"Remise de peine" - Patrick Modiano

Problème de dosage... ?

C'est compliqué, le style Modiano. A écrire, j'entends... oui, parce qu'à lire, il n'y a rien de plus facile. Attention, "facile" ne veut pas dire simple. 

Compliqué, parce qu'il en faut, du talent, pour faire affleurer la nostalgie mine de rien, à coups d'anecdotes ordinaires, d'allusions à peine décryptables... pour faire du souvenir une mélodie discrète mais tenace, qui vous titille le cœur et l'âme, qui laisse en vous comme une odeur de flétrissure légère mais précieuse.

Un style tout en finesse, qui louvoie entre réminiscences des événements passés et leurs résonances sur le présent, qui suggère plus qu'il ne dit, évoque plus qu'il n'exprime.

Pas facile à manier, donc. Pas facile de gérer l'équilibre entre subtilité et inconsistance, entre allusion et insignifiance.

Tout ça pour vous dire qu'en lisant "Remise de peine", j'ai eu l'impression d'un vague loupé, que Patrick Modiano avait, l'espace d'un instant, perdu son équilibre...

Patoche, le narrateur, revient sur une période de son enfance baignée par le mystère et le secret. Son frère et lui sont alors confiés par leur mère, actrice en tournée, à ses amies Hélène et Annie, autour desquelles orbitent d'autres personnages, qui semblent tous occupés par des activités opaques. 
L'enfant entend des bribes de conversations nocturnes, accompagne parfois les adultes en des lieux que l'on soupçonne d'abriter des trafics louches. Rien n'est clairement énoncé, comme toujours chez Modiano. Il faut deviner, de recoupements en supputations, le marché noir, les liens entretenus par les hôtesses des deux garçons avec le milieu de la collaboration...

Une lecture au goût un peu fade, qui n'a laissé derrière elle ni émotion, ni quelque empreinte que ce soit... Je ne vois même pas l'intérêt de vous en dire plus...


>> Sinon, Modiano, c'est aussi :

Commentaires

  1. Le thème me rappelle "La chambre de Mariana' de Appelfeld où l'enfant est confié par sa mère à une prostituée et il ne comprend pas la réalité autour de lui, alors que le lecteur lui comprend. Très subtil jeu d'énonciation.

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    1. Là aussi, le contexte et la thématique auraient pu donner un texte intéressant, notamment en opposant la naïveté de l'enfant qu'est le narrateur au moment des faits, et la lucidité qu'il a acquise avec le recul, lui permettant de les décrypter avec de nouvelles clés. Mais l'ensemble donne l'impression d'être survolé. Dommage...

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  2. Je ne me souviens plus si j'ai lu celui-là, j'ai lu tous ceux présents dans la collection Quarto de Gallimard. D'une manière générale, j'aime beaucoup cet auteur…

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    1. Moi aussi, en général j'apprécie Modiano, mais là, j'ai eu le sentiment d'un roman bâclé...

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  3. J'aime beaucoup ce que tu écris sur Modiano. C'est vrai qu'il y a quelques loupés chez lui parfois (mais si peu, si peu).

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    1. C'est la 1ère fois que je suis déçue, mais il me reste encore beaucoup de titres à découvrir...

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  4. déjà que j'ai du mal avec Modiano ... Crime de lèse majesté, je sais §

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    1. Je peux comprendre qu'on n'accroche pas, et puis peut-être n'es-tu pas tombée sur ses meilleurs titres ?

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