"Mourir et puis sauter sur son cheval" - David Bosc

Quand trop de complexité étouffe la propension à l'empathie...

Voilà un titre qui donne à lui seul envie de se plonger dans le quatrième roman de David Bosc, comme une promesse de poésie et d'originalité. Il prend pourtant racine dans un sordide fait divers : le suicide, à Londres, au lendemain de la guerre mondiale, de Sonia A, jeune artiste espagnole, qui s'est jetée nue par la fenêtre du dernier étage de la résidence où elle vivait en compagnie de son père. La presse londonienne expliqua son geste par "sa curiosité morbide pour la psychologie et un déséquilibre mental causé par une liaison amoureuse".

Le texte de David Bosc ne s'attache pas à la dimension publique, sensationnelle de l'événement. Il l'occulte complètement, pour nous livrer l'intime et rugissant cri d'amour pour la liberté d'une jeune femme atypique.

C'est en visitant l'atelier de sa fille que le père de Sonia trouve, après son décès, un journal rédigé entre les lignes des dernières pages d'un roman de gare. Le lecteur découvre alors en même temps que lui ces quelques pages dans lesquelles la défunte exprime, avec un curieux mélange de maîtrise et d'intensité, pensées et émotions.

Au fil de brefs épisodes du quotidien qu'elle dépeints, de réflexions qui s'apparentent à des aphorismes, elle nous fait ressentir l'ampleur de son désir de liberté, dont la force la consume. Sonia ne supporte pas le prosaïsme avec lequel la plupart des individus se contentent d'interpréter l’existence, de comprendre les autres. Passionnée par la complexité des mécanismes qui président à la moindre manifestation, y compris le plus bénigne, de la vie, elle s'efforce de pénétrer le sens profond, intrinsèque, de toute chose et de tout être. Elle aspire ainsi à renouer avec une sorte d'animalité primitive, extrasensorielle, qui lui permettrait d'accéder à une émancipation absolue, aussi bien physique que psychologique, et de percer le mystère fantasque que recèlerait chaque portion de réalité. Elle accomplit cette démarche dans une ouverture totale d'esprit, repoussant toute limite, refusant de se laisser enfermée dans quelque carcan. 

Son journal dénote son hyper sensibilité, mais aussi une certaine rigueur : ses propos révèlent une femme au bord de la démence, qui éprouve de plus en plus de difficultés à concilier la hauteur de ses aspirations spirituelles et la médiocrité du monde, mais ils sont formulés dans une langue riche et construite, traduisant une aptitude au raisonnement intacte. Du coup, j'ai eu l'impression que cette lecture sollicitait davantage mes facultés de compréhension, qu'elle ne suscitait de réelle émotion. Et bien que poétique, très imagé, "Mourir et puis sauter sur son cheval" est un texte dont la complexité m'a souvent empêchée de m'attacher à son héroïne.

Dommage...

Commentaires

  1. Dommage en effet... Pourtant tu me donnes sacrément envie de découvrir ce livre.
    J'avais bien aimé La claire fontaine du même auteur sur la vie de Gustave Courbet. Un autre hymne à la liberté. C'était pas mal mais ce n'était pas non plus une lecture marquante.
    Concernant ce dernier titre, je vais peut-être attendre d'avoir d'autres avis, ou d'en lire quelques extraits.

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    1. Je l'ai lu suite à une critique très élogieuse du Clavier cannibale, que tu peux découvrir ici :
      http://towardgrace.blogspot.com/2016/01/le-rythme-comme-contrepoison-quand-bosc.html

      Sans doute s'agit-il d'un excellent roman, mais je suis passée à côté, parce que de nombreux passages m'ont demandé un effort amoindrissant le plaisir de la lecture..

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