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Affichage des articles associés au libellé Hongrie

"Le dernier loup" - László Krasznahorkai

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"(…) l’amour des animaux est le seul amour qui ne déçoive jamais l’homme, ça veut dire quoi ?" Le texte est constitué sur ses soixante-quinze pages d’une phrase unique, un long monologue que le narrateur déroule, tout en buvant de la bière, à l’intention du barman du Sparschwein , situé dans un quartier populaire de Berlin aux murs couverts de graffitis et aux trottoirs gluants de crachats, peuplé de toxicomanes. Le ciel, gris et sinistre, renforce la morosité ambiante. L’auteur de cette tirade, ancien universitaire, a délaissé la philosophie et l’écriture depuis qu’il a acquis la conviction que la pensée, à force d’appauvrissement, est finie, et que les livres sont gonflés de mots vains et de logiques déprimantes. Il a donc été très surpris de recevoir l’invitation d’une obscure Fondation à venir séjourner une à deux semaines en Estrémadure afin d’écrire sur cette région. Ce territoire du sud-ouest espagnol aride, austère et peu peuplé, réputé pour être un foyer de pauvr...

"Le baron Wenckheim est de retour" - László Krasznahorkai

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"La question n’est pas de savoir pourquoi il faut mourir, mais pourquoi il faudrait vivre." La première scène du roman nous transporte à la Ronceraie, zone de broussailles enchevêtrées en périphérie de la ville, où s’est retiré Le Professeur, qui y vit dans une cabane en polystyrène qu’il s’est fabriqué. Dire que la tranquillité qu’il est venu y chercher est, pour l’heure, troublée, est un euphémisme. Une jeune femme descendue de la capitale mène un siège face à sa bicoque pour lui rappeler ses devoirs paternels, réclamant à l’aide d’un panneau qu’elle brandit en vociférant dans un haut-parleur "Justice et Réparation". La presse est présente, et toute la ville commente l’événement… Et puis, comme souvent avec László Krasznahorkai, on passe à autre chose. Il faut dire qu’une incroyable nouvelle est venue éclipser ce fait divers, celle du retour du baron Wenckheim. Agé de soixante-cinq ans, ce natif du pays a passé la majeure partie de sa vie en Argentine. Cette annon...

"Un fils de notre temps" - Odön Von Horváth

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"Mais voilà que le monde est une porcherie." Cela fait six mois que la narrateur est soldat. Il est ainsi enfin sorti d’une longue période d’indigence et d’incertitude morale dans laquelle les circonstances de la vie l’avaient plongé, l’acculant au vol, le rendant triste et amer. L’assurance d’avoir un toit sur la tête, des vêtements propres et de la nourriture à chaque repas lui a subitement fait recouvrer sa dignité, et empli d’une ferveur patriotique aux tendances bellicistes et suprémacistes. Fier de cet empire fort et puissant dont il est un des nouveaux combattants, le voilà prêt à contribuer à son expansion, en partant à la conquête de nouveaux territoires. Il ne s’agit même pas vraiment de guerre mais de "nettoyage", de se soumettre à la logique naturel d’un monde où règne la loi du plus fort, et ceux qui ne l’ont pas compris ne méritent que son mépris. C’est le cas de son père, vétéran de 14-18, qui passe son temps à se plaindre et qui en est réduit à faire...

"Le pain perdu" - Edith Bruck

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"- Comment fais-tu pour tout te rappeler ? - Comment fait-on pour ne pas se souvenir ?" J’ai été un peu désarçonnée par le style et le ton qui accueillent le lecteur, par la simplicité évoquant un univers enfantin, avec son innocence, ses emballements, ses images toutes faites. Ditke vit dans un village hongrois. Parce qu’elle est la dernière d’une fratrie de six, sa famille l’a surnommée Boulette, une allusion aux petites boules de pâte que la mère racle au fond du pétrin. Elle est vive et joyeuse, pleine d’une curiosité que d’aucuns trouvent "malsaine", et aime lire, notamment la poésie. Le village n’appliquant pas les lois raciales à la lettre, elle est, bien que juive, la première de sa classe. La vie dans la petite maison familiale, marquée par la pauvreté, est néanmoins heureuse. La mère de Ditke, très croyante, a fait de Dieu un confident auquel elle s’adresse pour tout et ne jure que par la Palestine, qui représente selon elle le Paradis sur terre. Le père, ...

"La tranquillité" - Attila Bartis

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"On ne peut pas dire de sa mère qu'elle est folle. Qu'elle regarde la télé même après la fin des programmes, qu'elle fait installer de plus en plus de chaînettes de sécurité sur sa porte, qu'elle se lève au milieu du repas comme pour aller chercher une serviette, mais qu'elle casse le téléphone à coups de marteau, puis qu'elle se rassied pour finir sa soupe de tomates". "La tranquillité", roman acquis par hasard -convaincue par une jolie couverture et une quatrième intrigante- lors d'un déstockage de la médiathèque municipale, traînait sur mes étagères depuis plusieurs années. Je crois même l'avoir commencé, et avoir jeté l'éponge après une trentaine de pages... Le Mois de l'Europe de l'Est était l'occasion de faire une nouvelle tentative. Je ne regrette pas ma persévérance, car j'ai beaucoup aimé ce récit, original et au final très prenant, une fois que l'on s'est accoutumé à la nature déstructurée ...

"Tango de Satan" - László Krasznahorkai

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"Tout fonctionne sans raison, sans finalité, sous la contrainte d'une interdépendance et d'un flottement sauvage, intemporel, et seule notre imagination - et non nos sens, condamnés à l'échec perpétuel- nous soumet à la tentation en nous faisant croire que nous pouvons nous libérer des griffes de la misère". László Krasznahorkai est de ces écrivains dont on reconnait l'écriture si caractéristique dès les premières pages. Ce qui fait qu'au moment d'écrire un billet après avoir lu un de ses titres, j'ai toujours l'impression de me répéter. Et si le flux de "Tango de Satan" est un peu moins torrentiel, un peu plus linéaire que dans certaines autres de ses œuvres, on y retrouve bien le magnétisme qu'exerce le rythme lancinant de son texte, et cette atmosphère de grise mélancolie, aux accents cauchemardesques, dont il a coutume de plomber ses intrigues. Ici, elle prend pied dans la déliquescence stagnante d'une "exp...

"La conversation de Bolzano" - Sándor Márai

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A la suite de la lecture commune de "La conversation de Bolzano", de Sándor Márai, Athalie et moi nous sommes mutuellement interviewées...  (Attention, si vous n'avez pas lu ce roman, mes réponses aux cinquième et dernière questions comportent des spoilers...) Aurais-tu aimé rencontrer ce Casanova ? Pourquoi ? Oui, parce que l'auteur dépasse l'image de séducteur que l'on associe au personnage, pour en faire un Casanova "sur le retour", dont le corps révèle ses premières trahisons, qui réalise l'ampleur de sa solitude... Il incise ainsi la brillante carapace du mythe, le ramène à son statut d'homme, et le rend à la fois intéressant et touchant. J'ai d'ailleurs trouvé son choix plutôt malin : en faisant de Casanova son héros, il met d'emblée le lecteur dans un certain état d'esprit -on  s'attend de la part du personnage à certaines postures-, pour déconstruire ensuite cette première image qu'il lui a mis...

"La nuit du bûcher" - Sándor Márai

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"Qu'il puisse exister un homme qui ne croit pas en la Providence a quelque chose de troublant". "La nuit du bûcher" est la transcription d'une longue lettre que le narrateur, inquisiteur castillan de l'ordre des Carmélites, écrit à l'un de ses "frères" depuis son exil genevois. Il n'indiquera les raisons de cet exil qu'à la fin de sa missive. Auparavant, il revient sur le séjour qu'il fit à Rome à la charnière des seizième et dix-septième siècle. Pendant seize mois, il y fut accueilli par ses pairs de l'oratoire de San Giovanni Decolatto, où il s'instruisit des méthodes romaines en matière de lutte contre l'hérésie, en quête notamment de méthodes permettant de s'assurer de la sincérité de la conversion des apostats. L'étape ultime de son apprentissage lui permit d'assister, à la veille d'une giustizia , aux efforts déployés par les confortatori  pour amener le condamné à un repentir total et au...

"Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau" - László Krasznahorkai

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Jardin secret. Je continue ma découverte de László Krasznahorkai, dont le roman "Guerre et guerre" m'avait bouleversée, avec ce court texte au long titre dont l'énigmatique précision est bien à l'image de cette étrange histoire. L'histoire d'une quête, celle du petit-fils du prince Genji -il ne sera jamais désigné par son propre nom- qui, depuis qu'il a découvert dans un ouvrage l'illustration d'un jardin représentant à ses yeux une forme de perfection, n'a plus qu'une obsession : le trouver. Les recherches jusqu'alors menées dans ce but se sont révélées infructueuses. Cette fois, il a décidé de se rendre lui-même là où pourrait bien l'attendre ce jardin idéal. Pénétrant ainsi dans l'enceinte d'un monastère isolé, il découvre des lieux déserts, à l'architecture parfaitement ordonnancée, et protégé, conformément à d'ancestraux rituels de construction, " au nord par une montagne, au sud par un lac, ...

"L'héritage d'Esther" - Sándor Márai

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Le retour de l'amant prodigue. Ce sont des retrouvailles sans doute un peu tendues qui attendent Esther en ce dimanche : elle attend la venue de Lajos, qu'il lui a annoncée par courrier, après vingt ans d'absence. On comprend d'emblée, Esther étant la narratrice, que son histoire avec Lajos fut douloureuse. Ce dernier est présenté comme un menteur, prodigue en promesses jamais tenues. Mais il a aussi laissé le souvenir d'un être charismatique, d'un aventurier beau parleur et fort séduisant. Ces vingt dernières années, il a mené une vie de bohème avec ses deux enfants, qu'il a eus avec Vilma, la sœur d'Esther décédée depuis longtemps, et qu'il avait épousée pour d'obscures raisons. Esther n'est pas seule, elle est entourée de Nounou, sa vieille gouvernante, et de ceux qu'elle convie chaque dimanche à sa table, notamment son frère Laci et leur ami Gábor, qui ont bien connu Lajos. Ce dernier débarque avec ses enfants désormais a...

"La venue d'Isaïe" - László Krasznahorkai

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Je vous ai déjà dit tout le bien que je pense du roman " Guerre et guerre " de l'écrivain hongrois László Krasznahorkai. Ce que je vous avais caché jusqu'à présent, c'est qu'à la fin de ce récit, l'auteur invite le " lecteur solitaire, fatigué et sensible " à prolonger son plaisir en découvrant, en complément, "La venue d'Isaïe"... Après une première recherche infructueuse en librairie, j'ai laissé cette recommandation se nicher dans un recoin de mon esprit, jusqu'à ce que la lecture récente d'un autre titre de l'auteur suscite une furieuse envie de renouer avec l'intense émotion qu'avait provoquée en moi celle de "Guerre et guerre". J'ai donc fait l'acquisition de ce très court texte, qui se présente comme une lettre dans son enveloppe qu'aurait postée László Krasznahorkai à un destinataire non identifié...  On y retrouve Korim, le héros de "Guerre et guerre", ...

"La mélancolie de la résistance" - László Krasznahorkai

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"On se demandait si la fin du monde n'était pas imminente". Il s'agit de se fondre dans le rythme... ne pas tenter de contrer cette logorrhée constituée de longues phrases à propositions multiples -véritables leçons de ponctuation !-, emboîtant idées principales et digressions. Il faut laisser László Krasznahorkai vous prendre par la main pour vous entraîner dans cette effrayante sarabande qui, vous verrez, n'est pas si abrupte qu'il y paraît de prime abord... Il s'agit de se fondre dans son rythme... Vous êtes parachutés dans un lieu aux contours vaguement définis, parce qu’innommé, et que vous êtes laissés dans l'ignorance quant à l'époque à laquelle se déroulent les faits. L'auteur nous place ainsi dans un semblant d'égalité avec ses personnages, qui ont toutes les peines du monde à reconnaître leur ville depuis que des phénomènes insidieux mais pesants l'ont peu à peu transformée : accumulation de détritus sur les trottoirs...

"Le faon" - Magda Szabó

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Un intérêt tardif. Après la lecture de " La porte ", retrouver Magda Szabó était une évidence... Eszter est comédienne. "Le faon" est le long monologue intérieur qu'elle déroule, le temps de regagner son domicile depuis la maison d'une amie chez qui elle a passé la nuit, à l'attention de celui que l'on devine être son amant. On comprend rapidement qu'à l'instar d'Emerence, l'atypique héroïne de "La porte", Eszter est un personnage peu banal... Elle se dépeint elle-même comme égoïste, peu aimable. Elle prétend aussi se sentir "floue", insignifiante, comme si elle n'avait pas de personnalité propre. Elle en déduit que c'est ce qui lui confère le talent troublant avec lequel elle imite les autres, et habite littéralement les personnages qu'elle joue, sur scène ou dans la vie. Elle dévide son monologue avec une totale sincérité, n'édulcore ni ses pensées ni ses sentiments, se montrant parfo...

"La porte" - Magda Szabó

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A ouvrir en grand... "La porte" est le récit de la rencontre entre la narratrice et une femme hors du commun, puis de la relation à la fois difficile, complexe, et profonde, qui se noue entre ces deux personnages. Inspirée de son ancienne employée de maison, l'héroïne de Magda Szabó, Emerence, irradie le roman de sa personnalité déroutante et terriblement attachante.  Engagée par la narratrice -écrivain que son besoin de concentration rend incapable d'entretenir un foyer- sur les conseils d'une amie, Emerence la servira vingt années durant. Déjà relativement âgée lorsqu'elle entre à son service, elle est très populaire et respectée dans le voisinage. Occupant la fonction de concierge dans la résidence où viennent d'emménager ses nouveaux patrons, elle travaille également au sein de plusieurs autres familles. Les premiers contacts sont compliqués, voire conflictuels. Emerence impose d'emblée ses conditions. Elle choisit ses horaires...

"Les oiseaux de Verhovina" - Adám Bodor

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Incursion hors zone de confort. Les codes qui régissent l'univers des "Oiseaux de Verhovina", comme les éléments d'un contexte qui nous permettraient de comprendre les faits qui y sont évoqués, ne nous sont pas dévoilés d'emblée. Ainsi, dans un premier temps, son narrateur, Adam, donne l'impression de s'exprimer par énigmes, d'autant plus que les événements qu'il relate, tout comme les personnages qu'il évoque, sont d'une étrangeté qui les dote d'une dimension légèrement surnaturelle. C'est peu à peu, en assemblant les différentes pièces du puzzle que déploie la voix d'Adam, au fil de chapitres qui se présentent comme une suite d'anecdotes sur des faits qui l'ont marquée, sur ses mythes fondateurs ou ses figures célèbres, que nous faisons véritablement connaissance avec la petite communauté de Jablonska Poljana. Isolé au cœur des montagnes qui l'entourent, Jablonska Poljana est un village oublié, où le...

"Etre sans destin" - Imre Kertész

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"... si toute la connaissance nous tombait immédiatement dessus, sur place, il est possible alors que ni notre tête ni notre cœur ne pourraient le supporter..." Comment, face à l'impossibilité de faire partager à autrui l'exacte dimension de ce qu'on a vécu, exprimer l'horreur ?  Et comment, lorsque l'on évoque cette horreur a posteriori, restituer la façon dont elle a été découverte et perçue in situ ? Telle est la tâche à laquelle s'attelle Imre Kertész dans "Etre sans destin", où il revient sur l'expérience de sa déportation. A l'âge de quinze ans, l'adolescent hongrois est déporté à Auschwitz puis à Buchenwald. Son souci de fidélité, de justesse, l'amène à vouloir se débarrasser de tout ce qui, dans son jugement d'adulte, dans le recul pris avec les années, modifie, fausse sa perception de ce qu'il a vécu dans les camps. Pour cela, il se contente le plus souvent de dépeindre des faits, comme s'il...