"Cantique de la racaille" - Vincent Ravalec

Plus dure sera la chute...

La rencontre entre Gaston et Marie-Pierre signe pour le jeune homme le début d'une période faste de sa vie. Il n'aurait tout d'abord jamais imaginé que ce canon de 16 ans qu'il a pris en stop en rentrant sur Paris finirait par rester à ses cotés. De plus, un tuyau lui permet de monter une juteuse affaire de recel de matériel hi-fi, lui assurant une fulgurante aisance financière. Finis les taudis et les galères, en véritable chef d'entreprise Gaston s'organise. Il crée sa société, emménage dans des locaux dignes de ce nom, acquiert même un semblant de respectabilité.

"Cantique de la racaille", porté par la voix de son héros, est un roman plus profond que ce bref résumé ne pourrait le laisser croire.

Vincent Ravalec a su faire de ce petit voyou parisien un personnage intéressant, propre à susciter chez le lecteur des sentiments contradictoires. Tantôt touchant, tantôt prodigieusement agaçant, Gaston révèle, au fil du récit, toute la complexité de sa personnalité tourmentée. Sa principale obsession, gagner de l'argent, dissimule une soif éperdue de reconnaissance dans un monde où la valeur des individus se mesure à l'aune de la réussite sociale. Imprégné de la philosophie entrepreneuriale des années 80 prônant audace et pragmatisme, il lui importe peu de réaliser ses ambitions en suivant des voies illégales. D'ailleurs, c'est comme un businessman qu'il se considère, et non comme un délinquant. Mais est-il vraiment fait pour le monde auquel sa richesse subite lui permet d'accéder, règne de l'argent facile et du sexe à outrance, lui qui finalement ne rêve que d'honorabilité et d'une vie de couple sans histoire avec Marie-Pierre, dont il aimerait avoir un enfant ? 

Si les doutes qui l'assaillent quant au but ultime de cette course à l'argent ne sont que fugaces, son mal-être est néanmoins réel, qui se manifeste par des crises de violence et de paranoïa, et d'étranges absences. A la fois malhonnête et travailleur, roublard mais fidèle en amitié, on finit presque malgré soi par s'attacher à cet atypique personnage, mais aussi à ceux qui l'entourent, et qui constituent ce monde "d'en bas", ceux qui n'ont pas eu de chance ou pas les moyens de saisir de rares opportunités, et qui noient la médiocrité de leur existence dans l'alcool ou une perpétuelle amertume...

Moi qui partais avec un a priori, je dois avouer avoir été agréablement surprise par cette lecture. Je crois que j'imaginais quelque chose de plus trash, de plus vulgaire, dans la veine d'un Bukowski, par exemple. Or, on ne peut en aucun cas qualifier le style de Vincent Ravalec de grossier, ou de choquant, bien que son roman dépeigne avec réalisme un monde sordide et inique. Son écriture est agréablement rythmée et rend son récit très vivant, et il émane de la narration une sincérité qui lui confère une véritable crédibilité. On rit avec le héros, on ressent avec acuité les moments où il est tendu, mal à l'aise, ceux où il se sent trahi... Bref, on passe avec Gaston et ses acolytes un vrai bon moment, même si au fond, ce qu'on en en retire, c'est surtout un sentiment de tristesse et de gâchis.

Commentaires

  1. Je l'ai lu il y a longtemps, et j'avoue qu'il ne m'a pas marqué... Ce n'est pas trop daté ?

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    1. Je n'ai pas trouvé. Il y a bien quelques éléments qui nous rappellent que nous sommes dans les années 80, mais le style, très personnel, est intemporel.. A voir, maintenant, ce qui m'en restera dans quelques années !

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  2. je l'ai lu également il y a longtemps, et je m'en souviens très peu sauf effectivement que j'avais été agréablement surprise par le fait que ce n'était pas du tout trash comme je me l'imaginais - ton excellent billet me donne bien envie de le relire

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    1. J'espère que si tu concrétises cette envie, tu ne seras pas déçue... mais je pense que non, car le style rend la lecture très agréable, et jamais ennuyeuse.

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