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Affichage des articles associés au libellé Serbie

"Dernier amour à Constantinople" - Milorad Pavić

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"On voit à ses mains qu’elle aura deux enfants (…), à sa façon de porter sa robe qu’elle divorcera, et sa manière de se coiffer laisse deviner qu’elle mourra dans sa quarante-huitième année. De même que les musiciens pensent avec leurs oreilles, elle pense avec ses seins." Pour avoir lu Le dictionnaire khazar , j’étais plus ou moins prévenue : il faut s’attendre, avec Milorad Pavić, à quelques surprises. Je n’ai pas été déçue…  On comprend vite la raison du sous-titre -"Manuel de divination"- en découvrant en fin d’ouvrage un jeu de tarot à découper, qui permet au lecteur qui le souhaite d’orienter le fil de sa lecture en tirant les cartes, selon diverses méthodes proposées. J’ai personnellement fait le choix d’une lecture linéaire (je trouvais dommage d’amputer le livre de son jeu de cartes). Et que ceux qui feront comme moi se rassurent, le contenu du roman se révélant tout aussi inventif que sa forme. Nous y suivons deux clans rivaux : les Opujić, riches marchand...

"La chronique de Belgrade" – Ivo Andrić

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"Marcher malgré le danger, voire le chercher et s’y plonger, voilà ce que signifiait se libérer." Dans un premier temps, je me suis questionnée sur la vision qu’Ivo Andrić avait des femmes… Les deux nouvelles qui ouvrent le recueil mettent en scène des tyrans domestiques aux traits presque caricaturaux, dont le physique repoussant n’a d’égal que la laideur de leur caractère.  Cela donne lieu à de féroces descriptions certes savoureuses… L’une est affublée de " courtes jambes, (d’un) triple menton (et d’une) petite moustache drue, de strates de graisse abondantes en quantité peu commune et à des endroits inattendus ", l’autre, également courtaude, pourvu d’un " visage blême et adipeux ", déploie une " énergie agressive malgré ses jambes éléphantesques ". … mais le recours à ces viragos, dont on comprend rapidement qu’il est prétexte à mettre en évidence, en créant une opposition entre ces héroïnes et leurs discrets époux, les qualités a priori inv...

"Le dictionnaire khazar" - Milorad Pavić

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"(…) tout écrivain peut, sans se fatiguer, tuer son héros en deux lignes. Mais pour tuer le lecteur, un être humain en chair et en os, il suffit de le métamorphoser un seul instant en personnage du livre, en héros de la biographie. Ensuite, c'est facile…" "Le dictionnaire khazar" est un texte mortel. Au sens propre du terme. Mais l’auteur nous rassure, très sérieusement, d’emblée : le lecteur d’aujourd’hui ne sera pas condamné à mourir comme ce fut le cas de ses prédécesseurs qui en 1691, eurent en main sa première édition empoisonnée. Ça commence bien, n'est-ce pas ? On se croirait dans "Le Nom de la rose"…  Comme son nom l’indique, l’ouvrage n’est d’ailleurs pas vraiment un roman -bien qu’il soit éminemment romanesque- mais plutôt un "Lexique en 100 000 mots", ainsi que le précise son sous-titre. Un lexique qui a pour sujet l’étude d’un événement aussi fameux que mystérieux qui eut lieu au VIIIe ou IVe siècle : la polémique khazare. Peu...

"Goetz et Meyer" - David Albahari

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"… la vie, une fois brisée, n’est plus qu’une claudication permanente." Parvenu à la cinquantaine, un professeur belgradois éprouve le besoin de de combler les vides de son arbre généalogique. Il ne s’est jamais marié, n’a pas d’enfants ; il " sait où la vie le mène, il ne lui reste plus qu’à savoir d’où il est sorti ".  Ses parents ne lui ont pas parlé de leur passé et ses connaissances sur la Shoah se limitaient jusqu’alors aux informations générales diffusées par les manuels scolaires, les livres d’histoire, le cinéma ou la littérature, rien n’indiquant que cette histoire le concernait. Or, presque toutes les membres de sa famille, du côté maternel comme paternel, ont péri lors de l’Holocauste : lui qui devrait pouvoir se vanter d’avoir soixante-sept parents proches n’en a plus que six. Hantant alors les archives et les bibliothèques, il découvre qu’ils sont probablement morts sur les routes de Belgrade, dans les camions conduits depuis le camp de la Foire des Ex...

"Dans le noir" - Svetlana Velmar-Janković

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"De nouveau, deux présents éloignés dans le temps, deux points très éloignés l'un de l'autre se croisent, ou plutôt se confondent". Ma lecture de "Dans le noir", roman de l'autrice serbe Svetlana Velmar-Janković que je découvre avec ce titre, a été, malgré sa passionnante thématique, rendue poussive par une écriture que j'ai trouvée bavarde, et un procédé narratif qui m'a laissé perplexe... Début des années 1980. La narratrice, Milica Pavlović, une bourgeoise octogénaire, revient sur une période de sa vie concomitante avec l'occupation allemande de la Yougoslavie pendant laquelle la Serbie fut dirigée par un gouvernement fantoche et collaborationniste puis avec la prise de pouvoir par les communistes. Son mari, le Professeur Pavlović, éminent critique et historien d'art est alors arrêté et ses biens confisqués par des représentants du nouveau pouvoir, en l'occurrence l'ex-concierge de leur immeuble, l'épicier d...

"Le rayon bleu" - Slobodan Despot

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"Le monde est comme un chat perché au sommet d'un arbre. Il est monté trop haut et tremble de peur. Si tu tends ton bras pour l'aider, il risque de ne pas comprendre et de tomber de sa branche." En Russie, au cœur d'une Cité de la Jeunesse désormais désertée, un homme continue d'entretenir l'installation radio du centre scientifique qu'elle abritait à l'insu de ses occupants, fermé suite à un incident nucléaire qui coûta la vie à tous les chercheurs alors présents. Une fois par semaine, il est chargé de relever le message codé qu'il y reçoit, qu'il téléphone ensuite en France, sur un numéro où l'on ne décroche plus depuis longtemps. Le téléphone en bakélite destinataire de ces appels, et dont la sonnerie, avec le temps, a fini par provoquer une certaine forme de terreur, trône au sein du domaine provincial des De Lesmures. Le maître des lieux, Herbert de Lesmures, l'avait réservé à son usage exclusif. Il n'y répondra pl...

"A la guerre comme à la guerre !" - Aleksandar Gatalica

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Mosaïque. Aleksandar Gatalica utilise dans son roman un procédé déstabilisant voire un peu agaçant dans un premier temps, consistant en la succession d'anecdotes mettant en scène des personnages différents, souvent sans lien les uns avec les autres, et dont nous ne connaîtrons certains que brièvement, l'auteur les "tuant" au bout de quelques pages. Le lecteur, un peu perdu car privé de la possibilité de se rattacher à quelque repère, se sent pris dans une sarabande frénétique, craignant de se lasser de ce coq-à-l'âne... On comprend rapidement que ce "balayage" répond à une volonté d'offrir à la fois une vue d'ensemble et une approche exhaustive, à partir de ceux qui l'ont vécue, du premier conflit mondial, dont le déroulement sert de fil rouge. On voyage en effet de la France à la Turquie en passant par la Serbie, la Russie, ou l'Autriche, on parcourt le front et ses tranchées, les étendues sous-marines, les villes sous occupation,...