"California Girls" - Simon Liberati

Polar people.

La lecture de "California Girls" m'a laissée dubitative quant à la démarche de Simon Liberati. Et deux semaines après avoir terminé ce roman, je me demande encore quel était son objectif en s'emparant de l'un des faits divers les plus sordides et les plus célèbres de la seconde moitié du XXème siècle...

Californie, 1969. Sharon Tate, l'épouse enceinte du cinéaste Roman Polanski et quatre de ses hôtes, sont sauvagement assassinés dans la luxueuse villa du couple à Benedyct Canyon. Les coupables, membres d'une secte -la Famille- essentiellement composée de jeunes filles, dont le gourou Charles Manson prophétise l'avènement d'un nouveau monde auquel seul ses adeptes pourront accéder, sont rapidement interpellés.
La figure devenue quasiment mythique de Charles Manson, qui, du haut de ses 1,54 m, dégageait apparemment un tel magnétisme que ses adoratrices le pensaient doué de pouvoirs surnaturels, a longtemps fasciné autant qu'elle a rebuté. Le simple charisme, même exceptionnellement développé, suffit-il à expliquer que sur une simple injonction de sa part, de jeunes gens -dont trois filles et un garçon- âgées pour la plupart d'à peine vingt ans, en soient venus à massacrer, torturer d'innocents inconnus ?

Simon Liberati choisit, plus qu'à celle du gourou, de s'intéresser à la personnalité de ces adeptes devenus meurtriers.

D'abord il plante le décor. Il nous invite à l'intérieur de la communauté, installée sur le territoire d'un ranch avec le patron duquel Manson a un arrangement. Pour l'anecdote, ce ranch, ancienne propriété d'Howard Hughes, a servi de lieu de tournage à la série "Bonanza". Les hippies de la Famille y côtoient les cow-boys chargés de l'entretien des écuries ou d'emmener les touristes en ballade, et d'un groupe de motards qui traînent souvent sur les lieux, attirés par l'essaim de filles faciles qui composent les "Girls" de Manson.

Une multitude de personnages ainsi se croisent, dont on réalise au final que la plupart font office de figurants, permettent de planter un cadre, mais ne jouent pas de rôle réel dans cette histoire. Ce qui est dommage, c'est que les protagonistes principaux ne sont pas vraiment plus marquants...
Simon Liberati a écrit "California Girls" comme un roman noir, jouant la carte du "behaviourisme" : il dépeint des faits, s'attardant particulièrement sur le calvaire de Sharon Tate et de ses amis, et situe son récit dans une immédiateté qui occulte le passé de ses héros. A aucun moment il ne tente de comprendre les mécanismes de cette idolâtrie insensée, de cette soumission à la volonté d'un dément.

C'est comme s'il s'était contenté, à l'image d'un paparazzi en quête de sensationnel, de prendre une photo de l'envers du décor, de soulever, tel un voyeur fasciné par la dimension sanglante et légendaire de l'événement, un coin du rideau dissimulant la face obscure d'un univers de plaisirs faciles abritant la possibilité du pire. Du coup, je m'interroge sur le choix de son sujet, dont il ne tire aucune analyse, à partir duquel il n'exploite aucune piste de réflexion.

J'ai donc lu "California Girls" comme je l'aurais fait d'un polar à l'ambiance glauque (et c'est à mes yeux la seule qualité de ce roman), dont les personnages et l'intrigue, sans réelle consistance, ne me laisseront pas un souvenir impérissable...

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