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"Journal intime" - Chuck Palahniuk

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"Chaque fois qu'une personne pleine de bonnes intentions t'oblige à faire la démonstration de ton absence absolue de talent et te confronte au fait que tu es l'échec incarné du seul et unique rêve que tu aies jamais eu, prends un autre verre".  "Journal intime" est, incontestablement, un roman de Chuck Palahniuk. On y retrouve son obsession pour les jeux d'emprise et de manipulation, sa fascination pour la violence, sa propension à l'outrance, son humour cinglant voire sardonique.  Et cela commence bien comme un roman de Chuck Palahniuk, c'est-à-dire qu'on se sent au départ un peu démuni face à l’apparent illogisme d’informations qui semblent nous être jetées à la figure avec une totale indifférence quant à notre incapacité à les comprendre : des messages laissés sur un répondeur témoignant de la colère de propriétaires de maisons dont une des pièces (cuisine, dressing ou salle de bain) a disparu, une narratrice qui en alternant les prono

"Dreamericana" - Fabrice Colin

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"La fiction comme contamination du réel : c'est un processus beaucoup plus insidieux qu'on ne pourrait le croire". Il faut reconnaître à Fabrice Colin une certaine audace, et une capacité à concrétiser ses délires réjouissante pour le lecteur en quête d’originalité et de surprise. Dans "Dreamericana", ce délire consiste à déstabiliser nos repères en embrouillant la frontière entre réel et fiction, transformant l’un en l’autre et vice-versa. Hades Shuffling est une célébrité du monde littéraire - son dernier roman s’est vendu à 760000 exemplaires-, réputé pour ses romans politiques, ses "pamphlets cauchemardesques". Il est l’auteur d'un cycle devenu quasi mythique : "Antiterra", uchronie se déroulant à la fin du XIXème siècle dans un monde alternatif assez semblable au nôtre, mais qui s’en éloigne de façon régulière à partir d’un instant donné, celui où les Voyageurs et les Gardiens l’envahissent subrepticement, les premiers dans le bu

"Le petit joueur d’échecs" - Yôko Ogawa

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"Les échecs sont un miroir qui donne une idée de ce qu'est l'homme".  C'est un petit garçon pas tout à fait comme les autres. Il est né avec les lèvres soudées et semble en avoir gardé une préférence pour le mutisme. Pour réparer cette anomalie, on a greffé de la peau de mollet sur ses lèvres qui s’orneront ainsi, à partir de l’adolescence, de longs poils incongrus. C'est aussi un enfant solitaire, dont les amis sont imaginaires, et inspirés du souvenir d'êtres qu'il n'a pas connus. Il y a Indira, l'éléphante exposée jusqu’à sa mort sur la terrasse du centre commercial que fréquente régulièrement le garçon, et où il peut contempler à loisir le panneau commémorant sa présence. Et il y a Miira, fillette dont la légende prétend qu’elle est malencontreusement restée coincée entre deux murs, à qui il parle longuement la nuit. Il est significatif qu’hormis ces deux êtres fictifs -et le chat évoqué plus bas-, aucun des protagonistes du roman, à l’imag

"L'odeur d'un arbre sans fleurs" - Richard Flanagan

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"Sonja fuyait, non pour échapper à ce qu'elle était, mais pour y revenir". C'est l'histoire d'un retour, en quête de réponses à des questions qui n'ont jamais été posées, d'une réparation dont la conscience n'a pas encore formulé le besoin.  (...) Tasmanie, années 50. Pour assouvir la fièvre des barrages dont est alors atteint l’Australie, les autorités y font venir pour leur construction des immigrés européens -majoritairement slaves- qui ont laissé derrière eux des pays dévastés par la guerre, rêvant de stabilité, de prospérité, de temps plus faciles et plus paisibles, espoir qui s'amenuisera peu à peu. Dans une tentative illusoire pour adoucir le souvenir de leurs morts, des humiliations, des violences, ils s’efforcent de s'intégrer dans cette contrée inhospitalière où toute chose semble provisoire hormis la forêt tropicale et les montagnes sauvages qui les entourent de tous côtés. Une contrée qui va les façonner, mais aussi les user.  

"L'enfant des colonels" - Fernando Marías

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"Pourvu que tu ne rencontres jamais personne comme lui. Mais moi, j’étais ambassadeur et je devais faire avec. Et j’ai fait avec…" Fernando Marías pratiquait dans son roman " Je vais mourir cette nuit " l'art d'une concision tranchante et efficace. Avec "L'enfant des colonels", il déploie une intrigue dense et protéiforme, dont il maîtrise parfaitement toutes les facettes. Ainsi, malgré ses multiples ramifications, le lecteur ne s'y perd jamais.  Au cœur de cette intrigue, un manuscrit, rédigé par Victor Lars à l'attention d’une de ses vieilles connaissances, le professeur Laventier. Les deux hommes se rencontrèrent dans les années 30 à Paris où ils menaient des études en psychiatrie. Avec la guerre, leurs chemins se sont séparés et leur amitié défaite. Laventier, héros malgré lui pour avoir (sans le savoir) secouru Jean Moulin, est devenu une figure de la résistance. Victor, lui, a servi aux côtés des pires représentants de l'occup

Pause forcée...

 La loi des séries ?? Je poursuis, bien malgré moi, dans la veine "pas de veine"... Un accident de vélo (un freinage brutal pour éviter un piéton stationné sur la piste cyclable) survenu hier en sortant du cinéma (où j'ai vu, au passage, l'excellent "La loi de Téhéran") a occasionné une méchante luxation du coude droit (est-ce utile de préciser que je suis droitière ?...). Résultat : 6 semaines d'arrêt de travail, et autant d'immobilisation du membre diminué. Bilan : si je vais avoir du temps pour lire (ce dont j'ai encore un peu de mal à me réjouir, mais ça viendra peut-être...), la rédaction des critiques conséquentes va être bien laborieuse... Je vais essayer a minima de rédiger quelque chose de court pour les LC de septembre, mais vous tiendrai au courant (notamment Flo et Athalie) si c'est trop compliqué. Belle rentrée à tous !