"La nuit du chasseur" - Davis Grubb

David contre Goliath.

L'édition de poche dans laquelle j'ai lu "La nuit du chasseur" était de nature à me plonger dans une autre époque : odeur de papier moisi, pages jaunies, voire tâchées de vieilles auréoles d'humidité...

Et en effet, le récit invite à un léger bond en arrière, plus précisément au moment où sévit aux Etats-Unis la grande Dépression.
Mais c'est surtout à un retour vers vos cauchemars d'enfant que vous convie Davis Grubb qui, il faut l'avouer, fait preuve d'un talent certain pour réveiller les terreurs enfouies en vous...

Willa Harper a pris courageusement son existence en main à la mort de son mari, Ben, condamné à la pendaison suite à un braquage qui a mal tourné. Son époux n'était pas un mauvais bougre, mais acculé par les dettes, en ces temps de crise financière, il ne voyait plus d'autre voie pour élever convenablement leurs deux enfants, John et Pearl, que celle de l'illégalité.
Il a emporté dans la tombe le secret de la cachette de son butin : malgré la pression des inspecteurs de police, du juge, de son avocat, et de son codétenu Harry Powell, surnommé Le prêcheur, il est resté muet jusqu'au bout quant au sort des 10 000 dollars dérobés à la banque.

Un secret qui suscite fantasme et convoitise... Dès sa sortie de prison, Le prêcheur entreprend de séduire la veuve de Ben, et il parvient sans trop de mal, armé de son charme manipulateur, de ses belles paroles et de ses mensonges.
John, l'aîné du couple Harper, n'est pas dupe. Du haut de ses neuf ans, il a intuitivement compris le manège d'Harry. Persuadé que le garçon, présent lors de l'arrestation de son père, sait où se trouve le magot, ce dernier lui fait subir un harcèlement d'autant plus insupportable que personne, dans l'entourage de John, ne prend au sérieux ses plaintes à propos de son épouvantable beau-père. Même sa mère ne lui est d'aucun secours : littéralement subjuguée par son nouvel époux, elle est tombée dans un fanatisme religieux qui confine à la démence.

"La nuit du chasseur" est un récit haletant, qui vous vrille les nerfs et malmène votre rythme cardiaque. La traque impitoyable menée par le personnage du Prêcheur, dont seul le lecteur sait, dès le début du roman, qu'il est un tueur en série, vous ramène au temps où vous croyiez aux croquemitaines, car Davis Grubb dépeint avec justesse les émotions qu'elle suscite chez John. En raison de son jeune âge, il agit poussé par son instinct de survie, en proie autant à la confusion qu'à la terreur, d'autant plus qu'il est désespérément seul face à un adversaire qu'il n'est a priori pas de taille à affronter.

L'auteur ne nous épargne pas : scènes de poursuites nocturnes ou de faces à faces oppressants dépeintes avec minutie, le tout servi par une écriture à la fois précise et subtilement lyrique... tout est mis en oeuvre pour vous empêcher de refermer son roman avant la dernière page !

Commentaires

  1. Tu ne fais pas allusion au film ... C'est un des films cultes, et tu me donne grandement envie de lire ce livre, car comme pour L’analphabète et la cérémonie, Rebecca et Rebecca, j'ai bien l'impression que l'on a affaire à deux grandes rencontres de littérature et de cinéma.

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    1. Je ne parle pas du film car je ne l'ai pas vu... d'après ce que je comprends, c'est une lacune à combler... je le mets donc sur ma pile des FAV (Films A Voir !!)

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  2. Le bouquin est très bon mais le film jouit d'une telle aura avec ses images de lune sur le fleuve, de barque dérivant, et toute la duplicité de Mitchum, qu'il est difficile de le lire en faisant abstraction d'une telle mise en scène.Quoi qu'il en soit c'est à lire, et c'est à voir.

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    1. Si je comprends bien, il vaut donc mieux voir le film après avoir lu le livre... chouette, alors, puisque je ne l'ai pas vu !

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  3. Je dirais même dans la LAVU ( liste des films à voir en urgence), c'est juste un CHM (chef d'oeuvre magistral). A bientôt pour tu en causes ici ^-^ !

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  4. Vu et lu, les deux, roman et film, sont géniaux, ce qui est rare.
    Avec dans le roman encore plus perceptible le poids étouffant de la religion, ou de la religiosité.

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    1. Bon, il faut absolument que je regarde ce film !

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  5. Bonjour Inganmic, comment? Tu n'as pas (encore) vu le film? Une lacune à combler en effet. Il semble que le film soit assez fidèle au roman (que je n'ai pas lu) d'après le résumé que tu en fais. Bonne après-midi.

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    1. Bonsoir Dasola,

      Je vais essayer de combler cette lacune au plus vite !!

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  6. très bon roman à lire et à relire, qui a donné effectivement, ce qui est rare, un film culte au cinéma !! Par contre, pour celui qui a vu le film avant d'avoir lu le livre, je me demande comment celui ci peut en appréhender la lecture sans avoir les images de Robert Mitchum dans la tête. Est ce que le plaisir en sera altéré ou non, je ne sais pas ;) Amitiés

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    1. Donc j'ai bien fait de lire le roman avant de voir le film, finalement !
      Je ne l'ai pas encore visionné, mais ça ne saurait tarder.

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  7. Mon message vient de disparaître avant qu'il soit terminé! Je réitère ce que je disais sur le film : un chef d'oeuvre incontournable, un magnifique classique qui reste inoubliable! Je lirai le livre un jour, je vois d'après ce que tu en dis que cela vaut le coup.

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    1. Oui, il est vraiment haletant.. j'en ai encore des frissons, rien que d'y penser !

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