"Ni fleurs ni couronnes" - Maylis de Kérangal

Des eaux glacées de l'Atlantique à la fournaise d'un volcan méditerranéen.

"Ni fleurs ni couronnes" rassemble deux courts textes : celui qui a donné son titre à l'ouvrage, et "Sous la cendre".

Dans le premier, Maylis de Kérangal imagine une anecdote qu'elle imbrique à un célèbre fait divers : le torpillage, en 1915, par la marine allemande,  du bateau de croisière le Lusitania. Cet événement, survenu au large des côtes irlandaises, provoque la rencontre entre le jeune Finnbarr et une jeune fille dont on ignore le nom. Entre ces deux-là, naît une sorte de connivence tacite et immédiate, sans doute nourrie de leur même besoin de fuite. 

Finnbarr, grand gaillard taiseux, pourvu de mains larges comme des battoirs, a brusquement fui à bord d'une barque son village natal où, depuis le départ de ses deux frères, il se sent bien seul et a l'impression de s'enterrer. C'est par hasard s'il a échoué à Georgetown -point de départ vers l'Amérique- au moment du drame.
Elle, est venue pour tenter de retrouver le corps de son amant, passager du Lusitania, mais on devine qu'il ne s'agit là que d'un prétexte pour tout simplement partir, tenter ailleurs un nouveau départ. Leur complicité se consolide autour du repêchage de cadavres, activité macabre à laquelle ils vont, comme tant d'autres et contre la promesse d'une récompense, se livrer plusieurs jours durant.

A l'ambiance grisâtre et miséreuse de l'Irlande du début du XXe siècle, succède l'image, lumineuse, et brûlante, du Stromboli, un peu moins d'un siècle plus tard. Les corps ne se cachent plus, s'exhibent au contraire avec naturel, simplicité, et conservent malgré tout ce mystère nourri de leur magnétisme. 
Il est là aussi question de rencontre, du partage d'un moment furtif mais intense. Pierre et Clovis ont décidé d'interrompre un travail commun par une courte pause, et ont choisi pour ce faire de passer trois jours sur l'île, au cours desquels une ascension nocturne du volcan est prévue.
Ils y font la connaissance d'Antonia, fille libre et solide... le duo devient trio, provoquant inévitablement un déséquilibre...

Troisième "roman" de Maylis de Kérangal, "Ni fleurs ni couronne" n'a pas le souffle d'un "Naissance d'un pont", ni même d'un "Corniche Kennedy". Je revendique par ailleurs une nette préférence pour le premier texte, dont j'ai trouvé le thème plus original, et les personnages plus marquants.  Malgré tout, si l'écriture y est moins travaillée, moins torrentielle que dans ses futurs écrits, on y devine les prémisses de l'oeuvre à venir dans cette expressivité toute en métaphores et ce sens du rythme qui, chez l'auteure, semble couler de source. On y retrouve aussi cette capacité, grâce à la multitude de détails significatifs dont elle l'enveloppe, à capter l'instant et à nous le rendre palpable.


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Commentaires

  1. Je rejoins ton avis, ces deux textes ont un côté un peu inabouti et imparfait par rapport à d'autres titres de cette auteure, dont "naissance d'un pont", qui est juste magistral, à mon sens, dans l'écriture épique et le souffle romanesque. "Réparer les vivants", je l'ai sous le coude, il me fiche les jetons, mais je sens que je vais quand même me prendre par la main pour y rentrer. Et oui, le premier de ces deux textes a aussi ma préférence, plus sombre, plus retenu, aussi.

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    1. Réparer les vivants a, je crois de grandes chances de te plaire. J'en ai moi-même beaucoup aimé la première partie où l'on retrouve le style de l'auteure dans toute splendeur... je serais d'ailleurs curieuse d'avoir ton avis, étant visiblement la seule à lui reprocher cette baisse d'intensité dans sa seconde partie..

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