"Les versets du pardon" - Myriam Antaki

Trop utopique ?
 
C'est depuis la cellule d'une prison qu'Ahmed, le narrateur, s'exprime. En une brève introduction, il se présente comme un terroriste palestinien, en attente de son exécution, prévue pour le lendemain.
Il a grandi dans un orphelinat libanais, avant d'être recueilli par un cheik qui lui a inculqué la nécessité de la vengeance par la violence. Sa mère biologique est un jour venue le trouver, pour lui remettre une lettre écrite de sa main et un journal, rédigé par le père qu'il n'a jamais connu.

Dans un long monologue intérieur, qui confine à l'incantation, il s'adresse à ce père avec lequel il se découvre, malgré tout ce qui les sépare, des points communs. Il reconstitue au cours de son soliloque les événements relatés dans le manuscrit paternel. Ayant réussi à s'échapper du convoi qui, depuis sa Gironde natale, devait le conduire en camp de concentration, son père, de confession juive, a rejoint la Palestine où il s'est engagé dans le mouvement sioniste afin de faire reconnaître l'état d'Israël. Il y a également entretenu une liaison clandestine avec une jeune chrétienne ; Ahmed est né du fruit de ces amours.

En mettant en scène cet improbable trio (précisons que les parents naturels d'Ahmed se nomment David et Marie...), Myriam Antaki se livre à une sorte de démonstration. En analysant les circonstances qui conduisent David et Ahmed à devenir des terroristes, elle démontre que, dans un camp comme dans l'autre, si les motivations peuvent paraître parfois compréhensibles, la barbarie qui en découle est vaine, et se révèle bien souvent aussi destructrice pour ceux qui la subissent que pour ceux qui l'infligent. Elle met en évidence ce qui rassemble ses personnages, plutôt que ce qui les oppose, plaidant ainsi pour une collaboration inter communautaire dans le respect de l'autre et de son intégrité.

Je dois avouer que je n'ai pas été réellement convaincue. En faisant de ses héros les représentants des communautés impliquées dans le conflit israélo-palestinien, elle les réduit à une dimension symbolique, et le récit en perd sa crédibilité, et prend même parfois une dimension quelque peu angélique. Ceci dit, je pense qu'il s'agit d'une volonté délibérée de l'auteure, que de faire de ces "Versets du pardon" une sorte d'allégorie, dans laquelle les trois religions monothéistes pourraient se réconcilier*...

Dommage, car c'est par ailleurs très joliment écrit, Myriam Antaki ayant trouvé la juste mesure entre poésie et lyrisme (à la lecture des premières pages, j'ai craint un style trop "fleuri", mais la suite m'a donné tort). Malheureusement, pour les raisons évoquées plus haut, je n'ai pas vraiment accroché à ce roman.

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*Dans une interview donnée quelques années après la parution de ce roman (en 1999), Myriam Antaki a indiqué : “Il me serait impossible aujourd’hui d’écrire un tel livre, je suis trop choquée par l’horreur qui touche actuellement la Palestine. Cela fait régresser tout projet de paix, inhibe tout travail de l’imaginaire, étouffe toute utopie. Il va falloir des années pour refermer autant de blessures, cicatriser toutes ces plaies, faire taire la douleur, recommencer, un jour peut-être, à envisager la paix.”

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