"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" - Celeste Ng

Péril en la demeure.

Disponible au rayon "littérature policière" de toute librairie, "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" n'est pourtant pas un polar ou un thriller au sens habituel du terme.

A aucun moment ne s'y profile la piste du moindre assassin.
Les rares inspecteurs qui y évoluent ne font que de furtives apparitions.

Et pourtant...

Il y a bien mort. Celle de Lydia Lee, seize ans, fille chérie de James et Marilyn, la préférée de leurs trois enfants, élève douée promise à un brillant avenir. En ce funeste printemps 1976 qui sonne le glas de l'apparent bonheur tranquille des Lee, son cadavre est retrouvé au fond du lac voisin de la maison familiale.

Il y a bien autopsie. Celle des liens inconscients mais néanmoins puissants qui enchaînent les êtres les uns aux autres, avec des conséquences parfois délétères.
Celle des ravages provoqués sur l'équilibre et l'intégrité psychique des individus par la solitude, l'incompréhension, les compromissions jusqu'au reniement de soi.

Il y a bien coupables. Cette souffrance indicible, d'autant plus intense qu'elle est dissimulée, subie par ceux à qui l'on fait sentir, en permanence, comme un reproche, leur différence.
Ces rêves inaccomplis, ces espoirs déçus, ces échecs sur lesquels on fantasme une revanche, que l'on transpose sur un autre, l'accablant d'un poids qui devient trop lourd à porter.
Ce tiraillement insoluble, nourri par la culpabilité, qui pousse cet autre à accepter de les endosser, sans jamais se plaindre.

Celeste Ng parvient à faire de la cellule familiale, des relations qui s'y nouent, de la place qu'y occupe chacun, le théâtre d'un crime bien involontaire, dont les acteurs agissent en toute bonne foi. Elle dresse le portrait de parents qui, en proie à de véritables obsessions nourries par leurs propres failles, leurs propres tragédies intimes, imposent à leurs enfants des schémas destructeurs.
Il en résulte, à la lecture de son roman, un sentiment d'oppression, d'enfermement, parfois à la limite du supportable, parfois au point de trouver les comportements décrits comme caricaturaux.

Mais il ne s'agit là que d'un léger bémol, "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" est avant tout un roman à la fois fort, efficace, et d'une grande sensibilité.

>> Vous trouverez de nombreux autres avis très enthousiastes sur la blogosphère, notamment ceux de Jean-Marc (le premier à m'avoir donné envie) et de Belles Lectures.

De plus, une heureuse coïncidence a fait que Miss Sunalee l'a lu en même temps que moi : son avis est ICI.

Commentaires

  1. Tout me plait dans ce que tu écris là, tes petites réserves mises à part.

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    1. Comme tu le soulignes, ce sont de PETITES réserves, car j'ai trouvé dans l'ensemble ce roman très bien construit et très touchant. Seulement, -est-ce parce que mes relations avec mes parents ou mes enfants sont à mille lieux de ce que dépeint l'auteur ?-, j'ai trouvé par moments qu'elle se focalisait sur un aspect unique des rapports parents/enfants, avec une insistance tournant parfois à la démonstration.
      Mais je recommande tout de même... je crois d'ailleurs être la seule (du moins si je me fie aux billets lus à son sujet) à avoir émis quelque réserve.

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    2. Peut-être que justement je n'ai pas ces réserves parce que j'ai vécu ce genre de pressions parentales - à bien moindre niveau bien sûr. Je me disais que j'écrirais bien un billet sur le sujet vu que mon blog parle aussi de moi ;-)

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  2. J'ai eu le temps d'écrire mon billet et je viens de le publier.

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    1. J'ai rajouté un lien vers ta critique..

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  3. Vous me tentez bien toutes les deux ! (une fois de plus ...)

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  4. Laisse-toi succomber ! Je pense que tu ne le regretteras pas ! On retrouve un peu les thématiques d'une Oates ou d'une Kasischke dans ce roman...

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