"Retour à Little Wing" - Nickolas Butler

"Pour moi, c'est ça l'Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une détresse telle qu'on ne penserait jamais qu'elle tolère la musique, la nourriture ou l'énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n'y crois pas. Je refuse d'y croire".

Qu'est-ce qui fait des années lycée, de l'époque de notre jeunesse, une période pour laquelle nous gardons souvent un souvenir attendri et nostalgique ?

Sans doute le regret d'avoir perdu une partie de l'insouciance qui nous permettait d'accomplir des choses que l'on tremble d'imaginer nos enfants oser à leur tour, ou qu'il faudrait nous payer cher pour nous voir les réitérer, âgés de quelques années supplémentaires...
Sans doute le fait de se dire que nous ne connaîtrons peut-être plus jamais une telle variété de possibilités, que nous ne nous trouverons plus jamais à la croisée d'autant de chemins..

C'est cette nostalgie qu'à su capter Nickolas Butler, en mettant en scène quatre amis ou copains d'enfance qui, à l'occasion de retrouvailles provoquées par le mariage de l'entre d'entre eux, subissent de diverses manières les résonances que leurs espoirs de jeunesse désormais enfuis ont sur leur vie actuelle.

Il faut dire qu'ils ont respectivement empruntés des chemins très différents. Pendant que Lee et Kip ont quitté Little Wing, l'un pour mener une carrière de rock star qui lui a permis d'accéder à la célébrité, l'autre pour s'assurer un confortable niveau de vie en exerçant, à Chicago, le métier de courtier, Hank et Ronny sont restés dans leur ville natale. Le premier, modeste fermier, coule, malgré les difficultés financières, des jours heureux entre sa femme Beth et leurs deux enfants. Le second, ex champion de rodéo, est mentalement diminué suite à un accident. Il vit seul, et est resté malgré son désœuvrement, un ami fidèle et toujours de bonne humeur.

Les deux exilés vont finalement revenir à Little Wing, Lee parce que c'est là qu'il se sent réellement vivre, et Kip pour retrouver ce qu'il n'a jamais vraiment eu, tenter de conquérir une amitié dont il aurait aimé être l'objet...

"Retour à Little Wing" est un texte très touchant, parce qu'il est l'exact reflet des valeurs qu'il représente, que sont l'authenticité, la simplicité. Pour autant, ce n'est un récit ni simpliste, ni angélique. Nickolas Butler, avec justesse et sincérité, raconte la vie, ses anecdotes et ses drames, ses détresses et ses joies. La tendresse qu'il éprouve pour ses personnages, pour leurs réussites comme pour leurs failles, les rend profondément humains.

Les avis de Sandrine et de Miss Sunalee.

Commentaires

  1. C'est vraiment une réussite ce roman. Je ne m'attendais pas à apprécier à ce point un roman que la plupart des lecteur s'accorde à qualifier de touchant...

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    1. Cela tient sans doute au fait que l'auteur sait susciter l'émotion sans en faire des tonnes... et puis on se sent forcément quelques affinités avec ses héros.

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  2. Tu fais bien de rappeler ce roman à mon souvenir. Les billets avaient été si élogieux et unanimes (même l'intraitable Sandrine l'a apprécié... ;-)) que je m'étais laissé tenter... mais, depuis il attend toujours dans ma pile.
    Dès que j'ai fini le Doerr, je m'y mets (enfin, on dit ça...).

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    1. Le Doerr ? Je ne connais pas... est-ce bien ?
      J'espère que tu trouveras le temps de te lancer dans le roman de Butler, c'est vraiment une réussite, et c'est par ailleurs un titre très facile à lire..

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    2. Il s'agit en fait du dernier roman en date d'Anthony Doerr (tu as peut-être entendu parler de son Mur de mémoire qui a eu quelques échos dans les blogs) : All the lights we cannot see qui a reçu le Pulitzer cette année et dont la traduction vient de paraître chez Albin-Michel). C'est un petit pavé de presque 600 pages sur le destin croisé (enfin croisé pour le moment, je ne serais pas étonné de les voir se rencontrer un de ces jours) d'un jeune allemand et d'une française pendant la 2e guerre mondiale. Ça se lit bien, le texte est dynamique, les chapitres sont courts mais je suis étonné qu'il ait reçu un prix aussi prestigieux (en même temps j'en suis à peine à la page 200). Affaire à suivre...

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    3. Bon, à suivre en effet... je viens de terminer un pavé d'un auteur américain également : La mémoire est une chienne indocile, qui m'a beaucoup plu. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi poignant..

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    4. Ça ne m'étonne pas. J'ai lu beaucoup de bien sur ce roman, à sa sortie.

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  3. merci pour le lien !
    je suis contente qu'il t'ait plu !

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    1. C'est à moi de te remercier, ton billet m'a permis de me remémorer ce titre noté suite à l'avis de Sandrine, mais que j'avais un peu oublié..

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  4. Tu dis bien tout ce qui fait le charme et l'authenticité de ce livre.

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    1. Tiens, j'aurais loupé ton billet ... ?

      "Authenticité" est en effet l'un des premiers termes que m'a évoqué cette lecture..

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