"De nos frères blessés" - Joseph Andras

Bavure collective...

En quelques cent trente pages, avec une efficacité qui confère à son texte comme un caractère d'urgence, Joseph Andras exhume des coulisses de l'Histoire "l'affaire Iveton".

Fernand Iveton, français d'Algérie, anticolonialiste et ouvrier, a un idéal : l'égalité pour tous les algériens, qu'ils soient originaires de France ou d'Espagne, d'Alger ou d'Oran, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Sa soif de justice sociale le pousse à rejoindre la branche militaire du Parti Communiste Algérien et à apporter sa contribution à des actes supposés attirer l'attention du gouvernement français sur l'exploitation du prolétariat par une poignée de possédants.

Mais Fernand est aussi un pacifiste, qui pose comme condition sine qua non à son action qu'elle ne provoque aucun dommage humain. Aussi, en ce funeste jour de 1956, il a posé une bombe dans un local de matériel où personne n'est censé mettre les pieds... et elle ne fera en effet aucun mal... Dénoncé et arrêté avant même qu'elle ait sauté, Fernand est torturé, jugé, et soudain condamné à mort...

Une question de mauvais moment... la fin de ces années cinquante est le début d'une guerre qui tait son nom, la France nie les velléités d'indépendance du peuple algérien, justifie sa politique de répression sanglante en invoquant la barbarie aveugle du FLN et de ses terroristes. L'opinion publique, échauffée par une presse partiale et les récents attentats, a perdu tout discernement.

Le gouvernement français, sollicité par les avocats de Fernand Iveton, est comme gêné aux entournures, affiche une façade de bienveillante compréhension, puis fait le mort... le Parti Communiste, embarrassé, évite lui aussi de se mouiller...

Fernand Iveton est livré en pâture à la vindicte populaire, victime du climat d'hystérie collective qui préside à son procès. L'auteur exhausse l'absurdité de la situation en brossant de son héros le portrait d'un homme simple et doux, charmant, presque candide, qui gardera presque jusqu'au bout sa confiance en son pays, qui bien que colon, n'est tout de même pas une dictature...  un homme pour qui les mots "égalité, fraternité et liberté" ne doivent pas rester vains.

Joseph Andras est à la fois économe de mots et très éloquent. Son style elliptique va droit au but, mêlant dialogue et narration en un même flux aux accents à la fois poétiques et populaires. Il fait de Fernand Iveton un homme dont la rencontre, bien que brève, marque l'esprit du lecteur.

>> Une idée piochée chez Jérôme

Commentaires

  1. Je ne connaissais pas, malgré le Goncourt...

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    1. Moi non plus, c'est grâce à l'article de Jérôme que j'ai noté ce titre... une chouette découverte !

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  2. Un livre édifiant et particulièrement bien écrit !

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