"Michael Kohlaas" - Heinrich von Kleist

Une implacable soif de justice...

Brandebourg -futur royaume de Prusse-, XVIème siècle.
Michael Kohlaas est un prospère marchand de chevaux. Réputé pour être un homme intègre et respecté, il mène avec femme et enfants une existence paisible.
Ce qui pousse cet individu sans histoire à devenir, en l'espace de quelques semaines, un guerrier implacable et violent, nous le découvrons dans ce roman d'Heinrich von Kleist paru en 1810.

C'est une injustice dont il est victime qui conduit Michael Kohlaas à prendre les armes. Un hobereau, von Tronka, dont il devait traverser les terres pour se rendre en Saxe afin d'y vendre des chevaux, a détenu arbitrairement, sous prétexte d'un droit de passage, deux de ses bêtes. A son retour, lorsque Michael a voulu reprendre les chevaux laissés en gage, il s'aperçoit non seulement que ceux-ci ont été maltraités, mais qu'un sort identique a été réservé au jeune valet qu'il avait laissé sur place pour s'en occuper.
L'inaboutissement des procédures entamées auprès de la cour de Dresde pour obtenir réparation (le marchand réclame la restitution de ses chevaux remis sur pied) est le point de départ d'un déchaînement de violence, dont de nombreux innocents feront les frais, et qui finit par prendre une ampleur politique et sociale lourde de conséquences.

D'emblée, le lecteur éprouve pour ce héros, qui se dresse contre l'iniquité d'une société féodale dans laquelle la puissance des relations prime sur le bon droit, une respectueuse sympathie. Son combat, qui se veut aussi un symbole de la lutte du peuple contre la noblesse, provoque de même, dans un premier temps, l'adhésion des masses.
Mais ce sentiment se transforme peu à peu en une incompréhension effarée face à la rage qui fait perdre à Michael Kohlaas tout discernement et toute humanité, le rendant lui-même injuste. Et c'est bien ce qui fait en grande partie l'intérêt de ce texte, que cette ambivalence que suscite en nous le comportement du personnage, expression d'une folie furieuse, que rien, a priori,  ne laissait présager.

Un récit court et efficace, dont j'ai également beaucoup aimé la conclusion...

Commentaires

  1. Jusqu'à tout récemment je ne connaissais pas ce roman mais dans un livre de Philip Roth (je ne me souviens plus lequel) il en parle comme un classique et un de ses romans préférés. Bref, je viens de le placer dans ma (longue) liste de livres à acheter...

    RépondreSupprimer
  2. En effet, Roth, c'est une bonne référence...
    Je l'ai personnellement acheté complètement par hasard, attirée par le format dans lequel les Éditions des Mille et Une Nuit l'ont publié, et parce ce que j'aime beaucoup l'acteur danois qui prête son image à la couverture (en revanche, je n'ai pas vu le film inspiré du roman) !

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire