"Arrive un vagabond" - Robert Goolrick

Des gens ordinaires...

Il faut croire que je suis dans ma période "seconde chance"... Après Claudie Gallay, et une nouvelle expérience aussi peu concluante que la première, j'ai décidé de nous offrir, à Robert Goolrick et moi, un nouveau départ.

"Féroces" m'avait en effet laissé un sentiment plus que mitigé. Toutefois, ses dernières pages m'avaient permis d'entrevoir la possibilité, non pas d'une île, mais d'un plaisir futur, lié à une sorte de force que l'auteur semblait capable de donner à sa plume, et qui malheureusement ne s'exprimait que trop rarement dans le roman susnommé.

Avec "Arrive un vagabond", Robert Goolrick délaisse ses souvenirs d'enfance, dont il s'est inspiré afin d'écrire "Féroces", pour imaginer des personnages et une histoire complètement fictives. Oh, c'est une histoire toute simple...
Nous sommes à la fin des années quarante, dans une bourgade du sud des États-Unis, dont les habitants ne sont pas plus méchants qu'ailleurs. La vie s'y écoule tranquillement, tout y est à place : les commerçants au coeur de la ville, les noirs à l'extérieur, qui évitent de se rendre chez les premiers aux mêmes heures que les blancs. Chacun son quartier, chacun son école, chacun son église, personne ne cherche à y redire (le temps n'est pas encore venu des revendications égalitaires), Brownsburg est recouverte d'un vernis de respectabilité qui en fait une localité bien proprette !
Arrive... Charlie Beale, jeune boucher de son état, individu peu loquace mais d'humeur toujours égale, et surtout d'une courtoisie et d'une gentillesse sans faille. Par ailleurs, il est particulièrement doué pour tailler steaks et bavettes, ce qui lui permet de se faire embaucher par le boucher du coin, dont il conquiert aussi la petite famille, notamment Sam, le fils de six ans. Bientôt, tout Brownsburg ne jure que par ce sympathique et discret garçon.
Sylvan aussi est séduite. Mais elle est mariée. A ce riche lourdaud de Boaty, qui, se préoccupant, à plus de quarante ans, de n'avoir pas d'épouse, est allée la sortir du coin reculé de campagne où la donzelle, alors même pas majeure, trainait sa beauté et ses rêves d'Hollywood entre les auges à cochons et un foyer grouillant d'une fratrie de marmots déguenillés.
Boaty est souvent absent, et très vite sa jeune épouse et Charlie nouent des relations plus intimes, dont Sam est l'unique et muet témoin...

On pourrait donc dire qu' "Arrive un vagabond" est une banale histoire d'amour et d'adultère, une histoire d'amitié aussi, entre un homme et un petit garçon perdu dans des histoires d'adultes.
Mais c'est également une histoire que Robert Goolrick parvient à rendre unique et remarquable. A aucun moment, il ne verse dans la mièvrerie, ou la facilité à laquelle le thème de son intrigue aurait pu se prêter. La sobriété de son synopsis laisse la place à l'expression de la subtilité dont fait preuve l'auteur pour décrypter la complexité des relations qui unissent ses héros. Ainsi, La psychologie de ses personnages est loin d'être simpliste, le ton est juste pour exprimer leurs contradictions, leurs inavouables lâchetés et leurs frustrations, leurs difficultés à comprendre les émotions qui parfois les submergent. 
De même, derrière les apparences d'honorabilité et de gentillesse qu'arborent les citoyens de Bromnsburg, il traque l'hypocrisie, la promptitude à juger son prochain à l'aune des sermons servis par une église rigide et bien pensante...

De quoi me réconcilier avec Robert Goolrick, donc...

Commentaires

  1. Excellent ! Tu as raison, le sentiment de lecture est tellement subjectif, il dépend de tellement d'éléments. Moi aussi, dernièrement, j'ai lu Valentine Goby alors que je n'avais pas été emballée par d'autres romans. J'ai adoré Kinderzimmer.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai bien l'intention de lire Kinderzimmer, aussi, mais les autres titres de cette auteure ne me font pas envie !!
      C'est vrai que la compatibilité entre un lecteur et une œuvre dépend d'une alchimie subtile et parfois inexplicable...

      Supprimer
  2. "Féroces" ne m'avait pas plu. J'en resterai là. Peut-être à tort.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pensais comme toi, jusqu'à ce que lise ce billet de Gaëlle, qui m'a convaincue de persévérer :
      http://cafedegaelle.blogspot.fr/2012/08/robert-goolrick-arrive-un-grand.html
      ...

      Supprimer
  3. Bonjour Ingannmic, je n'avais pas détesté "Féroces" car j'avais le style intense du début à la fin, il n'épargnais pas le lecteur. L'histoire était vraiment épouvantable. Donc, j'arriverais bien à lire "Arrive un vagabond" mais pas tout de suite. Bonne journée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Dasola,

      Je suis sûre que ce titre te plaira...

      Bon week-end.

      Supprimer
  4. Une deuxième chance, pourquoi pas, vu ce que tu en dit ... Ce titre me tentait bien mais "Une femme simple et honnête" du même auteur ne m'avait pas convaincue. Pour Valentine Goby aussi, j'ai beaucoup aimé " Kindzimmer" et moins "Banquises" ... A suivre pour un troisième essai ...

    RépondreSupprimer
  5. Bah, mince, je m'étais justement dit, au vu de cette deuxième expérience, que je pourrais lire Une femme simple et honnête...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire