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Affichage des articles associés au libellé Japon

"Les chats ne rient pas" - MUKAI Kosuke

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"Je n’aime pas les gens. Mais je déteste la solitude." Vous vous demandez sans doute ce que fait ce titre ici, et à raison : je ne l’aurais pas lu de ma propre initiative. Il m’a été offert, et son statut de Gravillon l’a sauvé d’un dépôt direct dans une boîte à livres (oui, je suis une vilaine lectrice pleine d’a priori). Je cherche encore la signification du titre de l’ouvrage et la raison de sa fracassante révélation, mais passons.  Hayakawa, le narrateur, a une piètre estime de lui-même. Ce scénariste longtemps porté par sa passion, non seulement du cinéma mais aussi de l’art en général, a cessé de croire au pouvoir de la fiction. C’est d’une manière générale un homme désabusé, à la fois perpétuellement insatisfait et résigné à la médiocrité de son sort. L’alcool est devenu la seule béquille de sa vie, et probablement la principale raison qui l’attache à Mari, qui travaille dans un bar, et avec qui il entretient une relation insignifiante. L’intrigue débute avec la réappa...

"Le vase de sable" - Seichō Matsumoto

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"Toutes les fois qu’il voyait cela, Imanishi était impressionné par la beauté du cerveau humain. Il croyait voir un fruit tropical de grande valeur sous son emballage de cellophane." C’est parce qu’en France on le surnomme le "Simenon japonais" que j’ai eu envie de découvrir Seichō Matsumoto. J’ai pour cela acquis un coffret de trois de ses titres désignés comme représentatifs de son œuvre. Le premier, son plus célèbre, " Tokyo express ", ne m’a franchement pas convaincue. Je lui ai préféré le recueil " La voix ", dont j’ai aimé l’humour noir de certaines nouvelles. Qu’en est-il du troisième titre, lu à l’occasion de l’Hiver Polar d’Alexandra ? On y retrouve le ton factuel de Tokyo Express, ainsi que l’évocation récurrente de voyages ferroviaires déjà relevée dans les deux premiers opus, et qui n’est pas pour me déplaire. L’intrigue débute d’ailleurs près d’une gare, celle de Kamata -à Tokyo-. Le cadavre d’un quinquagénaire assassiné est découver...

"Tokyo ville occupée" - David Peace

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"Car derrière moi, ce matin, sur ces quais gris, il y avait les ruines de Tokyo, les ruines du Japon, de l'Asie, de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et de notre Mère Patrie la Russie et de nos Républiques Soviétiques, de l'Allemagne et de l'Europe, toutes rasées derrière moi, partout, tous ces lieux et toutes ces populations broyées, les villes et les gens, les gens souffrant encore." Janvier 1948. Un homme se présente dans une succursale de la Banque impériale de Tokyo, prétendant représenter le Ministère de la Santé publique. Sous le prétexte d’un traitement préventif contre une épidémie de diphtérie qui sévirait dans leur quartier, il fait ingérer du poison aux seize employés présents. Douze décèdent. David Peace s’empare, à sa manière si particulière, de ce fait divers, connu au Japon comme l’Affaire Teigin. Ceux qui connaissent bien l’auteur ne seront guère surpris par son entrée en matière, préambule halluciné et lancinant qui met en scène un écriva...

"Tokyo revisitée" - David Peace

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"- Si tu te fais un ennemi de cet homme-là, tu le regretteras toute la vie, je te le jure. Mais si tu te mets dans ses bons papiers, tu pourras passer le reste de ta vie à péter dans la soie. - Ça puera quand même, soie ou pas." Dernier volet du triptyque tokyoïte de David Peace, cet opus, comme les deux précédents, s’inspire d’un réel fait divers : la mort, restée à ce jour mystérieuse, de Shimoyama, président de la société nationale des chemins de fer, dont les morceaux du cadavre sont retrouvés éparpillés sur les rails. Bien que les circonstances en marquent durablement l’opinion, l’événement ne surprend pas vraiment. Placé à la tête de l’entreprise pour en réduire le déficit, Shimoyama avait pour mission de dégraisser fortement les effectifs. L’annonce des 100 000 licenciements prévus avait fait fleurir des menaces de mort à son encontre sur les murs de la ville. On savait par ailleurs l’homme fortement tourmenté par cette situation où il avait été impliqué à son corps dé...

"Le marin rejeté par la mer" - Yukio Mishima

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"La sirène du Rakuyo retentit dans un dernier adieu secouant le port tout entier, se répercutant dans toutes les fenêtres de la ville, assaillant les cuisines où l’on préparait le dîner, les chambres d’hôtel borgnes dont les draps n’étaient jamais changés, les pupitres attendant le retour des enfants à la maison, les courts de tennis et les cimetières, plongeant tout dans un moment de malaise, déchirant sans pitié le cœur de ceux qui n’en pouvaient mais." C’est un drame étrange et glaçant que noue Yukio Mishima autour des deux principaux personnages de son histoire.  Le premier, Noboru, a treize ans. C’est un adolescent au physique délicat qui cache sous ses airs de bon élève une vision très particulière de l’existence, qu’il partage avec un petit groupe de camarades. Persuadés de leur génie, ils se réclament d’une philosophie au symbolisme ténébreux : l’espèce humaine est inutile, la vie un non-sens, et les pères -ces êtres "à vomir"- sont inéluctablement coupables...

"L’usine" - Hiroko Oyamada

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"J'espérais qu'un cataclysme se produirait, mais il faisait beau et je suis allée au travail, sans prononcer un mot de la journée." L’usine est un complexe si vaste qu’on n’en voit pas la fin. Un fleuve la traverse, surplombé d’un pont que l’on évite de traverser à pied tant il est long. Comme une ville, elle a ses restaurants et ses hôtels, ses stations-service et ses logements, sa ligne de bus et ses commerces. Son influence s’étend sur toute la région, tout le monde y travaille ou connait quelqu’un qui y travaille. Nous suivons, dès leur embauche, trois de ces employés. L’une, diplômée, a postulé pour un CDI, et se retrouve avec un emploi de contractuelle consistant à actionner une déchiqueteuse à documents. Un autre -Furufué- est étudiant-chercheur à l’université. Il est recruté par l’usine pour analyser les mousses présentes sur son site en vue de végétaliser les toits. Le dernier, ex-ingénieur système inscrit dans une agence d’intérim, obtient un poste de correc...

"La chambre rouge" - Edogawa Ranpo

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"C’est désormais à vous de me juger : suis-je un criminel pervers ou simplement un pauvre malade mental ?" Deuxième participation au Mois du Japon, cette fois encore avec un recueil de nouvelles, écrites dans les années 1920. Mais si celui de Seicho Matsumoto ne m’a laissé que le souvenir d’une lecture certes plaisante mais peu prégnante, "La chambre rouge" est d’un autre acabit. Il faut dire qu’avec Edogawa Ranpo, on est loin de l’image d’Epinal d’un Japon où pudeur et bienséance gouvernent les comportements en toutes circonstances. Et c’est peu dire que l’auteur creuse sous la façade. Il y va au burin, puis triture, jusqu’à la nausée.  Des cinq textes qui le composent, le premier –" La chenille "- est sans doute le plus représentatif de sa fascination pour la déviance et la perversion. Le lieutenant Sunaga, ancien soldat brutal et courageux, est revenu de la guerre sous une forme à peine humaine, excessivement défiguré par une explosion ayant par ailleu...

"La voix" - Seichō Matsumoto

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"(...) à travers le monde, il doit bien y avoir de nombreux crimes restés ignorés et des meurtriers qui courent toujours." Six récits, publiés entre 1956 et 1958, composent ce recueil. Ils sont liés par des points communs qui leur confèrent parfois une telle ressemblance que quelques jours après la lecture, j’avoue ne pas avoir gardé un souvenir très net de chacun d’entre eux. Tous, (à l’exception d’un) mettent en scène des individus ordinaires, ou du moins sans histoire, qui poussés par la cupidité, la jalousie, ou la crainte de perdre leur situation, deviennent des criminels. Dans " Le complice ", Hikosuke, un ex-représentant de commerce a fait fortune à Fukuoka en montant son propre magasin. Sa réussite est gâchée par son angoisse grandissante à l’idée qu’existe quelque part un individu qui sait que son affaire a été financée grâce au butin d’un cambriolage qui ne fut jamais élucidé. Obsédé par cette angoisse, Hikosuke embauche un détective privé pour retrouver l...

"Le poids des secrets" - Aki Shimazaki

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"Il n’y a pas de justice. Il y a seulement la vérité." "Le poids des secrets" est une pentalogie, c’est-à-dire une œuvre en cinq volets ; chacune de ses parties est intitulée d’un mot japonais désignant un élément naturel, fleur ou animal. Dans " Tsubaki " ( Camélia ), nous faisons la connaissance de Namiko, qui à la mort de sa mère Yukiko se voit remettre deux enveloppes, dont l’une est destinée à son oncle, un certain Yukio. Or, Namiko ignorait que sa mère avait un frère. " Hamaguri"  ( Palourde ) nous éclaire sur le parcours de Yukio, enfant naturel élevé par sa mère Mariko avec laquelle il entretient une relation fusionnelle. A quatre ans, il est adopté par le nouveau compagnon de Mariko, qui l’élèvera et l’aimera comme son propre fils. " Tsubame " ( Hirondelle ) nous fait remonter le temps encore plus loin, à la rencontre d’une autre enfance, celle de Yonki, jeune adolescente que sa mère a amenée avec elle au Japon après avoir fui ...

"La papeterie Tsubaki" - Ito Ogawa

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"L'art peut sauver, j'en faisais l'expérience dans ma chair." Amamiya Hatoko, 25 ans, revient à Kamakura pour reprendre la papeterie que lui a légué la grand-mère qui l’a élevée, qu’elle surnomme "l’Aînée". Elle en a reçu une éducation studieuse, consacrée à l’art de la calligraphie : la famille Amemiya descend d'une lignée d’écrivaines calligraphes remontant au 17e siècle, dont Hatoko représente la onzième génération. Elle a ainsi été imprégnée dès son plus jeune âge de l’art de la calligraphie, pour lequel elle a précocement montré un don, sous l’égide de la professeure exigeante voire sévère qu’était l’Aînée. On devine la nature conflictuelle des rapports qu’elle a entretenus, en grandissant, avec sa grand-mère peu affectueuse, à certaines allusions évoquant son départ à l’étranger, la manière dont elle a rompu le lien. Elle n’a pourtant pas hésité à reprendre le flambeau, ne serait-ce que pour protéger coûte que coûte le camélia planté devant la ...

"Tokyo express" - Seichō Matsumoto

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Un certain manque de chair... Deux suicidés sur une plage isolée du Kyushu, dans le Sud du Japon. L'un est le sous-secrétaire d’un ministère alors sous les feux de l'actualité dans le cadre d'une affaire de corruption, et sa disparition arrange bien ses supérieurs. Le second cadavre est celui d'une jeune serveuse d'un bar tokyoïte. Rien ne laisse a priori soupçonner qu’il s’agisse là d’une affaire criminelle. Pourtant, l’un des policiers locaux chargés de l’enquête est interpellé par une incohérence anodine mais entêtante : la facture provenant du wagon-restaurant du train dans lequel il est établi que les deux défunts ont gagné le Kyushu ne compte qu’un convive… Ses doutes contaminent l’inspecteur Kiichi Mihara, venu de Tokyo. Porté par la conviction que ce double suicide est louche, la ténacité avec laquelle il mène l’enquête se heurte au parfait alibi du principal suspect, qui ne pouvait matériellement se trouver sur les lieux du drame au moment où il survint. C’...

"La cigale du huitième jour" - Mitsuyo Kakuta

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Mi-figue, mi-raisin. 1985. Kiwako, femme esseulée en quête de reconnaissance et de consolation, kidnappe un bébé. Elle n'a alors plus de famille ni de travail, les fragments de sa vie tiennent dans cinq sacs.  Kiwako prend la fuite avec l’enfant, qu’elle a prénommée Kaoru. Nous l’accompagnons dans sa cavale, qui s’interrompt temporairement au sein d'une obscure communauté de femmes où elle peut enfin se détacher de tout ce qui la reliait à sa vie d'avant et se délester du poids de ses actes pour se consacrer à l’affection qu’elle voue à Kaoru. Des allusions au passé nous éclairent, par bribes, sur son histoire, sur le traumatisme qui a poussé cette jeune femme séduisante et professionnellement épanouie à commettre l’impensable. J’ai eu beaucoup de mal à m’impliquer dans cette partie du récit que son aspect désincarné -dû je crois à une écriture factuelle et plate-, en me laissant de marbre face à l’épopée de Kiwako, m’a fait paraître bien longue. Puis le récit bascule vers ...

"Le petit joueur d’échecs" - Yôko Ogawa

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"Les échecs sont un miroir qui donne une idée de ce qu'est l'homme".  C'est un petit garçon pas tout à fait comme les autres. Il est né avec les lèvres soudées et semble en avoir gardé une préférence pour le mutisme. Pour réparer cette anomalie, on a greffé de la peau de mollet sur ses lèvres qui s’orneront ainsi, à partir de l’adolescence, de longs poils incongrus. C'est aussi un enfant solitaire, dont les amis sont imaginaires, et inspirés du souvenir d'êtres qu'il n'a pas connus. Il y a Indira, l'éléphante exposée jusqu’à sa mort sur la terrasse du centre commercial que fréquente régulièrement le garçon, et où il peut contempler à loisir le panneau commémorant sa présence. Et il y a Miira, fillette dont la légende prétend qu’elle est malencontreusement restée coincée entre deux murs, à qui il parle longuement la nuit. Il est significatif qu’hormis ces deux êtres fictifs -et le chat évoqué plus bas-, aucun des protagonistes du roman, à l’imag...

"L’idiote" - Ango Sakaguchi

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"Le japon a perdu, l’éthique des guerriers est morte mais, de cette matrice de vérité qu’est la déchéance, sont enfin nés des êtres humains. Vivons ! Tombons !" -  (Traité de la déchéance - Ango  Sakaguchi  - 1946). Derniers mois de la seconde guerre mondiale. Tokyo est sous les bombes. Dans une maison où vivent pêle-mêle hommes et animaux (porcs, chiens et autres poules), grouille une humanité pitoyable et malveillante, formant une Cour des Miracles agitée par les folies des uns et les perversions des autres.  C’est là qu’habite Izawa, dans une sorte de cagibi séparé du corps de logis. C’est un homme amer, qui porte un regard méprisant sur ses semblables qu'il juge mesquins, uniformes et creux, évoluant dans un monde d’apparences vide de sens où tout se ramène à courir les filles, claquer son fric et se réveiller avec la gueule de bois. Un monde où la quête de soi, la personnalité, la créativité n’existent pas. Il vit seul, non par choix mais parce que la vie conjug...