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"Le livre des souterrains" - Phoebe Hadjimarkos-Clarke
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"L’abjection gueusarde était sans doute mon plus bel atour." C’est un livre fait d’enchâssements. Il débute par l’avant-propos d’une certaine Gabrielle Camara, historienne de l’art, qui présente le texte à venir, transcription du journal que l’artiste Marie Marzouk a rédigé au cours des dernières semaines précédant sa mystérieuse disparition, survenue le 30 juillet 2030, à l’occasion d’une performance réalisée pendant le festival de Glücksheim. Le journal, retrouvé dans la chambre d’hôtel où logeait Marie, donne à voir selon Gabrielle les préliminaires (inconscients) à la création artistique, ce qui se joue dans le corps et l’intimité de l’artiste pour donner naissance, presque à son insu, à l’œuvre. Il débute au moment où Marie accepte l’invitation au festival, sans trop savoir pourquoi. Elle manque d’inspiration, a délaissé depuis longtemps les performances, et est entièrement focalisée sur son nouveau passe-temps : voler sous terre. Il s’agit, plus prosaïquement, de ...
"Taxi de nuit" - Jack Clark
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"Tout le monde veut un chauffeur qui parle anglais, jusqu’à ce qu’il ouvre sa gueule." Eddie Miles est chauffeur de taxi. Il sillonne, de nuit, la ville de Chicago. Une ville où il a toujours vécu, et qu’il connaît comme sa poche. Ses clients sont des hommes d’affaires ou des fêtards, des drogués où des personnes âgées qui peinent à se déplacer, des couples en goguette ou en pleine dispute… Eddie a de l’expérience, sait flairer les mauvais plans et les agresseurs potentiels, ne s’encombre pas de politesse quand le pourboire est ridicule, peut même se montrer méchamment sarcastique. C’est un homme désabusé, qui refoule le désespoir que provoque le vide de sa vie personnelle en pratiquant une ironie permanente. Il vit depuis sept ans dans un minuscule appartement qui n’était au départ qu’un logement temporaire, n’a plus aucun contact avec une fille maintenant adolescente qui a probablement oublié son existence, et satisfait plus ou moins son besoin de tendresse par d’occa...
"Entre deux mondes" - Olivier Norek
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"Nous devenons tous des monstres quand l'Histoire nous le propose." Je poursuis tranquillement ma découverte de l’œuvre d’Olivier Norek, dont de vilains a priori m’ont longtemps tenue éloignée… Nous abandonnons avec ce titre son héros récurrent Victor Coste, rencontré dans Code 93, pour faire la connaissance d’un autre flic prénommé Bastien. Ce dernier vient d’arriver, en tant que responsable de section, à la BSU - Brigade de la Sûreté Urbaine en charge de la petite et de la moyenne délinquance- de Calais, où il a demandé sa mutation. Un choix incompréhensible pour nombre de ses collègues qui considèrent la ville comme un repoussoir. Mais c’est aussi celle dont sa femme Manon est originaire, et cette dernière a souhaité, suite au décès de son père, se rapprocher de sa mère devenue veuve. Si le seul nom de Calais fait frémir (entre autres) les représentants des forces de l’ordre, c’est parce que s'y trouve ce que l'on désigne comme "la Jungle", ce g...
"Bartleby & moi" - Guy Talese
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"New York est la ville des choses qu’on ne remarque jamais." Il paraît qu’à 93 ans, Guy Talese est toujours vif et drôle. Et si "Bartleby & moi" est parfois qualifié de récit testamentaire, ces "mémoires d'un vieux scribe" véhiculent en effet une grande vitalité, ainsi qu’une certaine malice. L’auteur a débuté sa carrière journalistique dans les années 1950, avec un credo auquel il est par la suite toujours resté fidèle : célébrer les personnages de l’ombre, faire s’exprimer ceux à qui on ne demande jamais leur avis. Curieux des discrets, de ceux qui œuvrent dans les coulisses, apte à transmettre son intérêt pour ce qui est généralement considéré comme banal, voire négligeable, il a ainsi apporté un point de vue différent, inédit, sur les sujets qu’il a traités. Guy Talese est de ceux qui, assistant à un défilé de la Saint-Patrick où 13000 marcheurs paradent de longues heures durant, ne s’intéresse qu’à celui qui, une fois la grande majorité ...
"Une saison à Téhéran" - Lucie Azéma
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"Pour preuve, rien ne semble enrayer le cœur battant de l’Iran, et il y a dans ce pays une lumière venue des abysses qui m’a bouleversée." C’est l’histoire d’un coup de foudre entre l’auteure et l’Iran, où elle a vécu, étudié, aimé, où elle a appris d’autres manières de travailler, de danser, de manger, d’interagir avec l’autre. Si elle éprouve le besoin de prendre la plume pour exprimer cet amour, c’est pour briser les clichés qui enferment ce pays dans l’idée qu’il n’est que ruines et dangers, et que n’y coexisteraient que deux types d’habitants : les terroristes et les révolutionnaires. Jugements hâtifs renforcés par l’actualité venue percuter le moment de l’écriture "d’Une saison à Téhéran", celle d’une guerre qui a encore accru l’isolement de l’Iran, à la merci des loyautés diplomatiques ou politiques. Lucie Azéma veut donc lui rendre une complexité qu’on lui dénie, en racontant autre chose que la vérité partielle véhiculée par les médias, en témoignant de ...
"Temps noirs" - Thomas Mullen
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"Si on ne peut pas débarrasser le monde des serpents venimeux (…), on peut faire en sorte de rendre leur milieu naturel inhospitalier." Thomas Mullen nous fait retrouver avec "Temps noirs" la plupart des personnages rencontrés dans le premier opus de sa trilogie d’Atlanta, " Darktown ". La première brigade d’officiers de police noirs créée par la ville en 1948 est de nouveau au cœur du récit, représentée par deux de ses membres, qui forment un duo improbable mais complémentaire. Lucius Boggs, fils d’un pasteur à la morale rigide, est un homme sérieux et impassible, toujours tiré à quatre épingles, quand son partenaire Tommy Smith est comme un poisson dans l’eau dans les salles de bar, les tripots et les taudis. Nous sommes en 1950, et sur les huit agents qui composaient la brigade, trois ont déjà rendu leur insigne, sans doute incapables de concilier le fait d’être à la fois des symboles de l’autorité et des citoyens de seconde zone. Car d’avoir été en...