"Les enfants de la veuve" - Paula Fox

"Je suis entrée dans la vie par effraction".

Dans ce quasi huis-clos familial, Paula Fox démontre sa capacité à décrypter les motivations cachées, inconscientes, des comportements humains, et la manière dont elles parasitent les relations entre individus.

Laura et Desmond Clapper sont à la veille d'un voyage en Afrique. Ils ont organisé dans leur chambre d'hôtel un apéritif pour les quelques proches venus prendre congé, avec lesquels ils iront ensuite dîner au restaurant. Quelques heures auparavant, Laura a reçu un appel de la maison de retraite où vivait sa mère, lui annonçant le décès de cette dernière, nouvelle qu'elle dissimule à l'ensemble des convives.

Parmi eux Clara, fille du premier mariage de Laura, fruit d'un cinquième avortement raté, confiée dès son plus jeune âge à sa grand-mère maternelle qui l'a élevée. Son oncle Carlos, homosexuel exubérant et paresseux, artiste raté, est également présent. Ed, un éditeur ami de Laura, complète cette assemblée.

Sous couvert des dialogues qui s'engagent entre les protagonistes, l'auteur tisse la toile complexe et subtile formée par les liens qui les unissent.
La relation mère-fille entre Clara et Laura est au centre de cette toile. La jeune femme, mal à l'aise, hantée par la solitude et le sentiment d'abandon que l'indifférence maternelle a ancré en elle, se montre laconique et discrète, comme déplacée et illégitime parmi les siens qui à font preuve, à l'inverse, d'exubérance et d'assurance. 

Les situations mises en scène sont ainsi prétexte à convoquer réactions subconscientes et arrières-pensées, à faire surgir les enjeux cachés des rapports entre les individus, à révéler les tensions et les rancœurs que la pudeur ou la bienséance incitent à taire, qui finissent par s'exprimer indirectement, par des attitudes et des réactions alors incompréhensibles pour autrui.

En dévoilant les fissures qui, derrière les façades domestiques, blessent les membres des familles, Paula Fox dote son roman d'un humour subtil mais acide, généré par la légère outrance avec laquelle elle pointe les défauts de ses personnages, sans toutefois tomber dans le piège de la caricature, qui les rendrait moins crédibles. La préciosité de Laura, sa condescendance, la conviction de sa supériorité, rythment les échanges avec une théâtralité qui met en exergue, par contraste, la retenue de sa fille.

Tout le sel des "Enfants de la veuve" tient dans ses dialogues, et toute sa profondeur réside dans l'analyse qu'en tire l'auteur, qui fait de ce titre un roman riche et intelligent.

>> Un autre titre pour découvrir Paula Fox : "Personnages désespérés".

Commentaires

  1. Je n'ai pas lu beaucoup Paula Fox, mais je pense qu'elle a un certain don : en parlant de ces gens, souvent de riches Américains enfermés dans leurs petits tracas personnels et très loin des nôtres, elle parvient à exprimer des problématiques plus universelles. Elle touche plus à l'individu qu'à la société (que Joyce Carol Oates par exemple), mais son regard est acide.

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    1. Oui, on est vraiment, ici (comme dans Personnages désespérés, seul autre titre que j'ai lu de cette auteure) dans le décryptage des comportements individuels, sans complaisance, mais avec une justesse qui démontre une réelle connaissance des rapports humains. Je ne sais pas si la plupart de ses romans mettent en scène des individus des classes supérieures, mais on a l'impression que cela lui permet d'insister sur le décalage entre les apparences que la bienséance et "l'étiquette" imposent de sauvegarder, et le bouillonnement intérieur que font naître les névroses, les tensions.

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