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"Oppressions - I. Past to Present" - Patrice Quélard

Il n'y a pas de mauvais peuple. Il n'y a que de mauvais individus".
Le hasard a bien fait les choses, en plaçant ce recueil sur ma route au moment où se déroule "le Mois de la Nouvelle" chez Electra et Marie-Claude. J'ai pioché cette idée de lecture chez Franck's books, grand fan de l'auteur breton, dont "Oppressions" est le dernier titre en date, qu'il a auto-édité.
Comme son titre l'indique, le recueil compile des textes autour du thème de l'oppression, et les diverses formes sous lesquelles elle a pu s'exprimer à travers les âges, ainsi que le précise son sous-titre. Au fil d'une logique chronologique qui nous fait parcourir le temps, ses récits nous emmènent de la fin du XVIIIe siècle à un futur proche, avec pour toiles de fonds certains des grands remous de notre Histoire, tels que la Révolution ou les deux guerres mondiales. 
Ses héros et héroïnes sont des femmes victimes de la domination patriarcale et de la viole…

"Trop de bonheur" - Alice Munro

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Un certain manque de sel...

Il a fallu que je me replonge dans les notes prises au cours de ma lecture pour me remémorer ce recueil dont seuls deux ou trois textes ont laissé quelques traces... je l'ai pourtant terminé il y a moins d'une semaine. Mais j'avoue avoir eu du mal à me sentir impliquée dans ses histoires, que j'ai trouvé... comment dire... "désincarnées" est sans doute le terme qui convient. L'écriture d'Alice Munro est certes d'une fluidité qui la rend agréable, simple sans être simpliste, mais manque pour moi d'intensité...
La thématique de ses nouvelles, mettant majoritairement en scène des héroïnes, avait pourtant tout pour me plaire. L'auteure vient assombrir la routine de vies ordinaires d'une anicroche ou d'une déchirure, plaçant ses personnages dans des situations qui les laissent à nu, contraints de composer avec les ressources qu'ils tirent alors -ou pas- d'eux-mêmes.
Confrontés à la vieillesse ou à la …

"Jamais avant le coucher du soleil" - Johanna Sinisalo

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"Je l'ai emprisonné là, j'ai tenté de capturer un fragment de forêt, et c'est la forêt qui m'a capturé".
Le début de ce roman m'a un peu prise à froid, non parce qu'il se déroule en Finlande, mais parce l'intrusion d'un troll dès son entame dans ce récit par ailleurs très réaliste, m'a fait craindre une incapacité à adhérer à l'intrigue... J'ai assez vite été rassurée, car l'auteure s'arrange pour rendre plausible l'existence de cette étrange créature en la légitimant par une approche scientifique tout à fait crédible, et l'utilise surtout comme prétexte pour aborder des thématiques passionnantes.
C'est Mickaël, dit Ange, photographe en vogue, qui en rentrant de soirée trouve l'animal, très jeune et visiblement abandonné, en bas de son immeuble. Il le recueille, tenu au secret par l'interdiction faite aux particuliers d'héberger des bêtes sauvages. Mais malgré ses tentatives pour le nourrir, son prot…

"Scènes de vie villageoise" - Amos Oz

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Chronique fantastique (ou fantastique chronique...).

Le reproche qui est souvent fait aux recueils de nouvelles est leur manque de cohésion, d'homogénéité. Reproche que l'on ne saurait faire à ce titre d'Amos Oz, dont les textes sont liés par un point commun qui les cimente en une habile et solide construction : le village de Tel-Ilan. 
Chaque récit, qui s'attarde sur l'un de ses habitants, représente ainsi une facette de cette bourgade séculaire, environnée de champs, de vignes et de vergers, dominée par le Mont Manassé, dont les nuits apparemment paisibles sont parfois traversées du cri d'un chacal, ou du miaulement des chats errants fouillant les poubelles.
Une bourgade qui connait des mutations, devenant peu à peu un lieu de villégiature secondaire. Les étrangers, venus de la ville, y sont de plus en plus nombreux, créant une effervescence jusqu'alors inconnue de ce village où tout le monde se connaissait... Le samedi, les voitures envahissent le centre.…

"Le cœur du tigre" - Huy-Thiêp Nguyên

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Incursion au pays du dragon...

Ce Mois de la nouvelle 2019 m'aura permis une incursion au Vietnam, pays dont je n'avais jusqu'à présent lu aucun auteur... "Le cœur du tigre" est un court recueil regroupant quatre textes seulement.
Le premier est celui qui a donné son nom à l'ouvrage. L'histoire, portée par un lyrisme exhaussant la luxuriance d'un environnement naturel omniprésent, a de franches allures de conte, bien que présentée comme véridique. Les protagonistes qu'elle met en scène sont morts depuis longtemps, mais leur âme continue de planer au-dessus des toits des maisons sur pilotis du hameau de Hua Tát, village H'mông. Parmi ces protagonistes, une jeune fille à la beauté sans égale mais que sa paralysie des jambes prive de tout prétendant, et un jeune homme très laid, déterminé à capturer le tigre féroce imposant la terreur dans le village, et surtout à lui extirper son cœur, que la rumeur prétend semblable à une amulette magique capabl…

"Incandescences" - Ron Rash

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"Mieux valait la solitude car elle ne permettait pas qu’existe un miroir à son propre chagrin."
Je n'ai pu m'empêcher de comparer ce recueil à celui de Flannery O'Connor, lu quelques jours auparavant. En effet, comme dans "Les braves gens ne courent pas les rues", la plupart des nouvelles qui le composent, se situant au cœur des Appalaches, ont pour cadre un environnement rural. Et j'ai immédiatement perçu une différence de taille entre les deux ouvrages : Flannery O'Connor nous livre une vision pessimiste et féroce de l'humanité, quand Ron Rash, bien qu'étranger à toute complaisance, laisse affleurer dans ses textes toute la tendresse qu'il éprouve pour ses personnages souvent pathétiques.
Les héros que mettent en scène ses textes représentent, chacun à sa manière, l'envers du rêve américain...
Les quatre premiers textes évoquent les extrémités auxquelles en sont réduits ceux que les difficultés financières acculent. La perte d&…

"Le gaucho insupportable" - Roberto Bolaño

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"Notre histoire est la multiplicité des formes par lesquelles nous évitons les pièges infinis qui se dressent sur notre passage".
Roberto Bolaño est l'un de mes auteurs préférés, dont je n'ai cependant pas encore exploré toute l'oeuvre (mais peu s'en faut). Le Mois de la Nouvelle m'a donc fourni un bienvenu prétexte pour sortir de ma PAL ce recueil, par ailleurs dernier ouvrage de l'auteur, écrit alors qu'il était gravement malade et condamné. Si j'ai apprécié de retrouver son ton inimitable, et sa façon à la fois subtile et poétique d'exprimer le désenchantement, j'avoue que l'ensemble m'a laissée un peu perplexe, la disparité des textes nuisant à sa cohésion. J'y ai tout de même retrouvé avec grand plaisir son écriture si belle, et cette alchimie entre fantaisie et tristesse qui caractérise son oeuvre.
La nouvelle qui a donné son titre au recueil, à la fois mélancolique et vaguement mystérieuse, est celle que j'ai app…