"L'étreinte fugitive" - Daniel Mendelsohn

Fouilles introspectives...

De quoi sommes-nous fait ?
Telle est la question à laquelle Daniel Mendelsohn semble vouloir répondre dans "L'étreinte fugitive".
Premier volet du triptyque qui se poursuit avec "Les disparus", ce roman a curieusement été publié en France postérieurement à ce dernier, bien qu'écrit dix ans auparavant...

D'aucuns ont prétendu, et d'autres prétendront sans doute encore, que "L'étreinte fugitive" est un roman sur l'homosexualité. Certes, l'auteur y dépeint ses premiers émois face à la beauté de jeunes garçons qu'il croise dans les couloirs de son lycée, ses aventures fugaces avec les hommes rencontrés par internet... mais son orientation sexuelle y est à mon sens accessoire.

L'intérêt de ce récit réside surtout dans la manière dont Daniel Mendelsohn convoque, pêle-mêle, des souvenirs, qui n'ont a priori guère de liens les uns avec les autres, et comment, peu à peu, se dessine une mosaïque finalement homogène, avec comme fil conducteur la construction de son identité.

A aucun moment l'auteur ne fait preuve d'auto complaisance. Il s'exprime sans complexe non plus, à la manière d'un archéologue qui, en creusant minutieusement dans sa mémoire, en extirpe des vestiges qu'il juge significatifs, importants dans la démarche qu'il entreprend pour tenter de comprendre comment il est devenu l'homme qu'il est aujourd'hui. Les épisodes mettant en scène son panthéon familial sont tantôt relatées sur le ton de l'anecdote, et tantôt parés d'une dimension quasi légendaire, la véracité de certains événements, enrichis des interprétations ou des remaniements volontaires de qui les raconte, et les transmet ainsi aux générations suivantes, se révélant parfois toute relative.

En mettant régulièrement en parallèle ses expériences avec l'évocation de certains mythes grecs (Daniel Mendelsohn est un helléniste passionné), il s'interroge non seulement sur la genèse de son identité (sexuelle, culturelle...) mais aussi d'une manière plus générale sur des problématiques dans lesquelles tout lecteur se retrouvera : la façon dont notre histoire conditionne les mécanismes de nos désirs, ou encore la difficulté à concilier toutes les contradictions que nous portons en nous, mais grâce auxquelles tout individu est un être riche et complexe.
Entre autres...

La finesse de son analyse, et son écriture d'un classicisme soigné, contribuent à faire de "L'étreinte fugitive" un grand moment de lecture.

Commentaires

  1. Mendelsohn est un homme brillant... tellement que malgré la lecture de Les Disparus, et quelques articles (dont celui-ci, récent sur la fascination intacte du public pour le Titanic), j'ai toujours une appréhension quand j'aborde un de ses textes.

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    1. Je ne te contredirai pas : j'avoue que j'ai dû relire plusieurs fois certaines phrases pour en saisir le sens ...
      Mais cela fait aussi partie du plaisir de la lecture. C'est un texte exigeant, mais très enrichissant.
      Et merci pour le lien vers l'article, je m'en vais le découvrir illico !

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