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"Jeu sur tambours et tambourins" - Olga Tokarczuk

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"M. affirmait que la folie est une adaptation personnelle et saugrenue au monde." Me voilà bien embêtée pour rédiger mon avis sur ce recueil lu il y environ quatre semaines, dont j’avoue avoir gardé bien peu de souvenirs, si ce n’est celui d’un contenu hétéroclite et d’une lecture parfois laborieuse… Me voilà donc en quête de cohérence, aidée par les très nombreux post-it (l’ouvrage compte vingt-deux textes…) laissés à certains endroits. Et c’est maintenant que je reprends rapidement connaissance de ces histoires que s’en dégagent des fils conducteurs, dont certains sont finalement évidents. Le premier est celui de la place qu’occupe l’art, notamment la littérature, dans nos vies, et la nature de nos rapports avec la création et la fiction. Dans le premier texte, (un des rares qui m’a marquée), la lectrice d’un roman à la Agatha Christie, avec réunion de personnages dans un château transformée en résidence d’écriture, s’agace de la lenteur de l’intrigue et décide d’agir...

"Les racines du ciel" - Romain Gary

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"Chaque fois que je vois un désespéré, j’ai envie de lui botter le cul. Ce sont tous des cochons." Le roman est dense, très dense… sa cohérence se dessine lentement, au fil de l’élaboration minutieuse d’une mosaïque de témoignages, d’un enchâssement de récits dont émergent le portrait et le parcours d’un homme, qui en acquiert une dimension quasi légendaire. Nous sommes dans les années 1950 au Tchad, qui fait alors partie de l’Afrique-Equatoriale française. Plus pour longtemps. Même s’il ne veut pas le savoir, le colonialisme vit ses dernières heures. Ses fondations s’ébranlent, voir s’effondrent, comme en témoigne notamment la récente révolte des Mau mau du Kenya, qui rend les impérialistes nerveux. Dans ce contexte d’agitation politique, un homme a décidé de sauver les éléphants, décimés par le braconnage et le commerce d’ivoire. Après avoir fait circuler une pétition en ce sens, il a pris non pas le maquis mais la brousse, et a fait parler de lui en agressant des tueurs d...

"Un de Baumugnes" - Jean Giono

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"Il y avait de la fesse ; le patron jouait de l’accordéon comme s’il tirait sur de la pâte à berlingot ; le litre de pays, vingt sous : ça nous allait comme un gant." Le narrateur nous ramène au temps des foulaisons dans les Alpes de Haute Provence, alors qu’il allait de village en village pour vendre sa force de travail. C’est là qu’il rencontra Albin, dont la propre histoire le lança dans une inoubliable aventure.  Le jeune homme lui confia être très perturbé par une infamie dont il avait été témoin. Une jeune paysanne croisée à plusieurs reprises dans une bourgade où il était saisonnier agricole fut séduite par un malandrin de sa connaissance qui la mit sur le trottoir à Marseille. Il était depuis sans aucune nouvelle de la belle, et traumatisé par sa propre inaction face à ces terribles événements. Albin, ça a son importance, était originaire de Baumugnes, un pays " fait de grosse terre qui touche le ciel et d’arbres d’un droit élan, (…), d’air aiguisé comme un sabre...

"Peau d’ourse" - Grégory Le Floch

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"Si tu veux connaître ma vie, c’est ça : 16 ans, moche et village de merde." Personne ne l’appelle plus Nina. Pour tous, y compris pour elle-même, elle est Mont Perdu, du nom de cette montage grosse et lourde –"du genre gros tas"- qui surplombe le village. Village est d’ailleurs un bien grand mot pour ce qui est davantage un hameau, puisqu’il ne compte que trente-deux maisons, dont neuf abandonnées. C’est dans la dernière de ces habitations, un peu à l’écart, que vit cette jeune fille de seize ans, avec ses darons . Les membres de ce triste foyer ne se parlent plus. La mère passe des heures avachie devant la télé, rendue asociale par la honte que lui inspire sa fille unique ; le père est gentil mais complètement transparent. La vie y est d’un ennui mortel, on y croise toujours les mêmes gueules , notamment celles de ces chasseurs que Mont Perdu abhorre. Une fois par an, les habitants se réunissant à l’occasion d’un rite païen, qui leur est propre, et dont le caractè...

"Les vivants au prix des morts" - René Frégni

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"Le jour glisse le long du clocher comme une main sur une cuisse blonde." Le narrateur, René Frégni, a quitté l’agitation urbaine pour la tranquillité d’une vallée de l’arrière-pays provençal où il vit, avec sa compagne Isabelle, dans une petite maison en bord de rivière. C’est un homme déçu par le monde, davantage mélancolique qu’aigri, issu d’une génération qui a cru au possible avènement de l’amour et de la générosité, et qui constate celui de l’égoïsme et de la barbarie. Chaque jour ou presque, il marche de longues heures seul dans les collines, et couche des mots dans un cahier rouge dont il a fait son journal. Des mots simples, nourris de sa contemplation du ciel, des oiseaux, des quelques personnes qui passent sur la route qui surplombe la maison, de son amour pour la douce Isabelle et pour ses seins magnifiques. Un événement vient fracasser cette routine enchanteresse, et sonne le glas de sa tranquillité. Une de ses vieilles connaissances s’est évadée de prison, et lu...

"La guerre des os" - Benjamin Hoffmann

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"Bientôt toute cette énergie et cette violence, toute sa démesure et son obsession se focalisent sur une seule personne, un adversaire à sa taille, aussi acharné qu'il est vindicatif, aussi orgueilleux qu'il est mégalomane, un rival qu'il va d'autant plus haïr qu'il a commencé par l'aimer." On connait la Conquête de l’ouest motivée par la soif de l’or. On connait moins celle qui eut pour objet… des os. C’est pourtant un trésor pour lequel le sang a coulé, à l’origine d’une guerre sans pitié. Bon, précisons que les principaux protagonistes de cette guerre n’étaient que deux. Nés à neuf ans d’intervalle au milieu du XIXème siècle, Charles Marsh et Edward se trouvent à l’aube d’une ère nouvelle. La science des fossiles, ces os dont la survie dépend du rassemblement de conditions survenant une fois sur des millions, est encore jeune (la première exposition d’un dinosaure au public date de 1968), et les découvertes scientifiques dans le domaine de la paléon...

"L’esprit d’aventure – Itinéraire d’un explorateur excentrique" – Reid Mitenbuler

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L’explorateur, c’est Peter Freuchen -prononcer Froy-ken -, un de ces aventuriers comme on n’en voit plus, dont les périples datent d’une époque sans GPS ni motoneige, sans duvet sarcophage ni communications radio. Né au Danemark à la fin du XIXème siècle, il a parcouru l’Antarctique et la jungle sud-américaine, visité l’URSS, la Maison-Blanche et l’Allemagne nazie, a participé aux débuts du cinéma à Hollywood. On le trouverait peu crédible comme personnage de roman tant il semble avoir été non seulement présent, mais surtout impliqué, dans les événements majeurs de son époque. Homme pluridisciplinaire - voyageur, conférencier, combattant pour la liberté, journaliste, écrivain…-, même son apparence est incroyable. Avec son mètre 95 et sa carrure d’ours, sa tignasse blonde en bataille et son étonnante voix douce, il a été surnommé " le plus grand hippie de l’histoire polaire " par une certaine génération danoise. Il a grandi dans une famille socialement à l’aise mais peu guindé...