuite." Si un tag de fin d’année prévoit une catégorie "le livre que vous avez lu après la bataille", je pourrais sans doute y insérer ce titre… Ce qui s’explique par un scepticisme né de plusieurs déceptions occasionnées par la lecture de titres pourtant majoritairement reconnus pour leur humour (je pense notamment à Echenoz, dont la verve me laisse de marbre…). Pas de déception cette fois-ci, c’est avec beaucoup de plaisir -et le sourire au lèvre- que j’ai découvert la plume alerte de Fabrice Caro. L’intrigue et le décor sont minimalistes : tout le roman se déroule à table et au cours d’un unique repas, chez les parents d’Adrien, le narrateur, où sont également conviés sa sœur et son fiancé. Ce dernier vient justement de lui demander de faire un discours à l’occasion du mariage qui l’officialisera bientôt en tant que b

"Un crime" – Georges Bernanos

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"Les hommes se détruisent par des moyens qui leur ressemblent, médiocres comme eux. Ils s’usent sournoisement. Et les crimes d’usure, monsieur, ça ne regarde pas les juges !" "Un crime" résulte d’une commande qu’exécuta Georges Bernanos pour des raisons alimentaires… Est-ce pour cela qu’il choisit un genre qui lui était inhabituel, celui du roman policier ? Notons qu’il prit soin tout de même d’y introduire, comme une marque de fabrique (ou comme un clin d’œil, bien que l’homme ne fût pas réputé très folichon ?), un curé…  Un curé qui arrive en pleine nuit à Mégère, bourgade alpine à demi-morte, isolée au cœur d’une contrée sombre et dure, pour y remplacer son prédécesseur récemment décédé. Un curé pas comme les autres, ainsi que le pressent aussitôt la bonne, Céleste, d’emblée séduite par la bonté et la tendresse qui émane du jeune prêtre, qui tranchent avec les manières rudes et grossières des gens du village et de celui à qui il succède. Dans la nuit, réveillé pa

"Les accidents" - John Wray

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"Après tout l’imagination est une forme de voyage, quoique balbutiante et incomplète. Et toute histoire est un acte de dérobade." Quoi de mieux que d’entamer l’année avec la découverte d’une pépite méconnue, mêlant originalité et maîtrise, faisant confiance à l’intelligence du lecteur ? "Les accidents" déroule sur plus d’un siècle l’histoire des Toula, lignée touchée d’une sorte de malédiction depuis la mort accidentelle, en 1903, de l’aïeul Ottokar. Saumurier à Znojmo, bourgade de Moravie célèbre pour ses cornichons, Ottokar revenait de chez sa maîtresse, bouchère dont il n’aimait pas que les fenchelwurst , lorsqu’il fut fauché par une des rares autos circulant alors dans l’Empire des Habsbourg. Un comble pour celui dont la plus grande passion était sa défiance envers l’ultra-modernité, dont la voiture sans cheval représentait le symbole… Dans sa poche, une partie des notes prises sur la dernière découverte en date de cet homme obsédé par la maîtrise du temps, note

BILAN 2020

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C’est notamment en vivant des expériences comme celle de cette mortifère année 2020, que je me félicite et me réjouis d’être accro à la lecture. Quelle plus belle diversion, quelle plus belle évasion, que celles que procure la littérature, d’autant plus quand vous êtes privé de la possibilité d’escapades physiques ? Je n’ai pas pour autant lu plus que d’habitude, tout comme je n’ai pas profité du confinement pour repeindre mon appartement, me mettre au Tai-chi ou au scrapbooking, puisque j’ai continué à travailler sans interruption ni baisse d’activité -voire plus… ah, l’effet pervers du télétravail…- et que, ne prenant plus quotidiennement les transports en commun, j’ai été privée des moments qui représentent en temps normal plus de la moitié de mes plages de lecture… J’ai donc lu, à 2 ou 3 près, le même nombre de livres qu’en 2019 (un peu plus de cent) toujours répartis en une petite trentaine de nationalités différentes, toujours majoritairement représentées par la littérature franç