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Affichage des articles associés au libellé Chili

"Kramp" - María José Ferrada

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"A huit ans ou presque, j’avais découvert que D. n’était pas très doué comme père, mais que c’était un excellent employeur." " Tout est possible dès lors qu’on a l’esprit décidé et le bon costume ". Telle est la conviction qui s’est emparée de D. le jour où l’homme a marché sur la lune, et qui l’a décidé à se lancer dans une carrière de vendeur d’articles de quincaillerie. C’est ainsi qu’il est devenu commercial pour la marque Kramp, et qu’il a par ailleurs rencontré en novembre 1973, alors qu’elle faisait du stop pour se rendre à l’université, la "plus belle femme du monde", avec laquelle il s’est marié. A l’âge de sept ans, leur fille, M., décide d’être son assistante. La fillette obtient gain de cause grâce à sa ténacité et au fait que sa mère, " quittée par une partie d’elle-même ", est partiellement absente (du moins mentalement) du foyer.  M. est la narratrice, et elle revient sur cette période de son enfance où, entre comptoirs de quincail...

"Je tremble, ô matador" - Pedro Lemebel

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"Elle n’avait pas peur de se retrouver seule, il y aurait toujours un pécore pour lui défoncer la rondelle en échange d’un repas." En cette année 1986, la dictature d’Augusto Pinochet est mise à mal par un mouvement contestataire qui secoue notamment les milieux étudiants. Les émeutes, à l’université ou dans la rue, sont sévèrement réprimées et les rues de Santiago sont quadrillées en permanence par des patrouilles de police.  La Folle du Front, elle, se tamponne de l’actualité politique. Dans l’appartement qu’elle occupe au sein d’un ancien pigeonnier lézardé par les tremblements de terre et qu’elle a décoré à son image, kitsch et baroque, elle accompagne en chantonnant les tangos que diffusent la radio, et brode avec beaucoup de talent des nappes et des draps pour les vieilles de la Haute. Elle a laissé derrière elle la rue et la prostitution, et n’évoque que par rares ellipses un passé que l’on devine très douloureux, et qui l’a visiblement usée. Elle n’a jamais été vraime...

"Nous, les Selk’Nams" - Carlos Reyes & Rodrigo Elgueta

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Héritage(s). L’Histoire étant celle des vainqueurs, celle de la colonisation de l’Amérique du Sud par l’Espagne a mis en avant d’audacieux et téméraires conquistadors, et simplifié à l’extrême un long et cruel processus d’extermination. A la moitié du XIXème siècle, une partie de la Patagonie est encore aux mains des nations indigènes. Autant dire qu’elle est, selon les colons, vide, et qu’elle leur est donc offerte. L’éloignement de la Terre de feu incite à laisser ce qui sera désigné comme une "conquête du désert" aux mains de capitaux privés. L’occupation se fait par l’installation de grandes exploitations ovines que l’on délimite par des barbelés, empêchant les déplacements des guanacos (sorte de lamas), principale nourriture d’indigènes - Selk’Nams, Yamanas et Koweskars- alors contraints de chasser les moutons, offrant ainsi le prétexte à leur extermination. Comme la présence autochtone est niée, et que les vaincus n’ont pas laissé de témoignages, cette tragédie est long...

"Les rêves qui nous restent" - Boris Quercia

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"Un monde meilleur n’est pas nécessairement un monde plus humain." A la suite de Natalio, nous découvrons la City, ville tentaculaire et futuriste, théâtre d’une société profondément inégalitaire, marquée par un effondrement généralisé et des émeutes régulières, dont l’implacable répression ne suffit pas à régler le problème de surpopulation. C’est aussi une ville grise et ultra polluée où les rares étendues d’herbe peinent à subsister dans des parcs à l’entrée payante, entourée d’un inhabitable désert parsemé de décharges illégales, où brûle en continu le contenu des vieilles batteries que l’on y déverse. Une majorité de travailleurs s’échine à de basses œuvres pour un salaire de misère, ce qui favorise la multiplication des systèmes économiques souterrains. L’ensemble de sa population souffre d’une amnésie des rêves et d’une profonde détresse qu’une mystérieuse crise sanitaire que l’on évoque du bout des lèvres en faisant référence aux "évènements d’Oslo", a renfo...

"Une ardente patience" - Antonio Skármeta

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"Au Chili, tout le monde est poète. Tu seras plus original en restant facteur." Fin des années 1960. Envoyé dans la bourgade de bord de mer où vit Pablo Neruda pour l’y interviewer, le narrateur, rédacteur culturel dans un journal de "cinquième catégorie", se voit opposer un refus courtois mais ferme. Echouant par ailleurs à concrétiser des velléités littéraires vaincues par la procrastination, il rôde autour de la maison du poète, et fait la connaissance des protagonistes dont il nous livre l’histoire qui suit. Mario Jimenez, fils de pêcheur que les corvées de la pêche rebutent, préfère passer son temps en rêveries et à aller au cinéma, jusqu’à ce que son père lui impose de trouver un travail. C’est ainsi qu’il devient le facteur de l’unique résident de l’Ile Noire, Pablo Neruda, qui reçoit quotidiennement des kilos de courriers. Grand admirateur du poète, le jeune homme s’investit dans sa mission avec enthousiasme, et se pique d’écrire lui aussi des vers, certain ...

"Le gaucho insupportable" - Roberto Bolaño

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"Notre histoire est la multiplicité des formes par lesquelles nous évitons les pièges infinis qui se dressent sur notre passage". Roberto Bolaño est l'un de mes auteurs préférés, dont je n'ai cependant pas encore exploré toute l'oeuvre (mais peu s'en faut).  Le Mois de la Nouvelle m'a donc fourni un bienvenu prétexte pour sortir de ma PAL ce recueil, par ailleurs dernier ouvrage de l'auteur, écrit alors qu'il était gravement malade et condamné. Si j'ai apprécié de retrouver son ton inimitable, et sa façon à la fois subtile et poétique d'exprimer le désenchantement, j'avoue que l'ensemble m'a laissée un peu perplexe, la disparité des textes nuisant à sa cohésion. J'y ai tout de même retrouvé avec grand plaisir son écriture si belle, et cette alchimie entre fantaisie et tristesse qui caractérise son oeuvre. La nouvelle qui a donné son titre au recueil, à la fois mélancolique et vaguement mystérieuse, est celle que ...

"Ce lieu sans limites" - José Donoso

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Ténébreux destins. Voilà à quoi tient, entre autres, le talent d'un auteur : parvenir, même dans la brièveté, à faire croire au lecteur qu'il connaît ses personnages depuis toujours, et l'engloutir avec force, le temps d'une courte parenthèse, dans le présent de son récit. La méthode de José Donoso, pour y parvenir, consiste en une immersion certes un peu brutale, mais efficace. Projeté dans la grisaille profuse de son univers glauque et désespéré parfois traversé d'une lueur fugace témoignant de l'expression des espoirs ou des rares joies de l'humanité qui y croupit, on est immédiatement englué dans son atmosphère poisseuse. El Olivo est de ces villages que l'on dirait coincé au fond d'une impasse, un trou oublié du monde où même les trains ne passent plus, dont les masures s'enfoncent dans une terre boueuse et instable, un lieu peuplé de figures que leurs caractéristiques rendent presque caricaturales et irréelles, emblématiques du...

"Des putains meurtrières" - Roberto Bolaño

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"Ce qui arrive est vulgaire à force d'avoir été répété : la violence à laquelle nous ne pouvons pas échapper". C'est la première fois que je découvre Roberto Bolaño en nouvelliste, si l'on excepte la lecture de " La littérature nazie en Amérique " qui, bien que constitué d'une compilation de textes, est davantage une anthologie -bien que fictive- qu'un recueil de nouvelles. Inévitablement, certains textes m'ont touchée davantage que d'autres, quelques-uns m'ont paru un peu obscurs... ce qui est en tous cas curieux, c'est que deux semaines après cette lecture, je ne garde le souvenir précis que d'un petit échantillon d'entre eux, et qu'il ne s'agit pas forcément de ceux que j'ai préférés. Ce qui en revanche m'est resté de ce moment passé avec, rappelons-le, l'un de mes écrivains préférés, est la sensation vague mais tenace d'une sorte de mélancolique désoeuvrement, allié à une violen...

"La littérature nazie en Amérique" - Roberto Bolaño

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A méditer...  J'ai mis un certain temps à comprendre où voulait en venir Roberto Bolaño... "La littérature nazie en Amérique" se présente comme une anthologie d'auteurs nés entre la fin du XIX e siècle et les années 50/60, hommes et femmes issus de milieux sociaux divers, que l'écrivain a regroupé en catégories aux titres parfois poétiques ("Les héros mobiles ou la fragilité des miroirs", "Mages, mercenaires, misérables"...). En lisant les premières biographies, plus ou moins brèves, l'une occultant la précédente et la reléguant dans un oubli quasi instantané, je me suis dit que je me trouvais là face à un exercice de style qui allait vite devenir barbant. Enfin, je ne me le suis pas dit trop fort tout de même, parce que... Bolaño, quoi ! Il y avait forcément quelque chose à comprendre derrière cette suite de portraits, d'autant plus que le deuxième sentiment que leur découverte a assez rapidement suscité, est celui d...

"Le jardin d'à côté" - José Donoso

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L'exil, par Donoso. Donoso, c'est pour moi " L'obscène oiseau de la nuit ". Une de ces œuvres rares, qui vous marquent probablement pour la vie... Après avoir lu une telle pépite, deux choix s'offrent à vous : se jeter illico sur un autre titre de l'auteur, dans l'espoir de prolonger le plaisir et la magie, ou passer à autre chose, de crainte d'être déçu en réalisant qu'une carrière d'écrivain ne peut sans doute compter qu'un unique roman de cette envergure.  J'avais jusqu'à présent adopté la deuxième option, pour finalement me laisser tenter, lors d'une flânerie dans les rayonnages de la médiathèque municipale -où j'avais, cela va sans dire, atterri par hasard-,  par "Le jardin d'à côté". Je ne sais toujours pas si José Donoso compte dans sa bibliographie un autre "Obscène oiseau..." mais si c'est le cas, je ne l'ai pas encore trouvé, ainsi que je l'ai compris dès les première...

"Le Troisième Reich" - Roberto Bolaño

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Tentative échouée de conversion... Tous les lecteurs ont un auteur cher à leur cœur, un "chouchou" à qui ils sont prêts à pardonner les pires erreurs, les faux pas les plus maladroits. Et l'un de leurs plus chers désirs est de rallier les lecteurs du monde entier -bon, soyons modeste : ceux, en tous cas, de leur cercle de camarades lecteurs- à leur passion... Il s'imaginent en effet non seulement qu'il est de leur devoir, pour rendre justice à l'objet de leur idolâtrie, de faire connaître son génie au plus grand nombre, mais ils sont en plus persuadés, ce faisant, de rendre un inestimable service à leurs pairs, en leur ouvrant les portes d'un paradis qui aurait sinon été gâché par ignorance. Ma marotte à moi, c'est Roberto Bolaño... On peut sans doute dire de lui que c'est un auteur particulier, et qui effraie un peu : un romancier capable d'écrire un texte de plus de 2000 pages, le dit texte étant de surcroit inachevé, ça a de quoi vou...

"Anvers" - Roberto Bolaño

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 Qu'est-ce à dire...? Les visiteurs réguliers de ces lieux le savent sans doute : j'aime beaucoup Roberto Bolaño. Je découvre peu à peu l’œuvre de cet écrivain chilien mort prématurément, au rythme de la publication en langue française de ses romans, longtemps restés méconnus des lecteurs de l'hexagone. "Anvers" est le dernier de ses titres que j'ai lu, et le premier qui me déçoit... Pour faire clair et concis : je n'y ai rien compris ! Dans cette succession de courts textes a priori sans lien les uns avec les autres, mais dans lesquels on finit par déceler quelques repères communs, l'auteur semble exprimer une symbolique et des références qui m'ont complètement échappées. On y croise à intervalles réguliers un nain menaçant, la police, on subodore vaguement qu'il est question d'un meurtre... L'ensemble reste confus, obscur, et si je suis allée néanmoins au bout d'"Anvers", c'est uniquement parce qu'au-d...

"2666" - Roberto Bolaño

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"Quel triste paradoxe (...). Même les pharmaciens cultivés ne se risquent plus aux grandes œuvres, imparfaites, torrentielles, celles qui ouvrent des chemins dans l'inconnu". Roberto Bolaño n'est pas de ces auteurs qui vous vampirisent, de ceux qui vous assènent avec violence leurs idées ou idéologies sur le monde, de ceux qui vous imposent leurs conceptions morales... Il montre plus qu'il ne démontre, sans volonté affichée de délivrer un message, laissant le champ libre à la réflexion de son lecteur. Il n'est pas de ceux qui veulent vous en mettre plein la vue, de ceux qui prennent pour de la consistance ce qui n'est que du remplissage... Il sait donner du sens aux détails, révéler la portée universelle d'événements ordinaires. A l'inverse des "chirurgiens" de la littérature, qui décortiquent jusqu'à l’écœurement l'objet de leur attention, triturent leur sujet jusqu'à lui ôter tout mystère et priver le lecteur de s...