GRADIGNAN (33) 2016 : le Salon du Livre de Poche est encore un bon cru !

"LIRE EN POCHE" est un pied de nez à ceux qui oseraient encore prétendre que le poche est le format pauvre du livre, ainsi que le dément l'affiche constituée de ceux qui, chaque année, répondent à l'appel des organisateurs du salon.

Nous ont ainsi fait l'honneur de leur présence sur cette édition 2016 : R.J. Ellory, Donald Ray Pollock, Bruce Holbert, Richard Ford, Zygmunt Miloszewski, Philippe Besson, Agnès Desarthe, Valentine Goby, Franck Bouysse, Ian Manook... et beaucoup d'autres, représentant aussi bien la littérature étrangère que francophone, le polar que le "roman blanc" ou la littérature jeunesse.

Quant à la présence de Marc Lévy, parrain de ce cru 2016, elle a présenté pour moi, malgré ce que vous pourriez croire, au moins un intérêt (hormis celui de faire plaisir à ses nombreu(ses)x fans) : celui d'attirer vers son stand un bon tiers du public, dégageant ainsi les espaces dédiés aux rencontres d'autres auteurs. C'est donc hors de toute bousculade que j'ai pu, bien qu'arrivée presque en retard (c'est toujours au moment où vous vous apprêtez à partir pour un rendez-vous important que l'un de vos enfants a absolument besoin que vous le déposiez chez un camarade qui vit au-delà du réseau desservi par les transports en commun, pour y finir un devoir super important dont la réussite conditionne le succès de toute son année scolaire), assister aux deux entretiens croisés dont la thématique et les participants me faisaient saliver d'avance...

Valentine Goby et Lionel Duroy se sont donné la réplique à l'occasion du premier, intitulé "Surmonter l'absence et les blessures de l'histoire". Je n'avais jamais vu, ni entendu Valentine Goby, dont je viens de terminer le dernier roman ("Un paquebot dans les arbres"), et j'ai été impressionnée par son aisance orale, qui fait écho aux qualités que l'on retrouve dans sa prose : un discours à la fois riche et limpide, et un ordonnancement impeccable de ses idées. Elle dégage la générosité et l'enthousiasme de ceux pour qui s'intéresser aux autres est une évidence. Dans un autre registre, attendu pour ceux qui connaissent Lionel Duroy, l'auteur du "Chagrin" et de "L'Absente", plus introspectif, a exprimé à chacune de ses interventions, la façon dont l'écriture lui permet de se dire et de se comprendre, pour supporter de vivre.

 Valentine Goby

  Lionel Duroy

Comment se construire en dépit du manque, voire grâce à lui, puisque, parfois destructeur, il se révèle souvent être le point de départ d'une démarche libératrice et formatrice pour l'individu ? A partir de cette problématique, ont été évoqués entre autres l'importance de l'écriture comme un moyen de combler les failles qui béent en nous, de son rôle comme révélateur de la parole des anonymes de la grande Histoire, de la prise de recul qu'elle permet dans la compréhension de l'autre. La complémentarité des interventions de ces deux écrivains très différents a permis un échange vraiment enrichissant.


Un heureux hasard a voulu que Joseph Incardona fasse partie du trio convié à évoquer les "Vies en noir" : j'avais le matin même posté un billet sur son dernier roman "Derrière les panneaux il y a des hommes". Avec lui, Sandrine Collette et Nicolas Mathieu, auteur d'un unique titre à ce jour, dont la thématique m'a rappelé "Les derniers jours d'un homme" de Pascal Dessaint. Dans "Aux animaux la guerre", il brosse les destins d'ouvriers dont l'usine a fermé, et qui, n'ayant plus rien à perdre, sauf du temps, révèlent leurs pires penchants...

Sandrine Collette et Joseph Incardona (debout)

Là aussi, les personnalités différentes de chacun des participants (Incardona à l'aise et dans l'auto dérision, Nicolas Mathieu spontané et de bonne humeur, et Sandrine Collette un peu plus timide, mais très pertinente dans ses interventions) ont permis un échange passionnant, dans une ambiance très détendue malgré le thème abordé (ou grâce à lui..).
A l'animateur de la rencontre qui les questionnait notamment sur les monstres et les vies noires qu'ils mettent en scène, ils ont tous été d'accord pour rétorquer que ce qui les intéresse, c'est surtout l'étude du gris, et ces zones d'ombre qui habitent tout individu. En plaçant des personnages ordinaires dans des situations extraordinaires, ils évoquent le moment où tout bascule, où l'être révèle ce qu'il y a de pire ou de meilleur en lui... exploiter la part d'empathie que peuvent ainsi susciter ces (anti) héros chez le lecteur, est l'un de ces paradoxes qui fait la richesse du roman noir. 

Ce fut une belle journée, d'autant plus que le format du salon (à l'image du poche, pas trop grand, mais du coup plus familier), permet une proximité et des temps d'échanges avec les auteurs très appréciables !

Vivement l'année prochaine...

>> Sur ce blog, Lionel Duroy, c'est : "Colères", Valentine Goby, c'est : "Kinderzimmer" (et "Un paquebot dans les arbres" à venir), et Joseph Incardona, c'est : "Derrière les panneaux il y a des hommes".
 Je n'ai pas encore lu le roman de Nicolas Mathieu, mais je me suis empressée d'en acquérir un exemplaire gentiment  dédicacé... 

Commentaires

  1. Merci pour ce compte-rendu ! Moi qui aime beaucoup le format Poche, j'aurais été ravie d'y participer à mon tour. Hélas, c'est bien trop éloigné de mon domicile. J'ai découvert par la même occasion Gradignan, améliorant ma connaissance géographique de la France ;-)

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    1. Oh, à part ce salon (ce qui n'est déjà pas si mal !), Gradignan ne présente pas d'intérêt particulier... Mais c'est un rendez-vous que je ne louperais pour rien au monde, pour la richesse de ses débats, la diversité de ses affiches, et la proximité qu'il permet avec les écrivains.

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