"Mendiants et orgueilleux" - Albert Cossery

Éloge de la misère.

Avec "Mendiants et orgueilleux", Albert Cossery nous introduit dans une cour des miracles peuplée de personnages hauts en couleur, à la fois misérables et magnifiques.

Gohar a laissé derrière lui son existence confortable de professeur d'histoire et de littérature pour vivre dans le dénuement le plus total, entre les murs d'une chambre minuscule d'un quartier populaire du Caire. Détaché de toute contingence matérielle, il est ravi de son choix, qui lui permet d'être enfin immergé dans ce qu'il considère comme la vraie vie, au contact d'individus souvent presque aussi démunis que lui, mais que leur énergie et leur joie de vivre rendent riches de trésors inquantifiables. Son unique rêve est désormais de partir vivre en Syrie, éden où il pourra s'adonner sans entrave à sa dépendance au haschich. En attendant, c'est le truculent Yéghen, pauvre diable d'une incroyable laideur, qui le pourvoit charitablement en cannabis.
On rencontre également dans ces pages un fonctionnaire aussi prompt à embrasser des causes humanistes qu'à les oublier, face au prosaïsme de la réalité, un policier que sa passion pour la beauté de certains jeunes hommes pousse à s'humilier devant un prétentieux fils de notable, un homme-tronc dont le succès auprès des femmes rend l'épouse maladivement jalouse...

Le monde dépeint par Albert Cossery grouille, de bruits, d'odeurs, de mouvements. Il en chante la gaieté et l'insouciance, vante les vertus de ceux qui savent ne pas se prendre au sérieux, loue la liberté que confère le détachement des biens matériels et de l'ambition sociale, mais aussi de toute idéologie.
Il rend ainsi un bel hommage à la vie, à son "absurde facilité". En plantant son récit au cœur des rues miséreuses du Caire, il nous montre comment elle jaillit avec d'autant plus de force et de générosité qu'elle se manifeste dans des détails a priori insignifiants, qu'elle s'exprime au travers de choses simples.

L'écriture à la fois précise et légère de l'auteur, les situations cocasses, la sagesse malicieuse des réparties de ses héros, qui dotent son roman d'une facture théâtrale, font de la lecture de "Mendiants et orgueilleux" un véritable moment de plaisir !

Commentaires

  1. J'ai acheté direct le volume I de ses oeuvres complètes qui commence par ce livre et j'en suis ravi !!! (je ne sais plus si c'est ton blog/article qui m'a décidé mais je l'avais déjà fait avec un autre ecrivain : Georges Darien)
    un vrai écrivain qui a un style et des idées perso...
    (en fait c'est "76 clochards celestes ou presque" de Thomas Vinau qui m'a décidé...)
    Mais le monde est petit... tous les bons écrivains reviennent toujous nous hanter...
    J'avais vaguement entendu parlé de Cossery (je pense que c'est lui) il y a fort longtemps : il habitait dans un hotel depuis 40 ans (ça marque, c'est tout ce que je me souviens)...
    Idem pour Bukowski , je me souvenais d'une scène dans Apostrophe...
    Idem pour Céline, à peine évoqué au lycée...
    Idem pour Roger Rudigoz avec son journal "Saute le temps" ; j'avais lu enfant son livre pour la jeunesse : "Les contes de la souris chauve" il a plus de 30 ans ! (son journal : mélange de Céline/Henri Calet pour faire court)
    à qui le tour ???

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    1. Tes commentaires sont toujours une mine d'idées de lectures...
      ... et du même Cossery, j'ai été déçue par la lecture de La violence et La dérision, lu il n'y a pas si longtemps.

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    2. D'ailleurs si je puis me permettre il y a une erreur dans ton résumé :
      "un cul-de-jatte dont le succès auprès des femmes rend l'épouse maladivement jalouse..."
      c'est n'était pas un cul-de-jatte mais un homme-tronc !
      ce qui étonne encore plus le narrateur sur la jalousie de sa femme...

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    3. Je ne me souviens pas... je rectifie !

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