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Affichage des articles associés au libellé Folie/Mal de vivre

"Je ne suis pas là" - Lize Spit

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"Simon faisait partie des rares personnes à être plus belles de près que de loin." Le récit, porté par la voix de Leo, fait des allers-retours entre trois temporalités. La première est celle de sa rencontre avec Simon et des débuts de leur vie de couple.   Alors étudiants, c’est un deuil similaire qui les rapproche, celui de leur mère. Lorsqu’il perd la sienne, cela fait deux ans que Leo peine à faire son deuil d’une femme qui aura passé sa vie d'adulte à subir un époux autoritaire et exclusif. Immédiatement, une osmose nait de leur solitude et de leur détresse communes. Leur relation est empreinte d’une familiarité et d’une tolérance qui repousse toute gène et tout dégoût, l’autre étant accepté et aimé dans une entièreté qui inclus ses pires manies, ou les moins ragoutantes de ses sécrétions. Leur union se renforce au fil des nombreux rituels communs qu’ils instaurent, allant jusqu’à s'inventer leur propre langage. La seconde est celle du moment de bascule qui ...

"Sidérations" - Richard Powers

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"Je ne savais pas comment être un bon parent." Le talent de Richard Powers pour entremêler détresses intimes et drame collectif s’exprime dans ce roman de manière poignante. La détresse intime est celle d’un deuil. Aly, infatigable activiste à la tête d’une ONG de défense de l’environnement, est morte dans un accident de voiture deux ans auparavant. Theo, astrobiologiste, s’est ainsi retrouvé à élever seul leur fils Robin, alors âgé de sept ans. Une tâche d’autant plus ardue que Robin n’est pas un enfant comme les autres. Aucun diagnostic n’a pu être concrètement posé sur son syndrome, que l’on découvre surtout par ses manifestations : crises de rage ou d’angoisse incontrôlables, hypersensibilité, attachement irraisonné à divers manies et rituels. C’est aussi un garçon très doué pour le dessin, doté d’une compréhension aigue des choses, d’une mémoire prodigieuse et d’une gravité qu’on ne s’attend pas à trouver chez un enfant de cet âge. Robin est, enfin, à la fois obsédé ...

"Le poids des choses" - Marianne Fritz

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"Les griffes de la vie qui marquent et modèlent, cette poigne écrasante qui aplatit et lamine ; le poids des choses, la vie même n’ont plus aucune prise sur elle quand elle dort. Voilà." L’entrée dans le roman est déstabilisante. On ne comprend pas d’emblée ce qui lie précisément les personnages, et l’héroïne qui va en devenir la figure centrale, d’abord approchée par le regard d’une autre, en est difficile à cerner.  "Ainsi était Berta Faust. Jamais dans le présent, la tête toujours ailleurs." Ça c’est l’avis de Wilhelmine. C’est elle qui porte ce regard condescendant sur Berta. Heureusement qu’elle est là, Wilhelmine, avec son pragmatisme et son esprit d’initiative, pour compenser la passivité rêveuse de son amie… La pauvre Berta qui s’est pour ainsi dire retrouvée veuve avant d’avoir convolé : Rudolf, son fiancé, est mort sur le front de l’Est, non sans avoir pris soin de la mettre enceinte avant son départ. C’est Wilhelm, un de ses camarades, qui a annoncé son d...

"Le couteau" - Jo Nesbø

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"Il n’y avait pas dans le monde assez d’alcool pour feinter cette douleur." Harry Hole est emblématique d’un certain type de policiers romanesques qu’affectionneraient, si l’on en croit le Dictionnaire amoureux du polar de Pierre Lemaître, les auteurs nordiques : alcooliques, dépressifs, leur vie personnelle est au mieux chaotique, au pire désastreuse. Il précise que la lecture de vingt pages de Jo Nesbø lui donne envie de mourir… Je peux le comprendre. Je ne sais pas si l’auteur a des comptes à régler avec ce personnage qu’il nous fait suivre depuis vingt-sept ans, mais on a l’impression qu’il s’acharne un peu, quand même. Au début de ce douzième opus de la série, voilà Harry, une fois de plus, au fond du trou. Rakel, l’amour de sa vie, celle grâce à qui il avait trouvé un autre but dans sa vie que la traque obsessionnelle des criminels, vient de le mettre dehors après avoir appris une vieille infidélité. Après une nuit de beuverie, il se réveille d’un quasi coma sans aucun ...

"A Hell of a Woman. Une femme d’enfer" – Jim Thompson, illustrations de Thomas Ott

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"Chaque fois que j’entre dans un restaurant, n’importe lequel, c’est toujours la même chose : dans l’équipe des serveuses, se trouve une vieille mémé à la noix qu’on planque dans le placard aux balais, en attendant que je m’amène. On l’attife du tablier le plus crado dont la boîte dispose, et on lui barbouille les ongles de laque rouge dégueulasse ; chaque fois on me la colle, la fille, partout : souillon, fagotée, puante. Vous pouvez me croire, les gars, c’est comme ça, partout où je mets les pieds." L’ouvrage est une réédition d’un roman de 1954, qui en plus de bénéficier d’une nouvelle traduction, est enrichi d’illustrations évoquant les pulp magazines , dont il a aussi le format, ce qui rend sa manipulation bien agréable. Le narrateur, Franck Dillon, dit "Dolly Dillon", est vendeur en porte-à-porte pour l’enseigne Rêves à Crédit, qui propose sa camelote à des clients souvent fauchés. Frank a ainsi pour mission, hormis de caser sa marchandise, de récupérer les tr...

"Mon vrai nom est Elisabeth" - Adèle Yon

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  "Chez nous, il y a un tempérament fragile." Le récit débute par le suicide du grand-oncle Jean-Louis qui avant de se donner la mort, de manière non seulement préméditée mais précisément organisée, avait coupé les liens avec sa famille depuis des années. En réalité, comme le dit la grand-mère d’Adèle Yon, elle tiendrait là "le dernier chapitre de son enquête". Car dans le coffre de la Honda dont le défunt a laissé les clés à ladite grand-mère -sa sœur, donc-, on trouve une petite photo d’identité de leur mère Betsy, l’auteure ayant fait de l’enquête menée sur cette aïeule le sujet de sa thèse de chercheuse, et qui a abouti au texte que le lecteur tient entre ses mains. Parmi les raisons, plus ou moins conscientes, qui ont motivé Adèle Yon à en savoir plus sur Betsy, il y a cette crainte d’être folle qui un moment l’a hantée. En échangeant avec des femmes de la famille, elle a constaté que d’autres l’avait éprouvée, généralement comme elle, au moment du passage à l’...

"Les dangers de fumer au lit" - Mariana Enríquez

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"Ce n'est pas très cohérent d'essayer d'étrangler un mort, mais on ne peut pas être désespéré et raisonnable en même temps." La lecture de ce recueil a confirmé, après celle de son roman " Notre part de nuit ", l’appétence de Mariana Enríquez pour la noirceur et le surnaturel, et sa capacité à les entremêler. Il est ainsi abondamment question, dans "Les dangers de fumer au lit", de fantômes et de zombies, d’idoles malfaisantes, de sorts maléfiques, de cultes souterrains… Et ce n’est pas sous la forme d’ectoplasmes éthérés que s’y manifestent les errants de l’au-delà. Ils se parent au contraire d’une matérialité organique qui les rend d’autant plus repoussants, comme dans "L’exhumation d’Angelita", où la grand-tante de la narratrice, décédée en bas âge des décennies auparavant, lui apparait recouverte des sanies d’une putréfaction qui lui reste sur les doigts lorsqu’elle tente de se débarrasser de l’intruse. Les pestilences de ces appa...

"Docile" - Aro Sáinz de la Maza

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"Pourquoi tant d'acharnement à s'aimer, bordel. Hommes et femmes, et ils continuent tant qu'ils peuvent. Mais pour quoi faire ?" Une tuerie est perpétrée dans une maison de Barcelone, faisant cinq victimes d’une même famille, frappées à mort avec des pierres. Seul un enfant de deux ans est épargné. Au même moment, la bijouterie dont le père était propriétaire est cambriolée. Très vite, les soupçons se portent sur Lucas Torres, un adolescent qui dès l’aube suivant le meurtre s’est présenté, couvert de sang et à peine conscient, au commissariat. Après quelques recherches, le passé de ce fils d’un riche couple de Barcelone présente en effet des éléments troublants, qui le lient au massacre. Pourtant, la docilité du garçon surprend ceux qui l’interrogent, et son profil -plutôt celui d'une victime- constitue une énigme. Milo Malart est chargé de l’enquête. Il revient tout juste d’une semaine de vacances forcées, qu’il doit à l’insistance avec laquelle il a enquêté ...

"Tout garder" - Carole Allamand

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"Les gardeurs, les bergers de l'inutile : j'aime cette appellation légèrement bucolique et qui ne sent pas le renfermé." Carole Allamand vit aux États-Unis lorsqu'elle apprend le décès brutal de sa mère, Nelly Suter, jeune octogénaire. Elle se sent prise de court, amputée de la possibilité de rompre le silence, de franchir la muraille qui la séparaient de cette femme avec laquelle elle a toujours eu des relations distantes. Elle retourne pour la première fois depuis douze ans à Genève, afin d’organiser les obsèques et de vider l'appartement où elle a passé son enfance. À son arrivée sur les lieux, c'est le choc. L'appartement, où règne une intolérable puanteur, est envahi du sol au plafond d'objet divers, de vêtements et d’aliments formant des empilements qui rendent le logement impraticable, et dans un état d'insalubrité inimaginable. L’auteure découvre ainsi que sa mère, pourtant toujours élégante et tirée à quatre épingles, était atteinte du...

"Les suicidés du bout du monde" - Leila Guerriero

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"Dehors le vent était un sifflement obscur, une bouche brisée qui avalait tous les sons : les baisers, les rires. Une plainte d'acier, une mâchoire." Leila Guerriero arrive à Las Heras au début de l’automne 2002. La ville a été créée au début du XXème siècle avec l’arrivée du chemin de fer en Patagonie. D’abord tournée vers l’élevage de moutons, elle connait un développement effréné avec la découverte d’un des gisements de pétrole les plus importants de la région. L’arrivée de travailleurs en provenance de toutes les provinces du pays accroit significativement sa population, qui atteint entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990 jusqu’à 16000 habitants. S’y installent alors, pour satisfaire les besoins de cet afflux d’hommes seuls venus pour gagner de l’argent et avec l’intention de repartir vite, une multitude de bistrots, de bordels et de cabarets. En 1991, la privatisation de la société pétrolière qui gère le gisement signe la fin de la prospérité. On ...

"Au-dessous du volcan" - Malcolm Lowry

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"Bon Dieu, si notre civilisation devait dessoûler deux jours de suite, le troisième elle crèverait de remords." Comment convaincre de lire le roman de Malcolm Lowry alors qu’il faut bien, sans doute, avertir le lecteur quant à la dimension d’abord rétive du texte, évoquer l’opposition entre le minimalisme de son intrigue et la lenteur inversement proportionnelle avec laquelle elle se déroule ? Comment rendre ne serait-ce qu’une part de son infinie richesse et de sa virtuosité ? Comment exprimer la manière dont il vous prend aux tripes en même temps qu’il vous enlace de la sombre beauté de ses improbables circonvolutions ? Le premier des douze chapitres (qui compte une centaine de pages), nous emmène dans la ville mexicaine de Quauhnahuac, qui comme chaque année en ce jour de 1939, fête ses morts. Nous y suivons Jacques Laruelle, un producteur de films français, au gré de ses pensées et des réminiscences que suscite le spectacle des festivités. Livrées sur le vif, avec leurs e...

"Mon ange" - Guillermo Rosales

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"Je te le dis d’homme à homme : tu sais pourquoi tu es devenu à moitié fou ? C’est à force de lire." William Figueras est un exilé, un exilé "total", selon ses propres termes. Il a quitté Cuba il y a six mois pour Miami, où se trouve une partie de sa famille, mais il est persuadé qu’il aurait fui quel que soit l’endroit où il aurait vécu. On pourrait même dire de lui qu'il est un exilé du bonheur et de l’espoir, qui vit en marge d’une normalité où il ne peut trouver sa place.  Cet amoureux des lettres, qui a lu Proust, Faulkner, Hesse, Mann ou Joyce a écrit il y a vingt ans un roman qu’il n’a jamais réussi à faire publier, et il en est devenu fou. Il lui arrive de voir des diables sur les murs, d'entendre de voix qui l’injurient... En désespoir de cause, après son internement (en six mois donc) dans trois asiles d’aliénés, sa tante vient de le laisser dans un boarding home , " refuge marginal où échouent ceux que la vie a condamnés, des fous pour la pl...

"Pas les mères" - Katixa Agirre

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D’un côté, un sordide fait divers qui secoue l’Espagne -le temps des quelques jours que lui octroient la macabre richesse de l’actualité et la versatilité de ceux qui s’en abreuvent- : Alice Espanet a commis l’inconcevable en noyant ses bébés (des jumeaux) dans leur baignoire. De l’autre, une narratrice elle-même maman depuis peu, d’un petit Erik qu’elle aime profondément bien que sa grossesse ait été plus fortuite que désirée, mais qui depuis son accession à la sacrosainte maternité, a la vague impression que sa vie se réduit à une succession de tâches ingrates, abêtissantes, et qu'elle se perd, installée dans une existence de tiédeur et de pragmatisme, agréable mais vide de tout feu. Il faut dire que l’événement est tombé au mauvais moment, celui où elle avait enfin atteint l’un de ses rêves, en obtenant pour son premier roman -un thriller politique- une reconnaissance concrétisée par un prix littéraire. A la fois déterminée à redevenir soi-même et obsédée par la figure d’Alice E...

"Le testament de Dina" - Herbjørg Wassmo

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"C’était à croire que les femmes étaient une race à part, nées pour être là où on les attendait. Un mal nécessaire". Difficile de vivre sous l’égide d’une personnalité aussi remarquable que celle de Dina Grønelv, l’inoubliable héroïne qu’Herbjørg Wassmo met en scène dans la trilogie qui porte son nom. Et ce n’est pas Karna, sa petite-fille, qui contestera cette affirmation. Suite au décès de sa grand-mère, investie par cette dernière d’une lourde et atypique mission, elle avoue en son nom, le jour de son enterrement, les deux meurtres que Dina a commis en toute impunité, le premier sur la personne de son premier mari Jacob, le second sur celle du russe Léo Zjukovsky. Ces révélations posthumes plongent Karna dans une forme de folie qui la rend muette et sujette à des crises au cours desquelles elle manifeste une violence tournée aussi bien contre elle-même qu’envers les autres. Epileptique, elle est déjà suivie de près par son père, le médecin Benjamin Grønelv, et très entouré...

"Florida" - Olivier Bourdeaut

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Factice. J’ai aimé " En attendant Bojangles ". Ce n’est pourtant pas le genre de titre pour lequel j’ai de l’appétence, mais j’avais été séduite par le pétillement du texte, le mélange de fantaisie et de tragédie qui m’a par moments presque fait penser à Boris Vian. Pour autant, et bien qu’ayant apprécié, à l’occasion d’une dictée organisée à l’occasion d’un salon littéraire, le naturel et l’humour de l’auteur, je n’ai jamais eu envie de récidiver… jusqu’à ce que je tombe sur un exemplaire d’occasion de son dernier roman. Malgré l’ombre de l’ extraordinaire roman de Joyce Carol Oates sur un sujet similaire , et encouragée par les avis positifs de lectrices fort recommandables, je me suis dit "pourquoi pas ?". C’est malheureusement le "pas" qui l’a emporté… Elizabeth Vernn voit sa vie basculer le jour de ses sept ans, lorsque sa mère lui offre comme cadeau d’anniversaire une participation à un concours de mini-miss, qu’elle remporte. C’est le début d’une na...

"Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse" - Agata Tomažič

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"Dans la vie, il ne faut jamais faire ou subir des choses que l’on ne peut confier à sa coiffeuse". Le mois de la nouvelle commence pour moi sous d'excellents auspices, ce recueil slovène m'ayant fait passer un moment délicieux ! On y croise, issus de divers milieux sociaux, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux. Des quidams ordinaires, acteurs d'existences a priori banals auxquelles Agata Tomažič fait prendre d'imprévisibles virages, dont elle tire prétexte pour révéler les perversions et les névroses tapies sous des dehors policés. Elle y explore, de l’adultère au meurtre, les manifestations discrètes ou excessives du mensonge et de la cruauté, s’intéresse à l’emprise et à la manipulation, évoquant entre autres une mère toxique condamnant son fils à une éternelle solitude ou un amant pathologiquement possessif.  Elle décline la palette des obsessions qu’éveillent les valeurs d’une société tournée vers la possession et l’entretien d’une image ince...