Articles

"Proies" - Andrée A. Michaud

Image
"Non, cette enfant ne sortirait jamais du bois." La forêt qui jouxte le village de Rivière-Brûlée est une forêt sans légende, à laquelle n’est lié aucun souvenir de drame. Elle va pourtant devenir le lieu du calvaire de trois adolescents partis y camper.  C’est le cœur léger que partent Alexandre, Abigail et Judith, pour cinq jours d’escapade en totale liberté. Au programme baignades, balades, bières, et histoires effrayantes à raconter au coin du feu. Mais assez vite, le séjour s’assombrit d’une inquiétante étrangeté. Les jeunes se sentent observés, et des traces de passage sur leur campement confirment bientôt qu’il ne s’agit pas que d’une impression. Le lecteur quant à lui les sait épiés, et même par qui, puisque l’auteure nous installe par intermittences aux côtés du prédateur, dont la cruauté décomplexée laisse présager le pire. C’est qu’il se divertit, lui, à l’idée d’instiller la terreur au sein du trio dont la jeunesse l’excite, à qui il va imposer une chasse macabre....

"La disparition d’Hervé Snout" - Olivier Bordaçarre

Image
"Le patron est invité, toujours avec une main autour du quiqui et une clé du poignet droit à la limite de lui tresser le radius avec le cubitus, à entrer en lui-même pour constater, déjà, les premiers signes d’un changement radical de comportement." Les Snout ont réussi, passant de la caste des salariés sans envergure à celle de ces petits-bourgeois que l’on désigne communément comme des "parvenus". L’ostentation de leur pavillon cossu, avec ses colonnades et sa décoration intérieure un peu kitsch, les inscrit d’ailleurs dans ce cliché. A trente-huit ans, Odile Snout est une belle blonde énergique, compétente dans son travail, qui passe son temps libre à reproduire sur toile des chefs-d’œuvre impressionnistes. Le foyer compte par ailleurs deux adolescents, des jumeaux on ne peut plus dissemblables. Tara est une fille brillante mais inadaptée au milieu scolaire, une rebelle qui s’adonne à la course à pied de manière compulsive et refuse depuis quelque temps de manger...

"Les forces" - Laura Vazquez

Image
"Les heures étaient longues dans mon enfance, mais je ne me suis pas tuée. J’ai l’air calme. Plus jeune, je cherchais tout. Et je pouvais rester devant les fleurs à la recherche de la scène : un pétale en train de tomber. Je voulais des scènes." Certaines lectures sont l’occasion d’une rencontre mémorable avec une plume, s’achèvent sur la certitude d’avoir découvert une voix inédite. Laura Vazquez est poète, et cela se vérifie dans chaque phrase de ce texte incroyable, par le soin apporté au choix des mots et aux images -souvent improbables mais toujours justes- qu’ils convoquent, par la musicalité qu’ils façonnent et le rythme qu’ils instaurent, qui donne d’emblée la sensation que voix de la narratrice investit votre esprit. Narratrice qui nous emmène dans un singulier périple, guidés par son regard dont l’intransigeante acuité met à nu l’absurdité et la violence du monde, mais se révèle aussi capable de transcender les apparences pour capter la beauté de l’insignifiant. Une...

C'était 2025...

Image
Voici venu le temps de la rétrospective annuelle…  D’abord quelques chiffres et événements littéraires/bloguesques marquants : ******** En reparcourant la liste des titres lus cette année, je réalise que les gros coups de cœur ont été peu nombreux, mais que j’ai en revanche beaucoup apprécié la plupart de mes lectures, notamment pour leur diversité  -classiques et primo-romans, nouvelles, polars, non-fictions …  Les nombreuses activités que vous avez proposées tout au long de 2025 ont une fois de plus été l’occasion de faire d’enrichissantes découvertes, en explorant des territoires inhabituels. Plutôt que d’effectuer un classement, j’ai donc préféré répertorier les livres qui ont constitué des moments forts de mon année de lecture (cliquer sur les images pour accéder au billet correspondant). S’il fallait n’en retenir qu’un Le classique enfin lu (et adoré) L’auteure, décidemment, à suivre Le sans précédent Le défi personnel Le premier roman TRES prometteur Le divertis...

"Boréal" - Sonja Delzongle

Image
Horreur boréale. Ça ne commençait pas trop mal… Une base scientifique isolée au cœur du Groenland, voilà qui promettait un huis clos glaçant ! Sous la houlette d’une climatologue anglaise et d’un sismologue danois qui cumule les fonctions de chercheur et de représentant politique, l’équipe hétéroclite qui y cohabite remplit une mission de veille sur les conséquences du réchauffement climatique. On y trouve entre autres une géologue japonaise aux yeux vairons traumatisée par la catastrophe de Fukushima, un jeune photographe français -et accessoirement schizophrène- accompagné d‘un impressionnant chien loup, ou encore un glaciologue canadien à l’humour grivois secrètement missionné par une organisation de défense des minorités ethniques… Lors d’une sortie, des membres de l’équipe tombent sur un immense cimetière de glace, composé de milliers de cadavres de bœufs musqués prisonniers du permafrost, près duquel se dressent d’inquiétants hommes de pierre, indices de la présence d’un sanctuai...

"Plus haut dans les ténèbres" - Sequoia Nagamatsu

Image
"La mort était devenue un mode de vie." Voilà un roman qui ne nous emmène pas là où on s’y attend… Cela commence avec la découverte du corps, âgé d’environ 60 000 ans, d’une fillette, en Sibérie, en 2030. Clara, la scientifique qui en est à l’origine, est décédée en chutant dans la grotte où se trouvait celle qu’elle a prénommée Annie. Elle laisse derrière elle sa fille Yumi, qu’elle avait confiée à ses propres parents, afin de pouvoir se vouer à un travail dans lequel elle plaçait l’espoir d’un avenir meilleur. Annie, porteuse d’un génome mêlant origines néandertaliennes et ADN d’étoile de mer, est un mystère. Serait-elle le chaînon manquant ? Son corps héberge également un virus que la glace a conservé durant ces milliers d’années. Cette première partie est comme un prologue. Ce qui suit pourrait passer pour un recueil de nouvelles, se déclinant en quatorze épisodes aux liens souvent ténus, qui lui sont plus ou moins postérieurs -de quelques années à des siècles plus tard-,...

"Voile vers Byzance" - Robert Silverberg

Image
"La chaleur était suffocante ; il erra dans le labyrinthe de ruelles grouillantes où s'alignaient les mêmes maisons sans fenêtres aux toits en terrasse et les mêmes murs aveuglants et indistincts, jusqu'à ce qu'il finisse par émerger sur une grande place où se tenait un marché. La vie de la cité foisonnait autour de lui, ou plutôt la pseudo-vie, l'interaction complexe de ces milliers de temporaires qui n'étaient que poupées gonflables animées pour nourrir l'illusion d'une Inde pré-védique." Nous voilà projetés au Cinquantième siècle. Cinquantième après quoi ? Personne ne sait. La population mondiale a drastiquement diminué, le contour des continents s’est modifié : un vaste bras de mer sépare l’Europe de l’Asie, l’Australie a disparu, l’Afrique a rétréci… Le monde est composé de villes temporaires, jamais plus de cinq à la fois, qui sont les reproductions de métropoles anciennes -la Rome de César, Rio de Janeiro, Chicago, Alexandrie… Tombouctou ser...