"Comme un conte" - Graham Joyce

Ballade entre deux mondes.

Et si... la frontière séparant notre monde de celui des "fées" pouvait, à de très rares occasions, être franchie ?

C'est en tous cas ce que prétend Tara Martin, qui, de retour après vingt ans d'une disparition inexpliquée, bouleverse ses proches en leur expliquant avoir passé six mois dans un ailleurs illuminé par une nature foisonnante aux couleurs anormalement intenses, peuplé d'êtres magnifiques aux pouvoirs surnaturels.

Malgré certains détails troublants (notamment cette apparente jeunesse qu'a conservé Tara, qui ressemble en effet davantage à l'adolescente de seize ans qu'elle était au moment de sa disparition qu'à une quadragénaire), sa famille, son ex petit ami et le psy qu'elle accepte volontiers de consulter sont plus que sceptiques...

Sa disparition, puis l'absence de Tara ont laissé dans son entourage de douloureux stigmates. Ses parents semblent avoir prématurément vieilli, son frère est hanté depuis le drame d'un profond traumatisme, son ex, soupçonné un temps d'être à l'origine de sa disparition, jeune musicien prometteur, au talent original, s'est transformé en un individu maladif, dépressif, vivotant seul dans un appartement sordide... 

Quant à l'univers féerique dans lequel elle prétend avoir vécu durant son absence, il est loin de ressembler aux fantasmes enfantins peuplé de fées ailées dotées de baguettes magiques grâce auxquelles elles exaucent des vœux ou jettent des sorts... car si le monde parallèle qu'elle dépeint a pour écrin un paysage d'une beauté surnaturelle, habité d'êtres tout aussi superbes, l'atmosphère qui y règne et les mœurs qui le régissent s'apparentent à ceux d'une communauté hippie, la violence en sus... l'esprit communautaire y cohabite avec la jalousie et la compétition, le sexe y est complètement désinhibé, les individus y vivent en parfaite osmose avec un environnement naturel personnifié.

"Comme un conte" alterne entre le récit de l'expérience insensée vécue par Tara, et celui de sa difficile réintégration dans un environnement familial que son secret rend pesant, chacun élaborant sa propre théorie pour expliquer ses apparentes affabulations. L'auteur joue ainsi sur l'ambivalence entre une vision terre-à-terre du monde limitant la réalité à ce que l'on est capable de percevoir, et celle qui accepte la possibilité de l'existence du merveilleux et de l'invisible.

Si son rythme est parfois inégal, l'auteur prenant le temps, dans sa première partie, d'installer le contexte de son intrigue et de nous familiariser avec chacun de ses personnages, "Comme un conte" n'en est pas moins un roman qui se lit avec intérêt et plaisir, jouant habilement sur l'interpénétration entre réalité et imaginaire.

Je remercie Maned Wolf d'avoir accepté cette proposition de lecture commune : son avis est ICI.

D'autres titres pour découvir Graham Joyce :
En attendant l'orage
Indigo

Commentaires

  1. J'avais repéré ce titre à sa parution. Tout ce qui concerne les contes de près ou de loin m'attire irrésistiblement, même s'il ne s'agit que d'un élément dans le titre. Le propos me plaît toujours après avoir lu ton billet, j'aime de toute façon ces récits qui brouillent la frontière entre réalité et imaginaire, ou qui en propose des visions ou interprétations "originales". Bon, faut juste que je trouve le temps de le caser. J'ai commencé le Pascal Manoukian en passant.:-)

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    1. Vu ce que tu dis dans ton commentaire, ce titre devrait en effet te plaire... et la lecture en est très agréable, Joyce a une écriture qui coule toute seule. De mon côté j'ai fini le Manoukian (qui se lit vite aussi) dont certains éléments me laissent un peu dubitative (j'ai les mêmes bémols que pour Les échoués). Je suis curieuse d'avoir ton avis, du coup, parce que j'ai relu les critiques parues lors de sa sortie, et je n'en trouve que de très élogieuses..

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    2. Je n'ai pas pu beaucoup lire cette semaine (une vingtaine de pages) mais bizarrement, le style de Manoukian m'irrite un peu cette fois-ci (alors que vraiment, j'avais beaucoup aimé pour le précédent). Trop enjoué, trop optimiste dans le ton, même en parlant d'histoires tragiques. Tout est rose même quand c'est gris ou noir. Trop dans les paroles pleines de sagesse et dans les codes du conte, sans parler des effets tire-larmes/pitié ou tire-joie. Ça manque du coup de réalisme. Je ne sais pas... Ça avait bien pris pour moi avec le premier roman, mais là... Enfin bon, je n'ai parcouru qu'une vingtaine de pages...

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    3. L'optimisme ne m'a pas marquée, c'est plutôt ce côté didactique qui m'a gênée... ("je vous explique ce qui est mal et pourquoi ça l'est, mais attention, je vous explique aussi qu'il ne faut pas tomber dans la simplification et l'amalgame..."). Rendez-vous le 27 pour en savoir plus, alors..

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  2. J’avoue que la ce n’est pas vraiment mon truc :-) (Goran : https://deslivresetdesfilms.com)

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    1. Dans ce cas il vaut mieux que tu t'abstienne, c'est un titre agréable à condition d'apprécier le genre...

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  3. Je crois que mon commentaire s'est supprimé ! Depuis mon téléphone ça ne fonctionne pas toujours très bien... Je disais donc que cette critique est très sympathique, que j'ai beaucoup aimé partager cette lecture avec toi et que je suis contente qu'on ait toutes les deux apprécié "Comme un conte" pour les mêmes raisons ! :)

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    1. De même, et à une prochaine LC bientôt j'espère !

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  4. J'ai très envie de le lire et ça tombe bien il est dans ma PAL !

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    1. Dans ce cas je te souhaite de prendre bien du plaisir à sa lecture !

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