Articles

Affichage des articles associés au libellé Australie

"Je pleure encore la beauté du monde" - Charlotte McConaghy

Image
"La forêt a un cœur battant que nous ne voyons pas." Inti Flynn, biologiste, chapeaute un programme de réintroduction du loup dans les Highlands écossais, région que, comme la plupart des membres de son équipe, elle découvre à l’occasion de ce projet. Fille d’une australienne et d’un canadien qui se sont rapidement séparés après la naissance de leurs jumelles, elle entretient avec sa sœur Aggie une relation fusionnelle, notamment depuis que cette dernière, suite à un traumatisme dont on découvre ultérieurement l’origine, est devenue mutique et incapable de mettre un pied dehors, voire, certains jours, de sortir de son lit. Elles communiquent à l’aide d’une langue des signes qu’Aggie, encore enfant, avait inventée à leur seul usage. Elles ont grandi aux côtés d’une mère dure à cuire, citadine jusqu’au bout des ongles, et qui, marquée par sa fonction d’inspectrice de brigade criminelle, s’est efforcée d’aguerrir l’hypersensible Inti, atteinte d’un rare syndrome dont la cara...

"Stasiland" - Anna Funder

Image
"Que ressent-on quand on réalise que nos parents nous ont élevés dans le culte d'un régime auquel ils ne croyaient pas eux-mêmes ?" Hiver 1996. Anna Funder, jeune australienne, travaille à Berlin pour une chaîne de télévision où elle répond au courrier des téléspectateurs. C’est à la lecture de certaines de leurs lettres qu’elle décide d’enquêter sur une sombre période de l’histoire allemande, plus précisément sur ce pays qui n’existe plus depuis seulement 35 ans : la République Démocratique Allemande (RDA). Elle passe une annonce pour recueillir des témoignages, visite certains lieux emblématiques de l’ex-Allemagne de l’Est (ses prisons, son parlement…). Elle nous entraîne dans des ambiances grisâtres, des endroits caractérisés par une austérité triste et vieillotte que symbolise le lino marron que l’on retrouve dans la plupart des édifices est-allemands. Son but est de " donner une perspective sur un monde perdu et différentes formes de courage qu’il a engendrées ...

"L’appel du cacatoès noir" - John Danalis

Image
"Les morts ont des droits (…). Ils ont le droit d’être couchés dans leur dernière demeure et de reposer en paix, dans leur propre pays, de façon à pouvoir entrer dans le monde des esprits et devenir un avec leur mère, la Terre". Le hasard a mis au même moment dans ma bibliothèque deux titres évoquant une même thématique, pourtant peu abordée en littérature, celle de la condition des aborigènes australiens. J’ai jugé d’autant plus intéressant de les lire d’affiliée qu’ils abordent ce sujet sous deux angles différents. Il a précédemment été ici question du récit de Stan Grant , célèbre journaliste australien d’ascendance aborigène, qui y évoque la douleur subie par son peuple face à l’absence de reconnaissance de leur présence multimillénaire sur le territoire australien, et du reniement de leur citoyenneté à part entière. John Danalis est quant à lui un australien blanc. Après avoir essayé des tas de boulots sans trouver sa voie professionnelle, marié et père de deux fillettes...

"Sourde colère – Un aborigène indigné" - Stan Grant

Image
"L'Australie est plus grande que nous tous, et nous ne la tenons qu'un court instant entre nos mains avant de la remettre à nos enfants." Répondez le plus spontanément possible à la question suivante : comment imaginez-vous les australien(ne)s ? Il y a fort à parier que le résultat ait à voir avec la représentation d’individus de type européen. C’est d’ailleurs ainsi qu’aurait également réagi la plupart des Australiens eux-mêmes à cette question. Car ainsi que le démontre Stan Grant dans cet essai aussi bouleversant que passionnant, l’Australie a toujours été considérée comme si, à l’arrivée des colons britanniques, elle avait été une terre vierge à accaparer. L’ignorance -sans doute déni est-il un terme plus juste- quant à l’histoire de leur territoire, a convaincu les australiens blancs d’occulter le fait que cette île qu’ils considèrent comme la leur était en réalité peuplée depuis plus de 40 000 ans. Le mythe national s’est construit en conséquence, basé sur la pr...

"Triple Zéro" - Madeleine Watts

Image
"Peu importe ce qu'on fait, l'urgence vous tombe dessus." J’hésite entre qualifier de bonne ou de mauvaise l’idée de lire "Triple Zéro" à un moment où les circonstances de la vie réelle entraient en écho avec celles de la fiction. Bonne dans le sens où les sensations physiques et l’abattement moral provoqués par les fortes chaleurs estivales et les effets (odeur âcre et persistante, images mentales permanentes de génocide animal…) des incendies sévissant à quelques kilomètres de chez moi étaient ainsi au diapason de l’atmosphère brûlante du roman ; mauvaise si l’on considère que cette lecture a exhaussé l’inconfort et la déprime déjà installés dans le quotidien… La narratrice revient sur sa dernière année d’études à Sydney, pendant laquelle, pour des raisons financières, elle a travaillé au standard du "Triple Zéro", service d’accueil téléphonique d’urgence, servant d’intermédiaire dans la mise en relation entre les appelants et les pompiers, la po...

"L'odeur d'un arbre sans fleurs" - Richard Flanagan

Image
"Sonja fuyait, non pour échapper à ce qu'elle était, mais pour y revenir". C'est l'histoire d'un retour, en quête de réponses à des questions qui n'ont jamais été posées, d'une réparation dont la conscience n'a pas encore formulé le besoin.  (...) Tasmanie, années 50. Pour assouvir la fièvre des barrages dont est alors atteint l’Australie, les autorités y font venir pour leur construction des immigrés européens -majoritairement slaves- qui ont laissé derrière eux des pays dévastés par la guerre, rêvant de stabilité, de prospérité, de temps plus faciles et plus paisibles, espoir qui s'amenuisera peu à peu. Dans une tentative illusoire pour adoucir le souvenir de leurs morts, des humiliations, des violences, ils s’efforcent de s'intégrer dans cette contrée inhospitalière où tout semble provisoire hormis la forêt tropicale et les montagnes sauvages qui les entourent. Une contrée qui va les façonner, mais aussi les user.   Bojan Buloh fait part...

"Canicule" - Jane Harper

Image
 Il suffira d’une étincelle… Kiewarra, bourgade rurale du sud-est australien, est écrasée par une sécheresse implacable, durable, qui a tari les rivières et décharné le bétail. Les fermiers, endettés, sont sur le point de sombrer dans la folie ; les murs de l’école affichent des dessins d’enfants aux couleurs sombres, dont la tristesse exprime le marasme ambiant. La ville elle-même est comme calcinée, avec ses rues mortes et ses commerces en faillite, rappelant le désespoir de ses habitants qui se sentent délaissés par une capitale trop lointaine, et deviennent des proies faciles pour l’alcoolisme et la dépression.  C’est dans ce contexte que revient Aaron Falks après 20 ans d’absence. Parti à Melbourne l’année de ses seize ans, il y a depuis fait carrière dans la police financière, et y mène une vie solitaire, tranquille mais sans éclat. L’événement à l’origine de ce retour est macabre : Luke, son ami d’enfance, s’est suicidé après avoir abattu sa femme et son fils à coups de...

"Angelus" - Tim Winton

Image
Ce qu'on traîne et ce qu'on laisse... Angelus est une ville (fictive) du sud-ouest de l’Australie, inspirée de celle d’Albany, où Tim Winton a passé son adolescence. Mais ceci est un détail sans importance. D’Angelus même, de sa topographie, de son aspect -ses odeurs, ses couleurs-, nous ne saurons que le strict minimum, apercevant parfois les sinistres environs de son port baleinier, nous réchauffant face aux flammes d’un feu de joie allumé sur une de ses plages… Il faut dire que c’est surtout une ville que l’on quitte, pour échapper à ses démons, à ses échecs, ou à certain déterminisme social. Certains y reviennent lorsqu’ils sont blessés, comme dans un refuge qui a pour seule vertu d’être familier, d’autres pour flairer les relents de secrets qu’ils y ont enfouis ou pour se confronter enfin à ce qu’ils continuent de traîner comme un boulet, même partis à des milliers de kilomètres. Pour y régler leurs comptes en somme, souvent avec eux-mêmes… D’autres enfin préfèrent ...

"Ambiguïtés" - Elliot Perlman

Image
"Les bonnes idées qu'a pu produire l'humanité sont loin d'être aussi répandues que les excès pathologiques qu'elles ont engendrés". La lecture "d'Ambiguïtés" a confirmé ce que m'avait permis de découvrir celle de " La mémoire est une chienne indocile " : Elliot Perlman est un as de la fresque, expert dans l'art d'allier sans heurt densité et structure, de construire à partir de multiples points de vue un ensemble cohérent. Il utilise comme point de départ et comme fil rouge de son récit protéiforme un événement improbable : l'enlèvement par Simon Heywood, instituteur au chômage, du petit garçon de son ex-compagne Anna, avec laquelle il n'a plus de contacts depuis dix ans. L'enfant est rapidement rendu à ses parents sans avoir subi aucun dommage ni traumatisme. La dénonciation de Simon par sa petite amie du moment, qui exerce accessoirement le plus vieux métier du monde, enflamme les médias... mais là n...

"La mémoire est une chienne indocile" - Elliot Perlman

Image
De l'émotion, de la réflexion... Cela faisait longtemps que je n'avais pas été à la fois aussi profondément émue et passionnée par une lecture... (la dernière fois remonte sans doute à celle de  Confiteor ). Les thèmes abordés par Elliot Perlman ne sont pourtant pas inédits. Mais sa façon de le faire, sous forme de roman kaléidoscope, mêlant époques, lieux et personnages, et surtout le message qu'il lui permet de porter, font de "La mémoire est une chienne indocile", un texte justement mémorable... Au fil d'un incessant va-et-vient qui nous fait voyager entre passé et présent, d'Auschwitz à Manhattan, de Cracovie à Chicago, l'auteur nous fait entendre des témoins et victimes de la barbarie et de l'intolérance telles qu'elles se sont exprimées, au XXème siècle, sous les formes les plus terribles et les plus inacceptables. Il le fait par l'intermédiaire de personnages qui endossent ainsi la responsabilité de transmettre ces témoi...