"Sanctuaire" - William Faulkner

"Faulknérien" :
Adjectif masculin singulier
Relatif à Faulkner, écrivain américain (1897-1962).

Lire un roman de William Faulkner, c'est un peu comme d'être initié à un mythe... il semblerait que nous ayons affaire à un maître, une référence. Pensez donc, son patronyme a même donné lieu à l'invention d'un adjectif ! Il en deviendrait presque intimidant... Enfin, d'après ce que j'ai cru comprendre, "Sanctuaire" serait l'une de ses œuvres les plus abordables.

S'inspirant d'un sordide fait divers, l'auteur a écrit ce roman en 1930, à l'époque de la prohibition. Le début du récit a d'ailleurs pour cadre une masure perdue dans les bois où quelques individus s'adonnent à l'alcool de contrebande. C'est là qu'à l'issue d'un accident de voiture échouent Temple et Gowan, deux étudiants, pour leur plus grand malheur. En effet, la situation tourne à la tragédie, et devient le point de départ, pour la jeune fille, d'une descente aux enfers, sur la pente irréversible de l'avilissement...

J'ai été d'emblée impressionnée par la capacité de l'auteur à imprégner son récit d'une intensité dramatique à la fois latente et comme envoûtante : il en émane une tension sous-jacente, induisant l'imminence d'événements dramatiques, qui ne sont pourtant jamais clairement exprimés. Faulkner suggère l'horreur plus qu'il ne la décrit, distille les informations relatives à l'intrigue avec parcimonie, bouscule la chronologie des faits. C'est ainsi presque en état d'hypnose qu'il nous plonge : assommé par cette atmosphère trouble et oppressante, le lecteur est à sa merci. Et peu importe finalement si les tenants et aboutissants de l'histoire ne sont jamais complètement dévoilés. L'intérêt du roman réside d'une part dans le style de l'auteur, qui concilie à la fois profusion et précision, d'autre part dans sa façon d'évoquer la lente déchéance de ses personnages, et les diverses alchimies qui découlent de leurs relations.
Des alchimies plutôt malheureuses, mettant en évidence la mesquinerie et l'hypocrisie de la nature humaine, dont il ne faut espérer ni charité ni compassion. Les héros mis en scène par William Faulkner laissent en effet peu de place à l'expression d'une quelconque grandeur d'âme... Quant à ceux qui sont censés garantir l'équité de cette société rongée par la corruption, protéger les plus faibles, l'importance de leur réputation et leur soif de pouvoir passent avant la légitimité de leurs principes...

"Sanctuaire" est un roman d'une noirceur désespérée, le récit du triomphe du mal et de l'injustice, dont on ressort quelque peu hébété, et qui nous laisse un goût amer, mais qui m'a effectivement convaincue de la grande valeur de son auteur.

A bientôt, Monsieur Faulkner...


J'ai eu le plaisir de faire cette lecture en commun avec Sandrounette : son avis est ICI.

Commentaires

  1. Lu il y a peu, avec les mêmes craintes de départ que toi, il est impressionnant ce Faulkner. Mon ressenti est à peu près semblable au tien, mais je regrette quand même le manque de précision dans l'intrigue, ça flotte et ça me gène...

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  2. Oui, j'avais effectivement lu ton billet. C'est vrai que j'ai trouvé au départ qu'il était difficile de rentrer dans ce roman, en raison de ce style un peu obscur, et puis une fois immergée dans le récit, cela ne m'a plus du tout gênée.

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  3. Contrairement à vous, je n'ai pas eu de mal à entrer dans le roman. J'ai même plutôt apprécié ce flottement qui colle parfaitement aux personnages.

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  4. Ok, ça valait la peine d'attendre ! ;-)

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  5. Je l'ai lu il y a très longtemps, un souvenir d'une très belle lecture qui me donne envie de le relire !

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  6. Lu il y a quelques temps également : je garde le souvenir d'une course folle, d'un bébé négligé, et d'une ambiance très glauque... mais un bon souvenir de lecture tout de même ! Il me semble qu'il y a une "suite" (Requiem pour une nonne) qui prolonge la vie du personnage féminin. Un jour sûrement !

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  7. >>Liretirelire : c'est probablement un roman que je relirai un jour moi aussi !

    >>Pickwick : oui, on y retrouve Temple ainsi que, si j'ai bien compris, certains personnages issus d'autres romans de Faulkner. Mais en ce qui me concerne, je crois que je vais plutôt poursuivre la découverte de cet auteur avec "Le bruit et la fureur".

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  8. Le bruit et la fureur, ce fut pour moi une lecture vraiment "à part". La (dé)construction de l'intrigue m'avait un peu perturbé ;) Heureusement pour moi que la préface de mon édition donnait certaines explications ! Mais il faut dire que je n'ai pas fait d'études littéraires, donc si je suis un peu "larguée" parfois, c'est juste normal ;) Et ce fut au finale une lecture forte, comme je les aime :)
    Ah, et j'ai "Pylône" dans ma PAL : si une lecture commune te tente un jour...

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