"Le pays des ténèbres" - Stewart O'Nan

Happy Halloween.

De Stewart O’Nan, j’avais déjà lu deux romans très différents : « Un mal qui répand la terreur », récit sombre et halluciné de l’immersion dans la folie d’un embaumeur de la fin du XIXème siècle qui doit faire face, suite à une grave épidémie, à l’omniprésence de la mort, et « Des anges dans la neige », chronique douce-amère qui s’attarde sur les déboires des laissés-pour-compte de l’euphorie du début des années 70, sur fond de crime passionnel.
Avec « Le pays des ténèbres », c’est encore un autre registre qu’il aborde, registre difficile à définir, mêlant fantastique, pseudo épouvante et intimisme.

C’est Marco qui s’adresse au lecteur. Il le fait d’outre-tombe : un an auparavant, il a péri avec deux de ses amis, Toe et Danielle, dans un accident de la route. C’était le jour d’Halloween, et à l’issue d’une course poursuite engagée avec Brooks, un policier, ils ont percuté un arbre. Ont survécu Tim, petit ami de Danielle, et Kyle, qui en a gardé de lourdes séquelles physiques et psychologiques. D’emblée, ce narrateur fantôme nous dévoile l’issue du récit : dans 24 heures, c’est Halloween, et Tim et Brooks ont, en cette date anniversaire, rendez-vous avec la mort.

S’enclenche alors un sinistre compte à rebours, durant lequel nous nous trouvons tour à tour avec Tim, la mère de Kyle, ou Brooks.

Le récit est ainsi composé de courts paragraphes, au gré des visites que rendent les esprits des jeunes défunts à ceux qui successivement pensent à eux, et sur lesquels ils portent leur regard cynique d’éternels adolescents, faisant ainsi preuve d’un humour parfois très noir !

Et on en vient presque à les envier, ces revenants, car les vivants qu’ils observent ne respirent pas vraiment la joie de vivre, justement : pétris de culpabilité, chacun pour des motifs différents (d’avoir survécu, d’avoir provoqué l’accident…), ils traînent un immense mal-être. D’ailleurs, l’existence de Toe et ses amis était-elle plus enviable ? Ils donnent surtout l’impression d’avoir connu l’ennui et le désœuvrement, de s’être sentis un peu à l’étroit dans leur petite ville de province sans âme, où les principales distractions se concentrent sur les fast-foods et les supermarchés. Parce qu’avec ce récit saccadé, où l’auteur semble « zapper » d’une scène à l’autre, et dépeint superficiellement ses personnages-fantômes, c’est bien de cela aussi qu’il est question : cette frénésie de vitesse, ce besoin de passer sans cesse à autre chose, qui font qu’au final, la plupart des plaisirs et des sensations sont édulcorés, futiles sans véritable satisfaction. Même l’épouvante, traitée ici avec ironie et détachement, paraît complètement affadie, à l’image de cette fête d’Halloween consensuelle et commerciale, et ayant perdu son sens originel.

Stewart O’Nan m’a séduite une fois de plus, et je pense n’en n’avoir pas encore terminé avec cet homme-là !

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