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"L'enlèvement des Sabines" - Emilie de Turckheim

"Moi, mon mari ne m'a jamais fait couler un bain. Ceci dit, nous n'avions pas de baignoire".
L'une des Sabines est le principal personnage de ce roman, héroïne de chair et d'os, qui a décidé de démissionner du poste qu'elle occupait depuis plusieurs années pour écrire de la poésie. L'autre Sabine est une poupée grandeur nature -si l'on considère qu'un mètre cinquante-huit pour quarante kilos avec un tour de poitrine olympien sont des mensurations crédibles...- que ses collègues ont offert à la première en lieu et place du traditionnel ficus faisant office de cadeau de départ.
A partir de ce synopsis aux airs de farce burlesque, Emilie de Turckheim nous livre un récit à la fois drôle et féroce, que sa diversité stylistique rend par ailleurs très vivant.
"L'enlèvement des Sabines" est en effet constitué de l'alternance des messages que laisse la mère de l'héroïne sur son répondeur, logorrhées d'une condescendance apitoy…

"Dans les angles morts" - Elizabeth Brundage

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Un joli coin de campagne...
De retour chez lui après sa journée de travail à l'université où il est professeur, George Clare trouve le cadavre de sa femme Catherine dans le lit conjugal, assassinée à coups de hache. Principal suspect aux yeux des autorités locales, le veuf semble surtout préoccupé par les responsabilité qui lui incombe dorénavant vis-à-vis de Frances, sa fille de trois ans.
On se croit donc embarqué dans une intrigue policière... et on se retrouve au cœur de l’entrecroisement de destins douloureux, dont Elizabeth Brundage nous livre une chronique amère, illuminée pourtant de quelques belles figures...
Car l'Amérique rurale de la fin des années 70 que dépeint l'auteur -puisque c'est là qu'elle nous emmène- n'a rien de bucolique. Fermiers ruinés et alcooliques, animaux affamés, épouses amères, enfants au nez morveux, vieux brisés, telle est, ici, la vie de la ferme. Les fils Hale pourraient en témoigner. Acculés par les dettes, leurs parents ont p…

"Le sympathisant" - Viet Thanh Nguyen

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"Si nous étions condamnés pour nos pensées, nous serions tous en enfer."
C'est au moment où je m'attelle à la rédaction de ce billet que je réalise ne pas connaître le nom du narrateur du roman de Viet Thanh Nguyen. Il en ressort une drôle de sensation, car si cet anonymat colle bien avec son statut d'espion, il détonne en revanche avec cette impression d'avoir pénétré, au cours de la lecture, son intimité profonde.
C'est sous l'identité du Capitaine que nous est désigné ce héros, espion mais pas James Bond, le terme de "taupe" me semble mieux convenir à sa mission comme à sa personnalité. Bras droit d'un Général du Sud-Vietnam dans les années 1970, ce Capitaine est en réalité au service des communistes. C'est un homme cultivé, qui parle un anglais parfait, sans accent (il a étudié plusieurs années aux Etats-Unis), reconnu pour sa discrétion et son efficacité.
"Le sympathisant" débute en 1975, à Saigon et en plein chaos : dé…

"Le livre que je ne voulais pas écrire" - Erwan Larher

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La chronique que je n'arrivais pas à écrire (parce que ça ne se voit pas mais au départ, je ne savais pas quoi dire... !)

Erwan Larher est écrivain. Erwan Larher était au Bataclan le soir du 13 novembre 2015. Il y a été blessé, d'une balle dans la fesse.
Pour ses proches, l'association de ces deux éléments conduit à une évidence : il doit écrire sur cette tragédie. Erwan, lui, en doute... il ne comprend pas ce que son témoignage peut apporter, à lui comme aux autres... Il n'a pas de conviction à défendre, n'a pas fait preuve d'héroïsme lors du drame, qu'il n'a fait que subir... Pourquoi écrire ? Dans un but thérapeutique ? Mais si la parole peut en effet être salutaire, pourquoi devrait-elle être publique ? Et il ne veut surtout pas en rajouter à l'indécence qu'a constitué la couverture médiatique de l'événement. Il espère que ses livres sont lus pour des "bonnes raisons", des raisons littéraires, pas par voyeurisme, ou par soif de …

"Mystères de Lisbonne" - Camilo Castelo Branco

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"Qui décide de l'avenir de l'homme, hors du commun des masses qui avancent comme des machines ? C'est la première femme que l'on aime".
On pénètre les "Mystères de Lisbonne" en compagnie de João, orphelin de quatorze ans instruit du secret de sa naissance lors de retrouvailles avec sa mère, Ângela de Lima. Mariée au Comte de Santa Barbara, qui ne lui a jamais pardonné un passé marqué par la brûlante passion à l'origine de la naissance de João, Ângela subit l'enfermement et les tortures conséquentes à cette rancœur. Mais assez vite le récit bifurque, se concentrant sur le prêtre qui recueillit et éleva l'orphelin, puis le mit en relation avec sa mère, avant, enfin, de venir au secours de cette dernière : le père Dinis.
Au gré des circonvolutions d'un récit dense et labyrinthique, dont il est le fil rouge, il apparaît tel un ange gardien aux côtés des plus faibles, revêtu d'identités multiples, avec une opportunité presque surnatur…

"Gabacho" - Aura Xilonen

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Érudition et truculence...
Enfant des rues, Liborio a fui à seize ans son Mexique natal et une pseudo tante maltraitante pour les Etats-Unis. C'est là que nous faisons sa connaissance, plus précisément dans les rayons de la librairie où il est employé, au noir, par un patron à l'humour méchamment humiliant qui ne déstabilise guère Liborio : il en a vu d'autres et il n'a pas non plus la langue dans sa poche... Ses journées s'écoulent entre le rangement des ouvrages en rayons, et l'observation des allées et venues de la "gisquette" de l'immeuble d'en face, qu'il n'est pas le seul à trouver très jolie. C'est d'ailleurs en volant au secours de son honneur que le narrateur connait un tournant dans sa vie. Voulant punir les "crevards" qui lui ont manqué de respect en lui mettant une main aux fesses, il subit un tabassage monumental avec un stoïcisme qui le rend célèbre, la vidéo de la bastonnade ayant été postée sur You Tube…

LES TOILES DU SEMESTRE (4) - 07/12 2018

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Comme pour le premier semestre (dont vous trouverez le récapitulatif ICI et LA), la deuxième partie de l'année s'achève sur un bilan très hétérogène côté cinéma.

Commençons par les déceptions (parce qu'il paraît qu'il faut toujours finir sur une note positive), avec  le pourtant original Au poste, qui avait tout pour me plaire : son ambiance et ses décors anachroniquement rétros, son synopsis inventif, son second degré... je crois malheureusement n'avoir ri -et encore du bout des lèvres- qu'une fois, tant j'ai trouvé que les dialogues tombaient à plat, manquaient de finesse et de vivacité. Je me suis rapidement engluée dans un ennui qui s'est ensuite métamorphosé en un agacement exhaussé par l'hilarité braillarde des mangeurs de pop-corn assis deux rangs devant moi... 

Je pourrais sans doute ranger dans cette même catégorie des films censés faire rire et épater par leur inventivité le poussif En liberté, dont la jolie distribution et les rebondissem…