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Affichage des articles associés au libellé Belgique

"Je ne suis pas là" - Lize Spit

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"Simon faisait partie des rares personnes à être plus belles de près que de loin." Le récit, porté par la voix de Leo, fait des allers-retours entre trois temporalités. La première est celle de sa rencontre avec Simon et des débuts de leur vie de couple.   Alors étudiants, c’est un deuil similaire qui les rapproche, celui de leur mère. Lorsqu’il perd la sienne, cela fait deux ans que Leo peine à faire son deuil d’une femme qui aura passé sa vie d'adulte à subir un époux autoritaire et exclusif. Immédiatement, une osmose nait de leur solitude et de leur détresse communes. Leur relation est empreinte d’une familiarité et d’une tolérance qui repousse toute gène et tout dégoût, l’autre étant accepté et aimé dans une entièreté qui inclus ses pires manies, ou les moins ragoutantes de ses sécrétions. Leur union se renforce au fil des nombreux rituels communs qu’ils instaurent, allant jusqu’à s'inventer leur propre langage. La seconde est celle du moment de bascule qui ...

"Devant Dieu et les hommes" - Paul Colize

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"Un jury est un groupe de douze personnes d’ignorance moyenne, réunies par tirage au sort pour décider qui de l’accusé ou de la victime, a le meilleur avocat (H. Spencer)." Septembre 1958. Le procès dit "de Marcinelle" s’ouvre à Charleroi. L’affaire jugée est survenue deux ans auparavant, à l’occasion d'une catastrophe minière ayant coûté la vie à plus de 250 hommes. Donato Renzini et Francesco Ercoli sont les accusés. Ces deux mineurs italiens, qui ont survécu à la catastrophe, auraient profité du chaos pour assassiner leur contremaître, avec lequel ils entretenaient une relation conflictuelle. C’est par les yeux de Katarzyna, journaliste au Soir d’origine polonaise (ça a son importance), que nous suivons l’événement, qui fait grand bruit parmi l’opinion publique comme dans les médias. La jeune femme est d’ailleurs très étonnée d’avoir été choisie pour le couvrir, ayant repoussé les avances de son supérieur et sachant d’expérience que les rares femmes officiant...

"Mythologie du .12" - Célestin de Meeûs

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"Les grandes fenêtres bleues renvoyaient les rayons obliques du soleil et l’asphalte du parking fondait, formant de petites flaques de goudron noir, nauséabondes, auréolées de halos jaunes, verts et violets (…)"   Célestin de Meeûs, dans ce texte à la langue aussi souple que précise, fait se rejoindre deux trajectoires que les circonstances vont rendre antagonistes. Celle de Théo est une trajectoire à venir. Il est à l’aube de sa vie d’adulte. Les résultats du Bac, qu’il vient de passer, décideront de sa poursuite d’études ou de son entrée dans la vie professionnelle. Il préfère pour l’instant éviter de faire des plans sur la comète, même s’il se prend à rêver de départ. En attendant, c’est le premier jour de l’été, plus précisément un début de soirée. Il est avec son pote Max sur le parking d’un centre commercial où ils fument des joints et enchainent les bières avant de rouler au hasard, Max racontant avec fanfaronnade sa beuverie de la veille. Théo l’écoute d’une oreille d...

"Kérozène" - Adeline Dieudonné

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"A peu de choses près, notre civilisation tient sur le respect des actes de propriété. Et des déclarations TVA." Une nuit d’été. Il est 23 heures passées. Une station-service en bord d’autoroute. En cet instant précis s'y trouvent, " en comptant le cheval mais sans le cadavre ", quatorze personnes. C'est ainsi que ça commence. Comme un rideau s’ouvrant sur un ballet dont les mouvements, composés d’une valse de gestes et de prénoms, nous sont, en l’absence de contexte, incompréhensibles. On ressent un vague paradoxe, suscité par l’opposition entre la trépidation qui émane des allers venues et des changements d’acteurs, et l’immuabilité du lieu, qui se dresse tel un phare dans l’anonymat obscur de l’autoroute.  Adeline Dieudonné se lance ensuite, scène après scène, dans une entreprise de reconstitution. Elle s’attarde alors sur chacun des personnages, dévoilant les circonstances à l’origine de leur présence en ce lieu et à ce moment : une professeure de pole d...

"Mahmoud ou la montée des eaux" - Antoine Wauters

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"Le monde, cette beauté détruite par la peur." Chaque matin, Mahmoud enfile palmes, masque et tuba pour plonger dans le lac el-Assad, formé par la construction, au début des années 1970, du barrage de Tabqa. Il a alors englouti le village de son enfance, arbres, maisons et souvenirs… c’était au temps du président Hafez, qui voulait faire entrer la Syrie dans la modernité. Il raconte ses plongées au fantôme de sa femme Sarah : le sentiment de mourir à chaque immersion dans l’eau froide malgré le soleil, sa manière de se concentrer à la fois sur la beauté et sur la résonnance du traumatisme qui le hante. Car Mahmoud est un homme brisé, qui plonge pour fuir un présent que le deuil et la guerre lui ont rendu insupportable. Sous l’eau, il convoque les images de bonheurs passés, celles du temps où il était poète et qu’avec Sarah ils avaient séjourné à Paris, celles du rire et des jeux de ses enfants, moments conviviaux passés au café Farah, dont les vestiges gisent au fond de l’eau...

"Malpertuis" - Jean Ray

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"Elle sue la morgue des grands qui l’habitent et la terreur de ceux qui la frôlent." On trouve dans ce roman paru en 1943 plusieurs ingrédients des classiques de l’horreur et du fantastique : une maison hantée et ses fantômes ; une entame à la fois mystérieuse et destinée à donner au récit qui va suivre une caution de réalité, puisqu’il serait la transcription de manuscrits trouvés par un premier narrateur, dont l’enchâssement confère au texte une dimension labyrinthique. Cela débute avec l’agonie de l’abject "oncle Cassave", dont le testament perpétue post mortem l’expression de son autorité malveillante. Sont présents à sa lecture les trois sœurs Cormelon, portant les voiles d’un sempiternel deuil ; le cousin Philarète, toqué de taxidermie ; le couple Dideloo et leur fille Euryale, dont la rousse et condescendante beauté obsède le deuxième narrateur, le jeune Jean-Jacques Grandsire. La sœur de ce dernier -la fière et rebelle Nancy- ainsi que Mathias, le commis ave...

"Le Livre de Daniel" - Chris de Stoop

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"En 2014, selon une enquête de Harvard et de l’Université de Virginie, la plupart des hommes préfèreraient s’administrer une décharge électrique que de se retrouver seuls avec leurs pensées, sans smartphone ni autre distraction." En avril 2019, le journaliste Chris de Stoop est partie civile au procès des meurtriers de son oncle Daniel Maroy, chargé d’y représenter les descendants de la victime, et de défendre leurs intérêts. Il se replonge ainsi dans le sordide fait divers qui a cinq ans plus tôt mis un point final à l’existence de son parent alors âgé de 84 ans. C’était en mars 2014, à la mi-carême. Après avoir travaillé toute la journée dans sa ferme et nourri ses vaches, Daniel s’est rendu au supermarché, où il a comme chaque semaine discuté avec les employés du rayon boucherie. De retour chez lui, il a été assommé à coups de fourche par une bande de jeunes qui, avant de lui voler ses économies, ont filmé la scène. Doutant de la mort du vieillard suite à cette agression, ...

"La neige était sale" - Georges Simenon

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"Au fond, ils ont tous un peu peur de lui parce qu’il est en train d’aller jusqu’au bout." Je ne pouvais laisser passer un Mois belge sans la lecture d’un des romans "durs" de Simenon… C’est un titre où contexte et personnage principal s’imbriquent dans une intrigue plombée de grisaille et de cruauté. Dans la France de l’Occupation, Franck est comme un poisson dans l’eau. A dix-neuf-ans à peine, il offre une apparence a priori peu impressionnante, avec sa grosse tête bouclée sur un corps petit et mince. Il est pourtant effrayant. C’est un individu sans morale, paresseux, brutal et sournois, qui n’a de pitié pour personne, et n’en veut pas pour lui-même. Il est comme dénué de tout sentiment. Le plus étonnant chez lui, c’est son calme : il ne s’agite et n’élève jamais la voix. Il vit chez sa mère qui tient un bordel à domicile, au troisième étage d’un immeuble où personne ne les salue, car ils inspirent le mépris. Les filles ont entre seize et dix-huit ans. Plus âgées...

"Le chien jaune" - Georges Simenon

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"Maigret était placide. Il était même, énorme sur sa petite chaise, une statue de la placidité." La petite ville fortifiée de Concarneau, habituellement tranquille, est soudainement plongée dans une atmosphère de drame suite au coup de feu tiré sur un citoyen respectable et sans histoire alors qu’il rentrait chez lui après une soirée passée avec des amis au Bar de l’Amiral. Et ce n’est que le début d’une série d’événements aussi inquiétants qu’inexplicables qui plongent bientôt la cité dans l’effroi : on retrouve du poison dans une des bouteilles de Pernod destinée aux clients du bar susnommé, puis l’un des compères de la victime de l’agression disparaît, laissant derrière lui une voiture aux sièges ensanglantés. L’enquête est confiée au Commissaire Maigret, qui, je ne sais plus pour quelle raison, est détaché dans la région. Il y est accompagné de Leroy, jeune inspecteur frais émoulu de l’école de police, qui, fort consciencieux, s’attache à recueillir témoignages et indices...

"L’été sans retour" - Giuseppe Santoliquido

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"… les passions s’affrontent selon les règles du monde où elles surgissent." Sandro, le narrateur, revient à Ravina, dans la région de la Basilicate (tout au sud de l’Italie), après quinze ans d’absence. Il a longtemps considéré ce lieu comme indissociable de son existence, s’y sentant ancré, amoureux de ses paysages et persuadé que s’y trouvaient les siens. C’est du moins ce qu’il croyait jusqu’à ce que certains événements le poussent à le quitter. Mais avec ce retour, ce n’est pas tant de lui qu’il veut parler que de Pasquale Serrai, l’homme qui lui a sauvé la vie avant de le recueillir lorsqu’il est devenu, à quinze ans, orphelin. Ils étaient tous deux dans la voiture dont l’accident coûta la vie aux parents de Sandro. Lié au père de ce dernier par une amitié aussi loyale que silencieuse, Pasquale était un homme sauvage, taiseux, écrasé par la conviction de son infériorité, et en même temps capable de tous les débordements. Habitué dès l’enfance à subir l’oppression d’un o...

"L’apparence du vivant" - Charlotte Bourlard

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"Madame remue dans sa chaise, elle veut voir comment on pourrit. Je dépose un euro dans l’herbe. Il résiste. J’ajoute un prospectus sur les Voies de la Vérité. Il enlève le plastique. Ça dégouline. Une flaque de pus arrose quelques pâquerettes. En grattant un peu, il pourrait nourrir les poissons." Elle est entrée il y a plusieurs années au service du couple Martin, alors qu’elle recherchait des personnes âgées acceptant de se faire photographier nues. Mme Martin a répondu favorablement à sa petite annonce ; elle ne l’a plus quittée. Précisons que le terme de "couple", pour évoquer les Martin, n’est sans doute pas tout à fait approprié, dans la mesure où l’une de ses moitiés n’est plus qu’une enveloppe corporelle empaillée… ce qui n’empêche pas madame de faire comme si monsieur était toujours vivant, lui dressant son couvert à table, mettant ses pantoufles au pied du canapé et se couchant chaque soir à ses côtés pour se blottir dans ses bras. Elle-même se délite, le...

"La vraie vie" - Adeline Dieudonné

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"La vie est une grande soupe dans un mixer au milieu de laquelle il faut essayer de ne pas finir déchiqueté par les lames qui vous attirent vers le fond." C’est l’un des pavillons gris, alignés comme des pierres tombales, qui composent le "Démo". Initialement habité par l’architecte à l’origine du lotissement, il en est le plus grand et le plus lumineux. Et puis il est pourvu d’une cave, privilège non négligeable puisqu’il évite de vivre dans l’odeur constante de moisissure que l’humidité introduit dans les autres maisons. Ce n’est pas pour autant qu’on y vit plus heureux… Le père, homme brutal à la carrure d’équarisseur et aux mains de géant, a trois passions : la chasse, la télé et le whisky. L’une des pièces de la maison, interdite au reste de la famille, est d’ailleurs dédiée à ses trophées, macabre musée personnel empli des vestiges de traques lointaines. La mère, femme maigre aux cheveux mous, est si insignifiante qu’elle évoque une forme de vie primitive, une...

"Trois chambres à Manhattan" - "Au bout du rouleau" - "La pipe de Maigret" - Georges Simenon

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Le Mois Belge est devenu l’occasion d’un rendez-vous annuel avec un auteur incontournable mais pourtant découvert en ce qui me concerne sur le tard. Pour rattraper cette lacune, et dans un irréaliste excès d’optimisme quant à ma capacité à venir à bout des piles de livres encombrant ma bibliothèque, j’acquiers peu à peu l’anthologie parue chez Omnibus reprenant dans l’ordre chronologique et de manière quasi exhaustive l’œuvre romanesque de Georges Simenon. Bon, j’en suis toujours, trois ans après l’avoir entamée, au premier volume de ladite anthologie (qui en compte 27), mais voyons le bon côté des choses (ou le verre à moitié un millième plein, c’est selon) : c’est non pas un, mais trois titres, que j’ai lus pour cette édition 2022 du Mois Belge.  Les deux premiers (comme ceux lus en 2020 : "La fenêtre des Rouet" et 2021 : "La fuite de monsieur Monde") font partie de ce que l’on désigne comme ses "romans durs". L’auteur en a écrit 117 au total, se déroul...

"Zinc" - David Van Reybrouck

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"Concasser. Pulvériser. Fondre. Marteler, tréfiler, laminer. Que l'Histoire ne fait-elle pas subir à une vie humaine ? Et pourtant il est des formes de résistance." C’est l’histoire d’un minuscule territoire -d’un peu plus de trois kilomètres carrés-, de la forme d’un triangle, coincé entre la Belgique, Les Pays-Bas et l'Allemagne. Il est créé en 1816 lors du "Traité des limites" d'Aix-la-Chapelle, les Pays-Bas et la Prusse ne parvenant à s’entendre sur la souveraineté de la municipalité de Moresnet qui abrite une mine de zinc considérée comme la plus riche d’Europe. Alors on la scinde en trois : une partie pour les Pays-Bas, une pour la Prusse, et la dernière sur laquelle il est impossible de se mettre d’accord devient, sous le nom de Moresnet-Neutre, conjointement contrôlée par les deux états. Au gré des remous d’une Histoire marquée par une révolution (belge, en 1830) et les guerres mondiales du XXème siècle, ce territoire changera de mains à plusieur...

"Concerto pour 4 mains" - Paul Colize

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"Ce qui compte, ce ne sont pas les années qu'il y a eu dans une vie mais la vie qu'il y a eu dans les années." (Abraham Lincoln) Février 2013 : un fourgon de la Brinks transportant des diamants est attaqué à l’aéroport de Zaventem (près de Bruxelles). L’opération s’est déroulée en moins de trois minutes, sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré, et a rapporté aux braqueurs un butin estimé à plusieurs millions. Autant de raisons qui hisseront ce braquage au rang de "casse du siècle" dans les annales criminelles. Il est par ailleurs pour Paul Colize le point de départ d’une intrigue faites d’allers-retours entre passé et présent, se focalisant sur deux personnages sans lien apparent l’un avec l’autre. Jean Villemont a pris l'habitude, étudiant, de compenser son manque de particularité en portant des chapeaux de formes et de couleurs diverses, et des gants couleur beurre frais. Il en est devenu, à son grand ravissement -puisqu’on le remarquait enfin-, la risé...

"La fuite de Monsieur Monde" - Georges Simenon

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"Tout ce qu’elle avait dit au commissaire était vrai, mais il arrive que rien ne soit plus faux que la vérité". Suite de ma découverte de Georges Simenon, avec dans l’ordre la lecture du tome 1 de l’anthologie publié chez Omnibus, regroupant des romans publiés en 1945. Et "La fuite de Monsieur Monde" compte pas mal de points communs avec " La fenêtre des Rouet ", à commencer par la dimension a priori insignifiante de son personnage principal. Ce jour-là, Norbert Monde a quarante-huit ans. Mais personne n’y a pensé. Ni sa femme, encore au lit au moment de son départ pour le bureau, ni son fils, qui l’y rejoint plus tard sans même prendre la peine de passer lui dire bonjour, ni sa fille, qui l’appelle dans la journée parce qu’elle est, comme d’habitude, à court d’argent. Même son vieux et fidèle caissier a oublié l’événement… Norbert est l’héritier et le dirigeant d’une entreprise florissante d’import-export, créée par un de ses aïeux plus d’un siècle ...