"Confessions d'un barjo" - Philip K. Dick

"Un enfant est un animal crasseux et amoral, sans instinct ni bon sens, qui souille son propre nid dès qu'il en a l'occasion".

Apparemment, "Confessions d'un barjo" est un roman à part dans l'oeuvre de Philip K. Dick, réputé pour être un célèbre auteur de science-fiction.
Ce titre, en effet exempt de tout aspect fantastique ou surnaturel, n'en est pas moins fort réussi.

Nous sommes dans l'Amérique rurale des années 50. Jack Isidore est accueilli dans la gigantesque demeure de sa sœur Fay et son mari Charley. Ce n'est pas de gaieté de cœur que Fay héberge cet imbécile patenté qu'elle a toujours méprisé, elle y a été contrainte par l’incapacité de son frère à mener une existence autonome et "normale".
Ce dernier a toujours fait preuve d'un comportement étrange, accumulant d'étranges collections, et se passionnant à l'extrême pour tous les phénomènes paranormaux.
Mais ce n'est pas pour autant que Jack est débile, comme nous le réalisons assez rapidement à la lecture de ses "confessions", dont la transcription alterne avec la narration par Fay de leur cohabitation, et des passages écrits à la troisième personne, qui nous livrent une vision plus globale et plus objective de l'existence mouvementée de cette improbable famille...

Jack porte sur son entourage un regard perspicace, car dénué de toute interférence émotionnelle. Candide des temps modernes, doté en plus d'une sorte d'assurance bornée, il dépeint sans fard ni complaisance les relations qui président au sein de ce foyer soi-disant modèle, dont le vernis de respectabilité et d'aisance sociale se craquelle pour révéler névroses et sauvagerie.

La personnalité de Fay, notamment, qui exaspère et fascine tout à la fois, est passée au crible du regard fraternel, pointant ses limites et ses contradictions, et son incapacité à faire coller sa vision idéale de la famille avec la réalité que lui renvoie la médiocrité de son époux, mais aussi ses propres faiblesses. Cette femme semble incapable d'éprouver de l'affection pour quiconque, y compris pour ses propres enfants, incapable également d'éprouver le moindre plaisir, la moindre joie. Pétrie de certitudes confortées par les soi-disantes affirmations de l’analyste très onéreux qu'elle consulte régulièrement depuis des années sur le comportement de ses proches et des individus en général, elle se pose vis-à-vis d'eux en moralisatrice omnisciente et intraitable.

Une attitude qui finit par mettre Charley à bout, déclenche des scènes parfois très violentes, et instille peu à peu au sein du couple une haine réciproque. 

"Confessions d'un barjo" est un récit loufoque et cocasse, l'humour y côtoyant l'horreur avec pour résultat un impitoyable jeu de massacre, dont la cible est l'apparente perfection vendue par "l'American way of life". L'auteur semble rire aux dépens de ses catastrophiques héros qu'il met en scène dans des épisodes parfois hilarants, pour la plus grande joie du lecteur, qui ne manquera pas de sortir fort réjoui de cette pitoyable mais épique aventure...

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