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Affichage des articles associés au libellé Argentine

"La petite sœur – Un portrait de Silvina Ocampo" - Mariana Enriquez

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"Elle se cachait. Voici, dans ce livre, les indices que j'ai trouvés derrière ses textes explosifs. Et leurs traces ont le parfum luxuriant du secret." C'est à la demande de l'écrivaine et journaliste Leila Guerriero que Mariana Enriquez écrit ce qui se veut un portrait de Silvana Ocampo. Un portrait, et non une biographie, avec ce que cela suppose de subjectivité. Silvana est connue comme la sœur de -l’écrivaine Victoria Ocampo-, l'épouse de -Adolfo Bioy Casares-, l'amie intime de -Luis Borges- … mais qui était-elle vraiment ? Certains la définissent comme l'une des femmes les plus riches et excentriques d'Argentine, d’autres comme l’une des écrivaines les plus brillantes et étranges de la littérature espagnole, mais tout cela ne dit rien d'elle. Pour tenter de percer son mystère, Mariana Enriquez reprend des extraits d'entretiens, de biographies et de témoignages de proches, se rend sur les lieux où vécut Silvana Ocampo - villa col...

"Les vilaines" - Camila Sosa Vilada

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"(…) stériles, aigres, sèches, vilaines, mesquines, solitaires, impures…" Le jour, le parc Sarmiento, au cœur de la ville de Córdoba, est le poumon vert de la ville ; son zoo et son parc d’attractions en font par ailleurs un lieu privilégié pour les sorties familiales. La nuit il s’ensauvage, se peuple de créatures de l’ombre, devient le royaume des trans. A leur tête, Tante Encarna, soi-disant âgée de 178 ans, " déesse aux pieds de boue et aux mains de boxeur ", à la beauté féroce et furieuse mais aussi quelque peu déglinguée, avec sa joue balafrée, ses bleus et ses bosses… Une dure, qui a tant pris de coups dans les reins qu’elle en pisse du sang, et qui apprend à "ses filles" l’art de la survie comme celui de la séduction, mère de substitution un peu maquerelle, tour à tour généreuse et tyrannique, réconfortante ou acerbe. Celle pour qui " être trans est une fête " règne sur une poignée de filles à la fois flamboyantes et pathétiques, dont une...

"Les dangers de fumer au lit" - Mariana Enríquez

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"Ce n'est pas très cohérent d'essayer d'étrangler un mort, mais on ne peut pas être désespéré et raisonnable en même temps." La lecture de ce recueil a confirmé, après celle de son roman " Notre part de nuit ", l’appétence de Mariana Enríquez pour la noirceur et le surnaturel, et sa capacité à les entremêler. Il est ainsi abondamment question, dans "Les dangers de fumer au lit", de fantômes et de zombies, d’idoles malfaisantes, de sorts maléfiques, de cultes souterrains… Et ce n’est pas sous la forme d’ectoplasmes éthérés que s’y manifestent les errants de l’au-delà. Ils se parent au contraire d’une matérialité organique qui les rend d’autant plus repoussants, comme dans "L’exhumation d’Angelita", où la grand-tante de la narratrice, décédée en bas âge des décennies auparavant, lui apparait recouverte des sanies d’une putréfaction qui lui reste sur les doigts lorsqu’elle tente de se débarrasser de l’intruse. Les pestilences de ces appa...

"Notre part de nuit" - Mariana Enríquez

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"Les fantômes sont réels. Et ce ne sont pas toujours ceux qu’on appelle qui viennent." On pense embarquer pour un road-trip père-fils. Juan (l’adulte) et Gaspar l’enfant rejoignent Corrientes, dans le nord de l’Argentine. Ils sont en deuil de Rosario, leur épouse et mère, brutalement décédée dans un accident. On est pris presque aussitôt d’un sentiment d’étrangeté, que confirme très vite l’intrusion dans le récit d’une dimension surnaturelle et vaguement inquiétante. Le père, géant blond de deux mètres manifestement très malade, ouvre des portes verrouillées par sa seule volonté ; son fils aperçoit des fantômes dans les chambres d’hôtel où ils font étape. On éprouve aussi un certain malaise, face au comportement abrupt, voire agressif du père, qui tente par ailleurs désespérément, mais en vain, de prendre contact avec sa compagne défunte. Et ce n’est que le début… Ces allusions au surnaturel n’ont été qu’un bref prélude au développement d’une intrigue focalisée sur l’Ordre, o...

Un billet de Carmen : "El Negro de París" - Osvaldo Soriano

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Osvaldo Soriano est né en 1944 à Mar Del Plata (Argentine). Il a travaillé comme journaliste et romancier entre autres. Comme beaucoup il dut choisir l’exil pour fuir la dictature. Il meurt en 1997 d’un cancer du poumon. J’ai été attirée par le titre de cette BD, écrite en 1989, qui s'est révélée très divertissante. El Negro est un chat noir aux mystérieux pouvoirs qui va être l’ami d’un enfant arrivé en France avec ses parents ayant fui en 1976 la dictature militaire de l'Argentine. L’enfant, qui n’avait jamais entendu parler de la France, arrive donc, il n’a pas d’amis, ne parle pas la langue. Ses parents décident d’adopter un chat noir à la SPA, qui lui rappellerait Pulqui, le chat qu’il a dû abandonner en Argentine, enfin pas tout à fait car un oncle va s’occuper de Pulqui. Ce chat Negro va devenir un véritable compagnon pour l’enfant, très affectueux, protecteur, qui lui permet d’oublier un peu Pulqui resté au pays, même si les parents répètent souvent que les deux chats p...

"Les suicidés du bout du monde" - Leila Guerriero

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"Dehors le vent était un sifflement obscur, une bouche brisée qui avalait tous les sons : les baisers, les rires. Une plainte d'acier, une mâchoire." Leila Guerriero arrive à Las Heras au début de l’automne 2002. La ville a été créée au début du XXème siècle avec l’arrivée du chemin de fer en Patagonie. D’abord tournée vers l’élevage de moutons, elle connait un développement effréné avec la découverte d’un des gisements de pétrole les plus importants de la région. L’arrivée de travailleurs en provenance de toutes les provinces du pays accroit significativement sa population, qui atteint entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990 jusqu’à 16000 habitants. S’y installent alors, pour satisfaire les besoins de cet afflux d’hommes seuls venus pour gagner de l’argent et avec l’intention de repartir vite, une multitude de bistrots, de bordels et de cabarets. En 1991, la privatisation de la société pétrolière qui gère le gisement signe la fin de la prospérité. On ...

"Eichmann à Buenos Aires" - Ariel Magnus

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"Même en ayant perdu la guerre, l'Allemagne avait gagné la prospérité économique qu'elle avait toujours désirée, cette fois sans que les Youpins récupèrent l'argent, lesquels avaient obtenu, outre une compensation financière, la scandaleuse Wiedergutmachung, leur Eretz Israel tant désirée. Tout le monde était content et il aurait dû se sentir coupable ? Qu'on lui dise de quoi, par pitié !" Qu’un homme en exil en Argentine accueille sa famille, qu’il n’a pas vue depuis sept ans, venue l’y rejoindre, pourrait être un événement banal. Et pourtant… et ce n’est pas parce que cet épisode survient par hasard le même jour que la mort d’Eva Perón qu’Ariel Magnus s’y intéresse. C’est parce c’est homme, que l’on nous présente comme étant Ricardo Klement, est en réalité Adolf Eichmann. Nous sommes en 1952. Comme nombre de nazis, le criminel de guerre a profité de la tolérance voire de la complaisance du président argentin pour échapper à la menace d’une arrestation ou d’u...

"Je suis l’hiver" - Ricardo Romero

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"S’il avait le choix, il serait quelqu’un qui ne rêve ni ne dort jamais."  Quel étrange roman… Vous le trouverez au rayon polar de votre librairie. Et certes, le héros en est un policier, et il y est bien question d’un meurtre. Sauf que très vite, Ricardo Romero nous prend à contrepied en nous emmenant sur des chemins complètement inattendus… Fraichement diplômé de l’école de police, l’adjudant Pampa Asiain a été muté dans le village de Monge, qui compte deux-cents habitants, une route, un bar, et de nombreuses maisons inhabitées. C’est en revanche une bourgade sans enfants, sans église, et sans cimetière. Il y tient sa permanence en compagnie d'un unique collègue, Andrés Parra, le supérieur censé compléter leur équipe n’étant jamais venu. Une grande partie de leurs journées s’écoule à regarder par la fenêtre du poste en buvant du maté, Andrés laissant le transistor allumé en permanence pour combler le vide et l’isolement. Pampa est quant à lui un jeune homme solitaire, l...

"L’enquête" - Juan José Saer

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"La conversation quotidienne d'une vieille femme avec son canari, tandis qu'elle nettoie sa cage, est peut-être le débat le plus sérieux des temps modernes." Retrouver l’écrivain argentin Juan José Saer à l’occasion du Mois Latino est devenu un rituel. Et son talent protéiforme fait de chaque rencontre l’occasion d’une nouvelle surprise. "L’enquête" nous fait suivre deux récits parallèles, et a priori sans aucun point commun. Le premier nous installe dans la rigueur d’un hiver parisien, un mois de décembre gris et neigeux. Le commissaire Morvan, qui officie dans le XIe arrondissement, traque depuis plusieurs mois celui que l’on a surnommé "Le Monstre de la Bastille", qui compte à son actif l’assassinat de vingt-sept vieilles dames s’accompagnant de mises en scène aussi spectaculaires que sanglantes. C’est la première fois, en vingt ans de carrière, que Morvan, réputé pour son intégrité sans faille, son efficacité et sa persévérance, se trouve face ...

"Aventures d’un romancier atonal" - Alberto Laiseca

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"J’en ai marre des génies. Ce dont nous avons besoin, ce sont d’écrivains sachant écrire." Recto : dans la sordide mansarde d’une pension de famille à l’architecture tarabiscotée qu’il loue à une propriétaire tyrannique et couronnée d’un chignon cauchemardesque, un écrivain s’échine depuis dix ans à la rédaction d’une œuvre obscure et indigeste s’étirant sur plus de 1500 pages. Il faut dire que son projet est ambitieux, combinant sciences, Histoire, musique, religion, mathématiques, géologie… Contre toute attente, son ami Coco Pico de la Mirandole, seul à croire en son talent, parvient à la faire publier. Une fois traduite, l’œuvre connait un succès international, au grand désespoir de son éditeur suicidaire et masochiste, qui comptait sur un bide retentissant pour mettre un point final à la série d’échecs constituant sa vie. Verso : un extrait de l’œuvre susnommée nous est donné à lire, plus précisément soixante de ses pages miraculeusement sauvées par le fameux Coco d’un sé...

Un billet de Carmen : "Un terrible voyage" (1941) - Roberto Arlt

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C’est un court roman, mais intense, une publication tardive de Roberto Arlt, décédé en 1942. Une sorte de testament de l’auteur argentin. "Un voyage terrible" est drôle mais impitoyable sur l’être humain. Certainement l’auteur dans sa jeunesse malheureuse à voulu dénoncer ici les dérives de l’humain. "Un certain astrologue me dit un jour que mon signe zodiacal annonçait entre autres accidents, de dangereux périls courus lors de voyages en mer". C’est ainsi que le narrateur embarque avec son cousin pour un voyage de cabotage dans le Pacifique, un voyage qui ne sera pas de tout repos. Peut-on embarquer sur un bateau Le Blue Star qui a changé de nom ? Sachant qu’un malheur arrive généralement. Donc on peut imaginer qu’une mauvaise étoile va accompagner cette croisière. Les passagers, les personnages vont se révéler les uns pires que les autres et rendre ce voyage... terrible. Ce huis-clos va donner lieu à une analyse de personnalités de tout poil : une médecin qui empl...

"L’occasion" - Juan José Saer

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"A force de vouloir brouiller les pistes à propos de ses origines, il finit par embrouiller lui-même ses origines, et ce qui est brumeux pour le monde l’est aussi pour lui, de sorte que les masques successifs qu’il a portés depuis les commencements incertains dans un lieu incertain -il ne sait déjà plus bien lequel- (…) se pressent, visqueux, contre son visage et le déforment, l’effacent, le rendent simple matière périssable et résiduelle, le transforment en la preuve vivante de ceux qu’il hait (…)." On peut dire que le romancier Juan José Saer sait varier les plaisirs… voici le troisième titre que je lis de cet auteur, et à chaque fois il me surprend en adoptant un ton différent et en abordant une thématique nouvelle. "L’occasion" est centré sur son héros, autour duquel plane une chape d’incertitude l’auréolant de mystère. S’appelle-t-il Bianco ou A. Burton ? Est-ce un véritable télépathe ou un escroc ? Un espion au service des prussiens, un fuyard victime d’un...

"Les sept fous" - Roberto Arlt

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"Sans aucun doute, sa vie était bizarre. De convulsives espérances le précipitaient dans la rue". J’entame le mois latino-américain sous de bons auspices, avec un titre dont j’ai beaucoup apprécié l’originalité et l’étrange atmosphère. Nous y faisons la connaissance d’Erdosain, inventeur raté (notamment d’un procédé permettant d’immortaliser les fleurs en les figeant dans une gangue de cuivre), et employé sous-payé de la Compagnie sucrière. Déprimé par sa vie de privations et les reproches conséquents de sa femme, il a pris pour habitude de détourner des sommes qu’il dépense futilement, les laissant par exemple à des prostituées avec lesquelles il s’est contenté de bavarder. Une dénonciation anonyme sonne le glas de ses pitoyables trafics, son employeur le sommant de restituer les quelques six cents pesos qu’il lui a volés. Et un malheur n’arrivant jamais seul, sa femme le quitte pour un fat et terne capitaine. Erdosain est un être angoissé, qui vit comme un somnambule, en at...

"Le ghetto intérieur" - Santiago H. Amigorena

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Le poids du silence. Santiago H. Amigorena évoque avec "Le ghetto intérieur" l'impuissance face à l'horreur et le traumatisme qui en résulte.  Vicente Rosenberg a 38 ans. Il vit depuis douze ans à Buenos Aires, où il a émigré en 1928, quittant sa Pologne natale. Son statut de juif l'empêchait d'y être considéré comme un citoyen à part entière, malgré son engagement aux côtés du Maréchal Józef Piłsudski pour libérer la Pologne des russes en 1920. Marié, et père de trois enfants, il tient un magasin où il vend les meubles que fabrique son beau-père, et mène une existence paisible et confortable, ne se préoccupant guère de son identité. Jeune juif, jeune polonais, ou jeune argentin ?... Il serait bien en peine de se définir... Il se sent en tous cas détaché de tout sentiment d'appartenance à une communauté juive dont il considère avec condescendance certaines habitudes culturelles. Mais bientôt, la rumeur de la menace nazie en Europe se concré...

"Sciences morales" - Martín Kohan

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L'art de l'ellipse. Les deux romans lus, à ce jour, de Martín Kohan, m'ont convaincue que cet auteur argentin maîtrise parfaitement l'art du détournement, d'exprimer indirectement un propos qu'il rend néanmoins limpide... María Teresa est depuis peu surveillante au Colegio Nacional de Buenos Aires, qui accueille l'élite de la nation argentine. Anciennement baptisé "Collège des Sciences Morales", l'établissement s'honore d'avoir formé plusieurs célébrités de l'histoire militaire et politique du pays. On y enseigne une discipline rigide et patriotique. Maria Teresa a vingt ans. Sa timidité naïve, sa méconnaissance des hommes et son physique insipide en font une sorte de vieille fille avant l'âge. Elle vit d'ailleurs toujours chez sa mère, qui flirte avec la dépression depuis que son fils a été mobilisé, et qu'il envoie des cartes postales de plus en plus lapidaires témoignant de transferts de plus en plus loin...

"Entre hommes" - Germán Maggiori

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Noir, c'est noir. C'est en refermant ce roman, après l'avoir terminé, que j'ai réalisé à quel point son titre était significatif. Car c'est en effet uniquement "Entre hommes" que nous passons le temps de cette lecture, si l'on excepte deux ou trois personnages secondaires féminins dont l'apparition n'excède pas une dizaine de lignes... Et dire que les représentants de la gent masculine que l'auteur y met en scène n'en donnent pas une bonne image est un euphémisme ! Nous sommes à Buenos Aires, plus précisément sur sa facette transgressive et ténébreuse, quoiqu'on se demande s'il en existe une autre, de facette, tant tous les niveaux de pouvoirs, tous les échelons sociaux, y semblent gangrenés par la perversion, la corruption et la violence. Difficile, par exemple, de distinguer policiers et hors-la-loi, dont les méthodes et les valeurs présentent de troublantes similitudes, quand leurs intérêts ne sont pas carrément comm...