"Seuls les vautours" - Nicolas Zeimet

What else ?

"Seuls les vautours" aurait pu virer au grand n'importe quoi... 
... se réduire, à vouloir mélanger les genres, à un exercice de style indigeste et incohérent...
... provoquer chez le lecteur une overdose liée à sa multitude de personnages et de points de vue...

Parce qu'il en faut, de la maîtrise, pour garder une intrigue homogène et pertinente en la peuplant d'une dizaine de personnages assez complexes pour être crédibles, et pour que chacun y prenne naturellement sa place...
... pour permettre au lecteur de garder le cap, même lorsque le récit semble partir dans des digressions inutiles, qui s'avèrent finalement parfaitement indispensables à la tenue de l'ensemble...
... pour accumuler les références -et pas des moindres, la plus évidente étant celle à Stephen King- sans passer pour un vulgaire imitateur, ou un bricoleur juste apte à coller bout à bout les morceaux de cultures empruntés à la littérature ou au cinéma des années 80...
... pour parvenir à insérer dans une même histoire un psychopathe que n'aurait pas renié Hitchcock, les aventures périlleuses et initiatiques de jeunes adolescents, un shérif abject qui aurait bien trouvé sa place dans un trou perdu sorti de l'imagination de Jim Thompson, le tout pimenté de légendes indiennes (et j'en passe...), sans qu'à aucun moment, on en arrive à penser "cette fois, c'est trop" !!

Bref, Nicolas Zeimet l'a fait, et c'est tant mieux pour nous, parce qu'en alliant rythme et densité, il rend son roman passionnant.

Cela débute comme une vulgaire enquête policière avec la disparition de la petite Shawna Twitchell, cinq ans, événement qui provoque un profond émoi dans la bourgade à majorité mormone de l'Utah où elle vivait avec sa mère Mandy. A partir de ce drame, qui constitue le fil rouge du récit, l'auteur brosse un portrait étonnamment vivant, à la fois humain et sans concessions, de cette communauté que gouverne une certaine rigidité morale, où se côtoient, parfois dans la violence, des individus avec lesquels nous prenons le temps de faire connaissance, explorant leurs failles et leurs limites, leur courage ou leur ignominie.

Les jours, puis les semaines passent, amenuisant l'espoir de retrouver Shawna vivante, et pendant ce temps la vie continue, des idylles se nouent, des haines se renforcent, les êtres affrontent, certains avec succès, leurs pires démons, pendant que d'autres capitulent...

Aussi, plus qu'un simple polar, "Seuls les vautours" se révèle la chronique de ces multiples existences et de leurs interactions, qui surprend par sa richesse et son impeccable construction.

Et ce n'est que du plaisir !!

>> C'est l'avis de Sandrine qui m'a donné envie (encore merci !)

Commentaires

  1. Il en a sorti un autre depuis, je le lirai sans doute aussi tant celui-ci m'a enthousiasmée. Contente qu'il t'ait plu aussi ;-)

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    1. Comme toi, je renouvellerai probablement l'expérience. Comme tu le disais dans ton billet, et que je n'évoque pas ici, ce qui m'a notamment bluffée, c'est sa capacité à rendre aussi crédible l'ambiance d'une bourgade américaine, bien qu'il soit français...

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  2. Il est en poche, tant mieux, parce que je l'avais noté, mais que mes bibliothèques ne l'avaient pas ! (et ton avis est chouette et donne envie !)

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    1. Oui, il est sorti dans ce format il y a quelque temps. Je l'attendais moi aussi avec impatience et je n'ai pas été déçue. Je pense qu'il te plaira !

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  3. Me voilà à mon tour fort tentée ! du polar et un peu plus que du polar, c'est parfait pour l'été qui arrive, normalement ! avec de longues plages de lecture possibles ...

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  4. J'avais moi aussi bcp aimé ce bouquin d'un Frenchie qui écrit (presque) comme un ricain 😉!

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    1. Oui, c'est vrai que si je l'avais lu sans savoir qu'il a été écrit par un français, je me serais laissée prendre...

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