"Le pyromane" - Thomas Kryzaniac

Histoire d'un allumé...

Vous dire que le roman de Thomas Kryzaniac tourne autour du feu... serait un peu facile ! Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas de déclenchements volontaires d'incendie dont il est ici question.

A l'image de son héros, le récit est hanté par la menace du feu, menace incessamment imminente, mais qui ne se matérialise jamais. Menace obsessionnelle, donc, qui peu à peu colonise la moindre pensée du narrateur, se traduit même par des symptômes physiques, envahit chaque seconde d'un quotidien organisé autour de ce fantasme, de ce monstre que représente pour lui le risque d'incendie.

Il n'a pas toujours été atteint de ce trouble. Enfant, sa marotte, c'était plutôt la rubrique des chats écrasés. Non pas celle des quotidiens de son petit village d'Alsace coupé par une unique route parcourue, les jours de pluie, par de gigantesques camions allemands. Il avait lui-même créé sa propre encyclopédie sur le sujet, dans laquelle il consignait soigneusement tous les cas de morts félines à déplorer suite, notamment, au passage des poids lourds teutons. L'idée était de rendre ainsi un secret -puisqu'il était l'unique lecteur de cette littérature nécrologique- mais nécessaire hommage à ces victimes auxquelles le reste du monde semblait totalement indifférent.

Quelques années plus tard, ayant laissé derrière lui le foyer familial et son étrange lubie, notre héros n'est donc pas pour autant tiré d'affaire...

"Le pyromane" peut susciter un certain malaise, le caractère absurde de l'intrigue, l'humour -noir- de Thomas Kryzaniac se mêlant au fort sentiment d'angoisse qui émane du comportement compulsif du personnage principal. Ce dernier étant le narrateur, le lecteur a du mal à prendre du recul vis-à-vis de son obsession, de sa démence. Le monde qui l'entoure, passé au filtre de son esprit malade, restitué au fil de ses pensées décalées, semble à peine réel, recouvert d'une opacité qui altère sa perception et nourrit sa phobie. Même les quelques personnes -et elles sont rares- avec lesquelles il entre en contact font figue d'individus étranges, vaguement dangereux, en proie eux aussi à d’inquiétants délires...

Un premier roman original, prenant, bref, plutôt réussi, l'auteur nous entraînant avec talent dans son ambiance glauque et surréaliste.

C'est l'avis de Thomas qui m'a donné envie...

Commentaires

  1. Angoisse et malaise, c'est ce que je ressens en regardant cette couverture : ça me fait flipper...

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    1. C'est vrai qu'elle est flippante, cette couverture. Elle n'est pas forcément en rapport avec le récit, mais donne une bonne idée de son ambiance, en effet !

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