"Le sanglier" - Myriam Chirousse

"Ce matin, il ne voulait pas lui raconter son cauchemar. Il préférait se lever, démarrer la journée, cracher à la gueule du passé. Comme tous les matins. Il sait maintenant qu'il faudra qu'il le fasse et le refasse jusqu'à la fin de sa vie".

Claire et Christian vivent loin de tout, sur le Plateau, dans une bicoque décrépite qu'ils louent à un propriétaire négligent.
Ils se sont rejoints à mi-parcours de leur vie, chacun laissant derrière lui des lambeaux d'existence, des blessures que l'on recouvre avec pudeur, mus par cet instinct de survie qui permet, simplement, de continuer. Leur exil est volontaire, motivé par des contraintes économiques, et par ce vague désir de se distinguer de la multitude bornée, en se soustrayant à la superficialité, à la frénésie de consommation de la société moderne. Se soumettre à ces grands principes est parfois contraignant... le couple vivote. Lui complète le revenu de son emploi à la scierie par de menus services rendus ici et là. Carole vend sur internet des fripes auxquelles elle donne une seconde vie, en les parant de colifichets, de dentelles et ornements divers...
Chaque mois, ils se rendent en ville pour faire les courses, il leur faut quasiment deux heures de route pour atteindre le centre commercial le plus proche.

Or, cette fois, tout semble aller de travers. Il y a d'abord ces jeunes à l'air louche que Christian repère à l'entrée d'une cafétéria. Puis cette portière de voiture qui ferme mal... Christian s'agite, laisse percer la paranoïa qui l'habite, sans doute exhaussée par ce contact avec une atmosphère urbaine dont il ne maîtrise plus les codes... Dans la voiture, malgré la patience de Carole, l'ambiance devient tendue.

Ce court roman de Myriam Chirousse est un régal. Elle parvient, en décrivant vingt-quatre heures dans la vie d'un couple banal placé dans des situations a priori dénuées de tout intérêt, à nous livrer un texte percutant, dans lequel elle met en exergue avec un humour féroce et décalé ces petits travers qui polluent la communication entre les êtres.

En parsemant de grains de sable le périple ordinaire de ses héros, elle enraie la mécanique bien huilée de leur relation, laissant poindre les obsessions de l'un et les incertitudes de l'autre, laissant deviner, sous le vernis d'une morne normalité, l'ampleur des failles qui les hantent, et la potentialité d'une explosion qui demeure imminente, car toujours jugulée.

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Commentaires

  1. Réponses
    1. N'hésite plus, c'est l'occasion de passer un bon moment, et en plus il est très court (je l'ai lu en 1 heure lors d'un trajet en avion) !

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