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Affichage des articles associés au libellé Romans

"Ton absence n’est que ténèbres" - Jón Kalman Stefánsson

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"Je dirais, si j’osais, que le lombric reflète la pensée divine." J’ai tenté de fuir la canicule girondine en m’exilant, pour mes vacances, dans le Jura, réputé humide et plutôt frais à partir de la mi-août. Las ! Le mercure s’est envolé jusqu’à 39°c au cours de la première semaine, et j’y ai trouvé des prairies jaunies et des cascades vidées par la sécheresse (mais c’est tout de même une belle région, où je compte bien retourner). J’ai donc tenté de me procurer quelque sensation de fraicheur en partant en Islande, plus précisément du côté de ses fjords du nord-ouest, où se situe le roman de Jón Kalman Stefánsson, dont j’ai tant aimé Asta . Le rafraichissement a été relatif, sans doute parce que la majorité de l’intrigue se déroule en été.   Si l’auteur insiste sur un point, c’est sur l’isolement de la petite communauté qui peuple la région. Un homme a perdu la mémoire. C’est le narrateur, et il ignore comment il est arrivé dans ce fjord où tout le monde semble le conna...

"Un jardin de sable" - Earl Thompson

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"Ce qui suit est une histoire de chrétiens ordinaires, travailleurs mais souvent sans travail, et Kansiens jusqu’à leur mort." "Un jardin de sable" est l’histoire d’une enfance. Jacky, natif du Kansas, grandit pendant la Grande Dépression et son contexte de misère généralisée et croissante. Sa mère, Wilma, s’est fait engrosser par un grand escogriffe de Suédois qui s’est quelques mois plus tard tué en voiture avec Miss Wichita 1933 à ses côtés. Ella a d’abord confié Jacky à ses parents, les McDeramid, fermiers mis à terre par la politique agricole de Roosevelt. Si ce revers n’a pas vraiment entamé la foi cardinale dans le rêve américain de John, le grand-père de Jacky, resté convaincu que pour peu que l’on soit honnête et travailleur le succès est garanti, il l’a investi d’une haine inextinguible pour le 32 e président des Etats-Unis, victime régulière (pour le plus grand plaisir du lecteur) de ses harangues aussi inventives qu’injurieuses. Et il a surtout mis ...

"Reste l’océan" - Marie Pointurier

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"Surfer tant qu’il est encore temps. Tant que son corps tient." Il y a cinq ans, Béa s’est mise au surf. Elle se trouvait trop vieille, mais s’est finalement laissé convaincre par son amie Ekaitza, femme solaire et sans complexes, dont elle envie la légèreté et la capacité à tout s’autoriser. Elle a maintenant cinquante ans, un corps à ménager et à préparer avant l’effort, mais ses longues heures d’entrainement à la piscine et sa pratique estivale du surf ont payé : elle le sent endurci, plus vif et plus agile. Et tant qu’elle est dans l’eau, il la laisse tranquille ; c’est a posteriori qu’elle découvre les ecchymoses et les coupures inhérentes à la confrontation avec un océan qui malmène, piétine, et ne pardonne aucune erreur. C’est sur la côte landaise, où elle passe tous ses étés depuis qu’elle est enfant, qu’elle pratique le surf. Son mari et elle y ont acheté une petite maison de plage qui les accueille, avec leurs jumelles adolescentes, à chaque vacances. Une maison...

"Sauvagines" - Gabrielle Filteau-Chiba

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 Tu sais que tu souffres de solitude quand tu souhaites bonne nuit à un chien qui dort déjà et que tu souris à ta poêle en fonte." Après Anouk, l’héroïne de " Encabanée ", ce deuxième volet de la trilogie de "La forêt du Kamouraska" nous fait rencontrer Raphaëlle, qui en début de récit lie son existence à celle de Coyotte, jeune chienne qu’elle récupère dans un élevage de huskys où ses yeux marron la condamnaient à l’euthanasie. C’est d’ailleurs ce qui l’a fait choisir par sa nouvelle maîtresse, dont le physique de métisse -preuve d’une trahison maternelle ou legs d’une aïeule inuite ? - jurait au sein d’une famille de Blancs aux yeux bleus qu’elle a reniée en même temps qu’elle a tourné le dos à une société mesquine, violente envers les plus faibles et dédiée au consumérisme, dans laquelle elle ne se sentait pas à sa place. Elle vit dorénavant, du moins à la belle saison, dans une roulotte stationnée dans le Haut-Pays de Kamouraska, là où naissent les Appala...

"La saga des émigrants – Tome V : Au terme du voyage" - Vilhelm Moberg

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"Dans la jeune République d'Amérique du Nord, il se passait plus de choses et il intervenait plus de changements en l'espace d'une année que dans le Royaume de Suède en cent ans." Episodes précédents : La saga des émigrants, tomes I & II : Au pays & La traversée La saga des émigrants, tome III : La terre bénie La saga des émigrants, tome IV : Les pionniers du Minnesota C’est leur septième noël dans le Nouveau Monde, et les Nilsa le passent dans leur nouvelle maison, plus grande et plus confortable que la précédente, où ils n’ont plus à craindre les hivers mortels du Minnesota. Soixante mille nouveaux émigrants sont arrivés entre 1955 et 1856 dans ce qui deviendra deux ans plus tard le trente-deuxième des Etats-Unis d’Amérique. La colonie suédoise s’est elle aussi accru, dispose dorénavant d’une église digne de ce nom, et même d’une petite ville. La région suit peu à peu les mutations qui transforment le pays, en pleine extension et entré dans l’ère de ...

"La ville" - William Faulkner

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"Tous ici nous avons acheté des Snopes, bon gré mal gré (…)" Après s’être attaqué au hameau de Frenchman’s Bend , les Snopes partent à l’assaut de Jefferson, bourgade de trois mille âmes du comté de Yoknapatawpha. A leur tête, mais toujours à sa manière discrète -ou vicieuse-, on retrouve Flem Snopes et son indéboulonnable nœud papillon, qui après avoir roulé son beau-père Will Varner, s’est installé avec sa femme Eula -dont la sensualité débordante affriole toute la population mâle de Jefferson- et leur fille Linda (dont il n’est pas le père, ce que seule la principale intéressée ignore), dans une petite maison aux abords de la ville. En l’espace de deux ans, ce paysan qui n’avait probablement jamais vu d’usine électrique a pris la direction de celle qui alimente Jefferson. Et ce n’est qu’un début… Il poursuit son ascension avec ruse et ténacité. En douce, sans rendre de compte à personne. Mais s’il était jusqu’à présent essentiellement guidé par sa cupidité, c’est à a...

"La classe et la fonction" - Mariana Alves

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"Ils ont beau avoir toujours un balai à la main, les Portugais ont eux aussi de la poussière sous le tapis." On y entre par une petite porte discrète, invisible parmi les entrées stylisées Art déco de ce quartier d’Auteuil que les touristes viennent prendre en photo. C’est une loge de concierge, qui malgré son exiguïté parvient, car faite de coins, à être labyrinthique. Une minuscule pièce principale, un cagibi sous les escaliers de l’immeuble, des toilettes à la turque derrière ceux de service, et une chambre de bonne au sixième étage… C’est là que la Grande petite passe son enfance et son adolescence. Ses parents, comme de nombreux immigrés portugais arrivés à Paris dans les années 1980, sont gardiens d’immeuble. En de très brefs chapitres, d’une factualité presque aride, elle observe ce contexte par le biais de l’assignation qu’il induit. Les épisodes se déroulent majoritairement à la loge ou à l’école, et les faits alors décrits ont pour unique vocation de révéler l...

"Bien-être" - Nathan Hill

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"Il y avait deux ou trois choses qu’ils devaient savoir avant de se rendre à une partouze." Dans l’un des épisodes de "Bien-être", un des personnages, à l’aube du développement d’internet, explique à un autre le principe révolutionnaire du lien hypertexte, à partir duquel un récit se construit par interconnexions, au fil d’une navigation libre, libérée de toute linéarité. C’est sur ce même principe que Nathan Hill semble avoir construit son récit, comme s’il suivait le fil d’associations d’idées dont on ne voit pas toujours de prime abord ce qui les lie. Pour autant, le lecteur n’est jamais perdu, l’intrigue orbitant autour de deux personnages principaux que cette construction en "toile" dote d’épaisseur et de complexité. Cela commence, pour le coup de manière "logique", par leur rencontre. On est en 1993. Alors tous deux étudiants, lui en photographie, elle en psychologie, ils vivent dans le quartier de Wicker Park à Chicago, un lieu sale, p...

"La saga des émigrants – Tome IV : Les pionniers du Minnesota" - Vilhelm Moberg

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"Mais en Amérique, il fallait toujours être plus intelligent qu’en Suède, même quand on n’était qu’un simple valet." La fin du tome III laissait nos Suédois, après un long et pénible périple, enfin installés dans le Minnesota. Cela fera bientôt quatre ans qu’ils ont débarqué à New York. Karl Oskar a construit une petite maison pour remplacer la cabane en rondins dans laquelle, avec sa femme Kristina et leurs enfants, ils ont passé un premier hiver difficile. Leur famille s’est agrandie avec la naissance de Dan, premier américain de la famille. Les dernières récoltes ont été bonnes, et Karl Oskar projette de construire une nouvelle maison digne de ce nom, plus grande, et qui ne laisse pas passer l’eau lors des épisodes de pluies qui sont ici, comme toutes les manifestations climatiques -qu’il s’agisse du froid, de la chaleur ou des orages-, toujours intenses. L’ancienne prostituée Ulrika est devenue Mrs Henry O. Jackson en épousant le pasteur de la communauté baptiste d...

"Faire bientôt éclater la terre" - Karl Marlantes

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"Le faux mythe du marxisme ne gagnera jamais face au faux mythe de l’Amérique." Après celle du suédois Vilhelm Moberg -dont je vous parlerai bientôt du tome IV-, voici une autre saga d’émigrants scandinaves. Il s’agit cette fois de Finlandais, et si leur exil survient un demi-siècle après celui des Nilsa, leur destination est la même. Nous sommes à l’aube du XXème siècle. La Finlande est alors sous une domination russe dont les manifestations se font de plus en plus concrètes. La famille Koski vit dans la région de Kokkola, au nord des côtes finlandaises, d’une ferme qu’elle loue et des revenus aléatoires de sage-femme de la mère. Le roman s’intéresse aux trois aînés des enfants qui suite à divers circonstances, migrent aux Etats-Unis, et plus particulièrement à leur cadette, Aino. C’est une adolescente fougueuse et rebelle, séduite par l’idéologie socialiste, dont le petit ami Voitto fait partie d’une cellule révolutionnaire très active. A la suite de l’échec d’un attenta...

"Je ne suis pas là" - Lize Spit

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"Simon faisait partie des rares personnes à être plus belles de près que de loin." Le récit, porté par la voix de Leo, fait des allers-retours entre trois temporalités. La première est celle de sa rencontre avec Simon et des débuts de leur vie de couple.   Alors étudiants, c’est un deuil similaire qui les rapproche, celui de leur mère. Lorsqu’il perd la sienne, cela fait deux ans que Leo peine à faire son deuil d’une femme qui aura passé sa vie d'adulte à subir un époux autoritaire et exclusif. Immédiatement, une osmose nait de leur solitude et de leur détresse communes. Leur relation est empreinte d’une familiarité et d’une tolérance qui repousse toute gène et tout dégoût, l’autre étant accepté et aimé dans une entièreté qui inclus ses pires manies, ou les moins ragoutantes de ses sécrétions. Leur union se renforce au fil des nombreux rituels communs qu’ils instaurent, allant jusqu’à s'inventer leur propre langage. La seconde est celle du moment de bascule qui ...

"Nord Sentinelle" - Jérôme Ferrari

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"C’est ce soir-là que j’ai, pour la première fois, eu l’intuition très nette que nous vivions peut-être tous en enfer." Lundi. J’achète le roman "Nord Sentinelle" de Jérôme Ferrari, que j’avais l’intention de lire depuis sa sortie, et dont la parution en poche quelques jours avant un séjour en Corse relève d’un hasard qu’après lecture je ne jugerais pas forcément heureux… Mercredi. J’entame "Les abandonnés de l’île Saint-Paul", de Valentine Imhof, en prévision du rendez-vous du 15 juin fixé par Cléanthe, sur la thématique îlienne. La quatrième de couverture évoque des marins bretons… Au bout de quelques pages, je me sens bien bête : le récit se passe sur une île de l’océan Indien. Il faudra repasser pour les Escapades Européennes… C’est parti pour une séance de fouille de fonds d’armoire et d’inspection des caisses de vins reconverties en boîtes à livres réparties dans l’appartement, à la recherche d’un titre idoine. Il y a bien un Maud Simmonot qui tr...

"Les cinq ami.e.s l’échappent belle in extremis" - Fabcaro

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"Apolline rougit, fière de sa découverte. Elle avait beau avoir ses règles, on pouvait toujours compter sur elle pour trouver des petits tas de paëlla par terre." Rire fait travailler les abdominaux, paraît-il… Ça tombe bien. L’échec de mes efforts pour tenir plus de trois secondes dans la posture du pont s’explique selon mon professeur de yoga par une déficience musculaire de mon "centre", qui vient donc inévitablement de se renforcer, puisque je crois n’avoir jamais autant ri (ou ne m’être jamais autant bidonnée, si j’ose un mauvais jeu de mot) qu’à la lecture du dernier ouvrage de Fabcaro… L’objet livre attire immédiatement le regard de ceux et celles qui comme moi ont été abreuvées dès leurs plus jeunes années des aventures de François, Claude, Annie, Nick et Dagobert, éditées par la Bibliothèque Rose : pastichant un épisode du célébrissime Club des Cinq de la romancière britannique Enyd Blyton, il en reproduit même l’apparence. Concernant le fond, on re...

"Sidérations" - Richard Powers

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"Je ne savais pas comment être un bon parent." Le talent de Richard Powers pour entremêler détresses intimes et drame collectif s’exprime dans ce roman de manière poignante. La détresse intime est celle d’un deuil. Aly, infatigable activiste à la tête d’une ONG de défense de l’environnement, est morte dans un accident de voiture deux ans auparavant. Theo, astrobiologiste, s’est ainsi retrouvé à élever seul leur fils Robin, alors âgé de sept ans. Une tâche d’autant plus ardue que Robin n’est pas un enfant comme les autres. Aucun diagnostic n’a pu être concrètement posé sur son syndrome, que l’on découvre surtout par ses manifestations : crises de rage ou d’angoisse incontrôlables, hypersensibilité, attachement irraisonné à divers manies et rituels. C’est aussi un garçon très doué pour le dessin, doté d’une compréhension aigue des choses, d’une mémoire prodigieuse et d’une gravité qu’on ne s’attend pas à trouver chez un enfant de cet âge. Robin est, enfin, à la fois obsédé ...