"La femme des sables" - Kôbô Abé

Enlisement.

Étrange roman que celui du japonais Kôbô Abé, "La femme des sables"...

Un professeur, entomologiste à ses heures, part en excursion à la recherche d'un insecte non répertorié. Sa quête le mène à un curieux hameau niché dans des dunes de sable. En fin de journée, l'un de ses habitants le conduit chez une femme qui peut l'héberger pour la nuit.
La maison où il est accueilli est placée au fond d'un trou, et on y accède par une échelle de corde. A la grande surprise du héros, dès le soir tombé, son hôtesse s'affaire à transvaser le sable qui s'accumule peu à peu au fond du trou dans des seaux, tâche à laquelle elle va s’atteler une bonne partie de la nuit. De sa monotone besogne dépend la survie du village, explique-t-elle, puisqu'il évite à celui-ci d'être complètement avalé par les dunes...
Lorsque le professeur se réveille le lendemain matin, prêt à repartir à la recherche de son insecte inconnu, l'échelle de corde a disparu. Il comprend rapidement qu'il ne s'agit pas d'un oubli : le voilà prisonnier de ce trou, dans un hameau coupé du monde, d'où personne n'est jamais parvenu à s'échapper, condamné à remplir, chaque soir, des seaux de sable. Un sable qui s'insinue en tout, qui assèche, irrite, cingle...

A l'absurdité de cette situation, le héros tente dans un premier temps d'opposer la logique. Il raisonne, réfléchit, se raccrochant à des certitudes qui n'ont, dans l'endroit où il se trouve, aucune légitimité. Posséder des papiers d'identité, être à jour de ses factures, avoir des collègues de travail censés s’inquiéter de son absence, sont autant d'arguments dérisoires face à l'impératif aberrant mais néanmoins vital qui régit l'existence du village des dunes, et face au fatalisme de sa compagne d'infortune, dont il ne peut comprendre la passivité et la soumission.
Lui se rebelle, veut imposer sa volonté individuelle à cette collectivité où chacun n'est considéré que comme le rouage d'un vaste et perpétuel labeur indispensable à la survie de tous...

Étrange roman, donc, dont le sujet me paraissait fort prometteur...

Et pourtant, malgré tout l'intérêt que peut présenter le thème de "La femme des sables", je dois avouer que je me suis ennuyée pendant cette lecture, qui s'est révélée laborieuse. Le style m'a parfois semblé inutilement compliqué, et j'ai eu l'impression de m'enliser au creux des longues réflexions du personnage principal...

Commentaires

  1. Bonjour Ingannmic,
    Bon, et bien voilà une note qui ne va pas me réconcilier avec la littérature japonaise. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à entrer dans l'écriture nipponne, mis à part Murakami, évidemment. Mais il doit bien y avoir d'autres auteurs ? Par contre, certains mangas m'ont vraiment percutée, "Gen d'Horoshima" par exemple de Keiji Nakazawa, sauf que l'ai pas dépassé le troisième tome, je pleurais comme une fontaine quasi à chaque page ! Je ne sais pas si c'est à recommander ...
    Athalie

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    1. Bonsoir,

      Je connais très peu la littérature japonaise, à part Murakami, que j'apprécie beaucoup moi aussi.
      Il y a bien "Les bébés de la consigne automatique", de l' "autre" Murakami (Ryu) que j'avais trouvé marquant (violent mais original et captivant) mais l'expérience suivante avec cet auteur (et son roman "Bleu presque transparent") a été une telle déception que je n'ai jamais renouvelé l'expérience...
      Ah, si, j'ai bien aimé "La bête aveugle" d'Edogawa Ranpo, original également, et j'ai "Le lézard noir" dans ma Pal, un autre de ses titres. Ses romans sont qualifiés de polars, mais ce sont des polars atypiques, avec une touche de surnaturel, d'étrange.

      J'ai l'impression d'ailleurs que beaucoup d'écrivains japonais contemporains aiment jouer, dans leurs romans, de cet aspect fantastique, bizarre.. et je comprends que l'on n'y accroche pas forcément.

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  2. Je pense aussi que la langue japonaise étant si différente de la langue française, les traductions n'arrivent jamais vraiment à recréer la même ambiance. Et donc, je ne lis presque plus de littérature japonaise...

    Il existe un film tiré du roman, tourné en 1964 par Hiroshi Teshigahara. Je sais que je l'ai vu mais ça fait très longtemps. J'ai un vague souvenir de l'avoir apprécié mais que c'était très long et assez bizarre.

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    1. Tu as probablement raison en ce qui concerne les traductions. Je me suis souvent demandée ce que donnerait du Murakami lu dans le texte... Mais autant les romans de Murakami me passionnent souvent, malgré les probables distorsions dues à la traduction, autant là...

      "Très long et assez bizarre"... : on peut dire que de ce point de vue, le film est fidèle au roman, alors !

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