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Affichage des articles associés au libellé Prix Nobel

"Le hameau" - William Faulkner

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"Son visage était aussi vide d’expression qu’une pâte à tarte avant la cuisson." "Le hameau" est le premier volet de la trilogie dite "des Snopes", que complètent "La ville" et "Le domaine". Ce titre est lui-même scindé en quatre parties -ou quatre "livres", ainsi qu’elles sont intitulées- qui pourraient se lire indépendamment les unes des autres, mais que l’auteur, avec cette parfaite maîtrise de la construction qu’on lui connaît, lie. On est dans le comté (fictif) de Yoknapatawpha, familier aux lecteurs de l’écrivain. Le hameau est celui de Frenchman’s Bend, isolé au fond d’une vallée fertile où l’on cultive le coton et le maïs (pour son alcool). Plus ou moins coupé du reste du monde, il est régi par ses propres lois, et les agents fédéraux n’y sont pas les bienvenus ; les noirs évitent eux aussi de s’y aventurer. Will Varner est le personnage le plus important du pays. Il en est le plus gros propriétaire terrien, et a...

"Jeu sur tambours et tambourins" - Olga Tokarczuk

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"M. affirmait que la folie est une adaptation personnelle et saugrenue au monde." Me voilà bien embêtée pour rédiger mon avis sur ce recueil lu il y a quatre semaines environ, dont j’avoue avoir gardé bien peu de souvenirs, si ce n’est celui d’un contenu hétéroclite et d’une lecture parfois laborieuse… Me voilà donc en quête de cohérence, aidée par les très nombreux post-it (l’ouvrage compte vingt-deux textes…) laissés à certains endroits. Et c’est maintenant que je reprends rapidement connaissance de ces histoires que s’en dégagent des fils conducteurs, dont certains sont finalement évidents. Le premier est celui de la place qu’occupe l’art, notamment la littérature, dans nos vies, et la nature de nos rapports avec la création et la fiction. Dans le premier texte (un des rares qui m’a marquée), la lectrice d’un roman à la Agatha Christie, avec réunion de personnages dans un château transformée en résidence d’écriture, s’agace de la lenteur de l’intrigue et décide d’agi...

"Le dernier loup" - László Krasznahorkai

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"(…) l’amour des animaux est le seul amour qui ne déçoive jamais l’homme, ça veut dire quoi ?" Le texte est constitué sur ses soixante-quinze pages d’une phrase unique, un long monologue que le narrateur déroule, tout en buvant de la bière, à l’intention du barman du Sparschwein , situé dans un quartier populaire de Berlin aux murs couverts de graffitis et aux trottoirs gluants de crachats, peuplé de toxicomanes. Le ciel, gris et sinistre, renforce la morosité ambiante. L’auteur de cette tirade, ancien universitaire, a délaissé la philosophie et l’écriture depuis qu’il a acquis la conviction que la pensée, à force d’appauvrissement, est finie, et que les livres sont gonflés de mots vains et de logiques déprimantes. Il a donc été très surpris de recevoir l’invitation d’une obscure Fondation à venir séjourner une à deux semaines en Estrémadure afin d’écrire sur cette région. Ce territoire du sud-ouest espagnol aride, austère et peu peuplé, réputé pour être un foyer de pauvr...

"Le baron Wenckheim est de retour" - László Krasznahorkai

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"La question n’est pas de savoir pourquoi il faut mourir, mais pourquoi il faudrait vivre." La première scène du roman nous transporte à la Ronceraie, zone de broussailles enchevêtrées en périphérie de la ville, où s’est retiré Le Professeur, qui y vit dans une cabane en polystyrène qu’il s’est fabriqué. Dire que la tranquillité qu’il est venu y chercher est, pour l’heure, troublée, est un euphémisme. Une jeune femme descendue de la capitale mène un siège face à sa bicoque pour lui rappeler ses devoirs paternels, réclamant à l’aide d’un panneau qu’elle brandit en vociférant dans un haut-parleur "Justice et Réparation". La presse est présente, et toute la ville commente l’événement… Et puis, comme souvent avec László Krasznahorkai, on passe à autre chose. Il faut dire qu’une incroyable nouvelle est venue éclipser ce fait divers, celle du retour du baron Wenckheim. Agé de soixante-cinq ans, ce natif du pays a passé la majeure partie de sa vie en Argentine. Cette annon...

"La végétarienne" - Han Kang

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" J ’ai l’impression que je suis devenue quelqu’un d’autre qui jaillit du fond de moi pour me dévorer." C’est par trois regards successifs que nous approchons l’héroïne du roman de Han Kang. C’est son (insupportable) époux qui s’exprime d’abord, insistant sur sa parfaite banalité, la prétendant dépourvue de charme comme de tout défaut notable. C’est d’ailleurs cette absence de singularité qui l’a poussé à l’épouser. Il a ainsi évité que la personnalité de sa conjointe fasse de l’ombre à la sienne, tout aussi terne, et s’est assuré de sa docilité dans l’accomplissement des tâches lui incombant, et se résumant à prendre soin de son mari. Et voilà qu’un matin, cette femme dont l’unique transgression consistait à ne pas porter de soutien-gorge refuse soudainement d’ingérer tout aliment d’origine animale. Aucune justification concrète ne vient expliquer ce comportement, elle précise simplement avoir "fait un rêve". Plus qu’une décision, c’est un impératif, qui s’impose à...

"La tante Julia et le scribouillard" - Mario Vargas Llosa

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"(…) les livres sortaient de cette petite tête obstinée et de ces mains infatigables, l'un après l'autre, à la mesure adéquate, comme des chapelets de saucisses d'une machine." Varguitas, narrateur et double de l’auteur, revient sur une période de sa jeunesse.  Nous sommes dans les années 1950, et il étudie alors le droit, sans grande conviction mais avec résignation (se soumettant au souhait de sa " cancéreuse famille "), à l’université de Lima (lui aurait préféré devenir écrivain). Pour arrondir ses fins de mois, il rédige et diffuse les actualités à l’antenne de Radio Panama, des bulletins d’une minute chaque heure, ce qui lui laisse le temps de suivre ses cours à la fac, mais aussi et surtout de traîner dans les couloirs de Radio Central, dont son patron est également propriétaire. Autant Radio Panama, snob et cosmopolite, se veut moderne en diffusant essentiellement du jazz et du rock, autant Radio Central est plébéienne, voire populacière. On y pas...

"Les raisins de la colère" - John Steinbeck

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"(…) craignez le temps où l’humanité refusera de souffrir, de mourir pour une idée, car cette seule qualité est le fondement de l’homme même, et cette qualité seule est l’homme, distinct dans tout l’univers." En évoquant le destin d’une famille de paysans américains contrainte à l’exode dans son propre pays, John Steinbeck nous livre le récit d’une mutation révélatrice du mouvement irrépressible et dévastateur initié depuis déjà plusieurs années : celui de l’avènement du capitalisme. En ce début des années 1930, la Grande Dépression et le Dust Bowl ont fait des ravages dans le centre des Etats-Unis. Pris à la gorge, les petits agriculteurs peinent à tirer bénéfice de leurs terres. La petite exploitation n’est plus au goût du jour, le métayage a fait son temps. Les terres sont rachetées par des banques et des compagnies anonymes, qui en chassent les métayers ou les petits propriétaires qui ne peuvent plus rembourser leur emprunt. Ils sont remplacés par des machines, qui ont l’...

"La chronique de Belgrade" – Ivo Andrić

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"Marcher malgré le danger, voire le chercher et s’y plonger, voilà ce que signifiait se libérer." Dans un premier temps, je me suis questionnée sur la vision qu’Ivo Andrić avait des femmes… Les deux nouvelles qui ouvrent le recueil mettent en scène des tyrans domestiques aux traits presque caricaturaux, dont le physique repoussant n’a d’égal que la laideur de leur caractère.  Cela donne lieu à de féroces descriptions certes savoureuses… L’une est affublée de " courtes jambes, (d’un) triple menton (et d’une) petite moustache drue, de strates de graisse abondantes en quantité peu commune et à des endroits inattendus ", l’autre, également courtaude, pourvu d’un " visage blême et adipeux ", déploie une " énergie agressive malgré ses jambes éléphantesques ". … mais le recours à ces viragos, dont on comprend rapidement qu’il est prétexte à mettre en évidence, en créant une opposition entre ces héroïnes et leurs discrets époux, les qualités a priori inv...

"Le désert de l’amour" - François Mauriac

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"Nous avons tous été pétris et repétris par ceux qui nous ont aimés et pour peu qu’ils aient été tenaces, nous sommes leur ouvrage, - ouvrage que d’ailleurs ils ne reconnaissent pas, et qui n’est jamais celui qu’ils avaient rêvé." Un soir à Paris, dans un bar de la rue Duphot, apparaît, accompagnée de son mari, Maria Cross. Raymond Courrèges n’en croit pas ses yeux, il a si longtemps rêvé de cette rencontre pour pouvoir assouvir sa vengeance envers cette femme qui l’a humilié, presque vingt ans auparavant... La présence de Maria, qui ostensiblement l’ignore, fait naître des images qu’il n’a pas envie de contempler mais qu’il ne peut que subir. Au fil des souvenirs ainsi convoqués, nous découvrons les événements à l’origine du ressentiment haineux de Raymond.  C’est l’époque de sa jeunesse bordelaise. Fils et petit-fils de médecin, son goût trop prononcé pour les plaisirs à satisfaction immédiate l’a détourné de toute velléité de carrière. Il aime dominer ses camarades, auprès...

"L’œil le plus bleu" - Toni Morrison

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"Etant une minorité à la fois comme caste et comme classe, nous vivions sur l'ourlet de la vie en luttant contre notre faiblesse et en nous battant pour nous accrocher ou pour grimper sans aide dans les grands plis du vêtement. Mais nous avions appris comment nous y prendre avec notre existence périphérique - sans doute parce que c'était abstrait." L’intrigue se déroule sur quatre saisons, mais en même temps, à la "manière Morrison" elle déborde, au gré de flash-backs, s’engouffrant dans des digressions qui finissent par ne plus en être. La narratrice, Claudia, dix ans, vit à Lorrain, bourgade industrielle de l’Ohio, dans les années 1940. Elle observe la petite communauté qui l’entoure, restitue les événements en s’efforçant de traduire les images mentales qu’ils suscitent en elle. C’est parfois confus pour le lecteur, mais cela confère au texte une spontanéité et une profondeur hautement crédibles, en même temps qu’est ainsi traduite l’opacité dont les acte...

"Les pérégrins" - Olga Tokarczuk

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"Balance-toi, remue-toi ! Bouge ! Y a que comme ça que tu pourras lui échapper. Celui qui dirige le monde n'a pas de pouvoir sur le mouvement. Il sait que notre corps en mouvement est sacré. Tu lui échappes que quand tu bouges. Il n'a de pouvoir que sur ce qui est immobile et pétrifié, sur ce qui est passif et inerte." Les pérégrinations du roman d’Olga Tokarczuk sont d’une surprenante diversité. Il est d’ailleurs lui-même une pérégrination, en forme de coq-à-l’âne, nous emmenant d’un épisode à l’autre sans que l’on saisisse toujours la logique de leur enchaînement ; mais sans doute n’y a-t-il aucune logique à chercher, le mieux étant de se laisser porter par le voyage, d’en accepter les cahots, de jouir de ses surprises… Comment, dès lors, résumer "Les pérégrins" ? Il y a bien un fil, que l’on suit tout du long de la traversée, tiré par une narratrice (l’auteure ?) férue de voyage depuis qu’enfant, elle a effectué sa première pérégrination, à pied, à traver...

"La fête au Bouc" - Mario Vargas Llosa

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"La rage le saisit. Il pouvait dominer les hommes, mettre trois millions de dominicains à genoux, mais pas contrôler son sphincter." Années 1990 : Urania Cabral, exilée aux Etats-Unis, revient après trente ans d’absence à Saint-Domingue, ville qu’elle a quittée alors qu’elle s’appelait encore Ciudad Trujillo, en l’honneur du dictateur qui fut à la tête de la République Dominicaine de 1930 à 1961. Cueillie par la symphonie brutale et discordante de rues où des Haïtiennes mutiques ramassent les monceaux d’ordures qui jonchent des trottoirs défoncés, elle-même s’interroge sur le sens de ce retour… Son père, l’ex-sénateur Agustín Cabral, est depuis sa rupture d’anévrisme un mort-vivant. Elle brise le silence qui l’a accompagnée dans son exil au fil de longs monologues qui la tiennent au chevet de cet homme envers lequel elle exprime une violente rancune, et au cours d’une visite à sa tante et ses cousines, à qui elle dévoile peu à peu le lourd secret à l’origine de son départ.  1...