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"Un pied au paradis" - Ron Rash

" (...) parce qu'il passe des courants profonds dans une femme, trop profonds pour qu'un homme en touche le dessous".
J'ai enfin lu mon premier Ron Rash, un de ces auteurs apparemment incontournables qu'il me restait encore à découvrir...
Roman choral, "Un pied au paradis" nous emmène dans le comté rural d'Oconee, ancienne terre cherokee proche de la vallée de Jocassee, qui sera bientôt sous l'eau suite à la construction, commanditée par la Carolina Power, d'un barrage électrique.
Nous sommes dans les années cinquante, au cœur d'une saison de sécheresse qui a brûlé les cultures,  et persuade les âmes que la pluie ne reviendra jamais... c'est un monde âpre, où survivent des êtres rudes et taiseux, endurcis par une existence laborieuse, soumise aux caprices de la nature et à la volonté des plus puissants, qui ne font plus qu'un avec la terre qu'ils ne vivent que pour transmettre. Parmi eux, Amy et Billy Holcombe, qui à forc…

"Débâcle" - Lize Spit

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A la recherche de l'innocence perdue.
"Débâcle" est de ces récits qui vous empoisonnent lentement, insinuant presque à votre insu ses émanations toxiques en vous, de ceux que vous refermez avec la sensation d'être recouvert d'une pellicule poisseuse et vaguement nauséeuse...
Invitée par Pim, l'un de ses anciens camarades, à la fête posthume qu'il organise en hommage à son frère Jan, décédé treize ans auparavant, Eva se rend dans son village natal de Bovenmeer. Cela fait neuf ans qu'elle n'a pas remis les pieds dans la bourgade flamande, et le trajet vers les lieux de son enfance fait affluer les souvenirs, notamment ceux, bouleversants, de l'été 2002... Laurens complétait alors le duo formé par Pim et Eva pour constituer la bande des trois mousquetaires, ainsi qu'ils s'étaient eux-mêmes surnommés, depuis que, seuls enfants de la commune nés en 1988, ils avaient évolué ensemble dans une classe annexe dont ils étaient les uniques élèves. …

"Les rois d'Islande" - Einar Már Guðmundsson

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"D'ailleurs, je n'écris pas vraiment l'histoire de la famille. Et peu importe qui en sont les personnages principaux et secondaires".
C'est en évoquant le souvenir d'Arnfinnur Knudsen, qui fut l'un de ses professeurs, que le narrateur entame cette histoire, celle d'une dynastie de "roitelets" comme il en existe tant en Islande, où tout citoyen est convaincu d'être de haut lignage...
Et si Arnfinnur possède bien les caractéristiques d'un héros de roman, avec son allure à la fois élégante et originale -ses beaux costumes un peu tape-à-l’œil, et sa manie de toujours se promener avec un cigare dans une main et une crème glacée dans l'autre- son optimisme débordant, son intelligence d'autodidacte, son talent pour inventer et raconter des histoires, ce n'est pourtant pas en sa compagnie que nous suivrons la majeure partie du récit, "Les rois d'Islande" se construisant au fil de digressions qui nous font emprun…

"Smile" - Roddy Doyle

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"Je me sens si loin".
"Et la fin est sidérante." La livrophage "Et quelle fin ! Je n’en dirai pas plus, évidemment, si ce n’est que je ne m’y attendais pas et que je l’ai vécue comme un uppercut bien visé. Et que j’ai encore du mal à me relever." Nyctalopes "Il serait impardonnable d’en dire plus, mais allez-y, lisez tranquillement, profitez de cette description de l’Irlande, puis prenez-vous la claque finale." Actu du noir
... Voilà ce qui m'a décidée à me précipiter vers la librairie la plus proche, et à contrevenir à mon habituelle patience vis-à-vis d'une rentrée littéraire que j'observe de loin, attendant sagement les sorties poche des titres alors notés.
Bon, autant régler tout de suite mes comptes avec cette fin qu'il me tardait tant d'atteindre, à propos de laquelle j'ai échafaudé tellement d'hypothèses incroyables -voire carrément tordues- que, bien que ne l'ayant pas précisément devinée, je n'ai pas été…

"Les buveurs de lumière" - Jenni Fagan

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"C'est à ça que ressemble cet hiver. Comme si tout ce qui avait jadis été en ordre s'était disloqué, si vite que personne n'arrivait à garder le rythme".
Hiver 2020. L'imminence d'une nouvelle ère glaciaire menace la Terre. A Clachan Fells, bourgade du nord de l'Ecosse, cela se traduit par l'approche, le lent des côtes, d'un iceberg géant, une chute inexorable des températures, et une prédominance croissante de la nuit sur le jour.
Constance et sa fille Stella vivent dans le parc de caravanes installé à la périphérie de Clachan Fells, où ont échoué, contraints ou par choix, ceux qu'en raison de leur différence, la communauté des hommes considère avec mépris ou méfiance. On y croise entre autres des satanistes, une star du porno, un ex-châtelain ayant dilapidé sa fortune en fêtes et en femmes, une somnambule cireuse de lune...
C'est son indépendance et son ouverture d'esprit qui font de Constance une femme hors norme et peu fréquent…

"Me voici" - Jonathan Safran Foer

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"Il était un père pour ses garçons, un fils pour son père, un mari pour sa femme, un ami pour ses amis, mais qu'était-il pour lui-même?"
C'est à vrai dire une histoire banale : celle du délitement, avec l'usure de la routine, de ce qui faisait le ciment du couple et de la vie de famille...
... quand on réalise qu'on a délaissé, l'une après l'autre, ces petites attentions et ces habitudes en soi sans importance (la chanson entonnée par tous à un moment précis qu'on est les seuls à savoir identifier, l'école buissonnière autorisée à l'occasion du premier match de la saison de baseball...), mais qui rassurent sur la persistance de l'amour dont on est l'objet,
... quand les envies, les émotions que l'on tait, par pudeur -une pudeur nouvelle, injustifiée mais incontrôlable-, ou parce qu'on se fait une fausse idée de la maturité, deviennent plus nombreuses que celles que l'on partage,
... quand le fait d'être avec l'a…

"A la guerre comme à la guerre !" - Aleksandar Gatalica

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Mosaïque.

Aleksandar Gatalica utilise dans son roman un procédé déstabilisant voire un peu agaçant dans un premier temps, consistant en la succession d'anecdotes mettant en scène des personnages différents, souvent sans lien les uns avec les autres, et dont nous ne connaîtrons certains que brièvement, l'auteur les "tuant" au bout de quelques pages. Le lecteur, un peu perdu car privé de la possibilité de se rattacher à quelque repère, se sent pris dans une sarabande frénétique, craignant de se lasser rapidement de ce coq-à-l'âne... On comprend rapidement que ce "balayage" répond à une volonté d'offrir à la fois une vue d'ensemble et une approche exhaustive, à partir de ceux qui l'ont vécue, du premier conflit mondial, dont le déroulement sert de fil rouge.
On voyage en effet de la France à la Turquie en passant par la Serbie, la Russie, ou l'Autriche, on parcourt le front et ses tranchées, les étendues sous-marines, les villes sous occupat…